Est de l’Ukraine : les civils paient le prix des combats

Mykolayivka août 2014
Mykolayivka, août 2014 ©Anastasia Taylor-Lind

Les hôpitaux sont bombardés, les ambulances ciblées par des groupes armés, les civils blessés et, avec la progression du conflit, il reste peu d’endroits où se réfugier. Colette Gardenne, coordinatrice d'urgence MSF, rentre de la région de Donetsk. Elle témoigne de la dégradation de la situation humanitaire dans l’Est de l’Ukraine.

« Dans la région de Donetsk, où j’étais basée, les combats se sont étendus à une grande partie du territoire. Les affrontements sont très violents. Il y a des combats à terre, ainsi que qu'à l’artillerie lourde, qui ne touchent pas que les cibles militaires mais aussi les immeubles d’habitation et les hôpitaux.

L’hôpital N°1 de Donetsk a été touché par des bombardements et ce n’est pas le seul. Beaucoup d’hôpitaux dans la région ont été concernés. Pour les civils en zone de guerre, il reste peu d’endroits sûrs pour se cacher. On ne sait jamais où l’artillerie lourde va frapper et beaucoup de personnes ont été blessées. Un conducteur d’ambulance à Luhansk a été tué près de l’hôpital. A Aamvrosievska, des membres du personnel médical ont été tués lors de bombardements alors qu’ils rentraient du travail.

Un grand nombre de personnes ont dû quitter leurs maisons à cause des combats. La plupart choisit de se réfugier chez des proches, quand cela est possible. Il y a des réfugiés partout, dans les grandes villes mais aussi dans les petits villages.

Les plus vulnérables n’ont nulle part où aller. Il y a énormément de personnes dans cette région qui attendent le versement de leur pension ou de leurs prestations sociales mais, dans beaucoup d’endroits, les banques ont cessé de fonctionner et il n'y a plus d’argent. Certains ne peuvent quitter les zones de combat et y sont restés malgré les bombardements et les affrontements terrestres. Certains réfugiés n’ont rien, même pas de nourriture. C’est pour cela qu’ils finissent par chercher refuge dans les hôpitaux, où ils peuvent enfin manger.

J’ai visité beaucoup d’hôpitaux qui doivent faire face à un nombre croissant de blessés de guerre et de réfugiés. MSF leur vient en aide en distribuant des kits d’hygiène, des médicaments et de la nourriture.

La situation humanitaire dans l’Est de l’Ukraine se détériore nettement, mais cela ne se sait pas vraiment. Les blessés de guerre et les réfugiés sont dispersés dans les hôpitaux de la région, et parce qu’ils ne sont pas très visibles, parce qu’on ne voit pas de camp de réfugiés, ou une longue colonne de gens portant leurs bagages – ils n’attirent pas l’attention.

Beaucoup d’endroits de la zone de guerre sont extrêmement difficiles à atteindre et il est très dangereux de s’y déplacer en raison de l’intensité des combats. Les équipes MSF ont distribué des kits médicaux et chirurgicaux pour soigner 6 200 blessés de guerre dans plus de 40 hôpitaux. Nous avons également organisé des aires de dépôt près des zones de combats, pour que le personnel de l’hôpital puisse venir et y récupérer les kits lorsqu'il y a une accalmie. Dans le même temps, nous fournissons des médicaments spécialisés pour les patients ayant besoin de dialyse, pour ceux qui souffrent de brulures sévères et pour la plupart des cas graves qui sont pris en charge à l’hôpital régional de Donetsk.

Pour le personnel hospitalier de l’Est de l’Ukraine, il est de plus en plus difficile de gérer la situation. Leur engagement pour continuer à travailler dans des circonstances aussi difficiles est remarquable. La région souffre d’une pénurie de vaccins contre le tétanos et de fixateurs externes : un vrai problème pour le traitement des blessés de guerre. Le personnel médical ne s’attendait pas à devoir traiter autant de civils victimes de graves blessures, y compris des enfants et des femmes enceintes.

Les Ukrainiens de l’Est ne s’attendaient pas à cette guerre ; ils n’avaient jamais imaginé que cela pourrait arriver dans leur pays. L’hiver arrive et va apporter des difficultés et des défis supplémentaires. »

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