Épidémie d'Ebola en RDC : accompagner les patients et leurs proches face au traumatisme

Une partie de l’équipe médicale composée de psychologues, infirmières, promoteurs de la santé au CTE de Kitatumba.
Une partie de l’équipe médicale composée de psychologues, infirmières, promoteurs de la santé au CTE de Kitatumba. © Lucie Ringué/MSF

À Butembo, dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), la lutte contre l’épidémie d'Ebola ne se limite pas aux soins médicaux d'urgence. Dans les centres de traitement soutenus par Médecins Sans Frontières (MSF), la prise en charge psychologique des malades et de leurs familles est au cœur de la réponse humanitaire pour faire face à la peur, à l'isolement et à la stigmatisation.

Au centre de traitement d’Ebola (CTE) de Kitatumba, à Butembo, Kasoki Zawadi peut rendre visite à son mari Victoire, hospitalisé depuis treize jours. Malgré les contraintes strictes d'isolement, les équipes médicales veillent à préserver un lien entre les patients et leurs proches. « On arrive à communiquer malgré tout », témoigne Kasoki. « On nous permet de nous voir, et cette communication nous fait du bien. »

L'hôpital où Victoire est soigné fait partie des structures où MSF apporte un soutien direct à la prise en charge de la maladie à virus Ebola. Entre mai et la fin octobre 2026, 1 472 cas confirmés et 735 décès ont été enregistrés dans la zone de santé de Butembo. Cette crise sanitaire frappe une population déjà très vulnérable, confrontée à l’insécurité récurrente au Nord-Kivu, aux déplacements de population et à la précarité économique.

Soutien psychologique d'urgence : préserver le lien familial pendant l'isolement

Au sein des centres de traitement Ebola, l'hospitalisation et l'isolement strict provoquent une anxiété intense chez les patients comme chez leurs proches. Les psychologues interviennent dès l’admission pour accueillir les familles, expliquer le protocole médical et répondre aux inquiétudes.
Chaque jour, Kasoki arrive au centre dès 6 h 30 et y reste jusqu'au soir, avant que son beau-frère ne la relaie pour la nuit. Enseignante, elle a dû suspendre son travail pour être au chevet de son époux, s'inquiétant aussi pour sa propre santé.

L'attente des examens de laboratoire et la fluctuation des résultats mettent le moral des familles à rude épreuve. Après un test négatif qui laissait espérer une guérison, un nouveau test positif a prolongé l'hospitalisation de Victoire. « Quand il a de nouveau eu un résultat positif, nous étions très fatigués moralement et physiquement. Heureusement, le soutien des psychologues nous a calmés et nous a aidés à patienter. »

Victoire, atteint du virus Ebola, passe ses journées au centre de traitement Ebola (CTE) de Kitatumba, à Butembo, en attendant de pouvoir sortir, son état de santé s’améliorant. Son épouse, Kasoki, vient chaque jour pour le soutenir et veiller sur lui.
 © Elio Parfait/MSF
Victoire, atteint du virus Ebola, passe ses journées au centre de traitement Ebola (CTE) de Kitatumba, à Butembo, en attendant de pouvoir sortir, son état de santé s’améliorant. Son épouse, Kasoki, vient chaque jour pour le soutenir et veiller sur lui. © Elio Parfait/MSF

Santé mentale et Ebola : rassurer pour favoriser la guérison

Pour les équipes de santé mentale de MSF, l'objectif premier est de lever les craintes autour de la prise en charge au sein du centre de traitement et de rompre l’isolement.
« Beaucoup de personnes arrivent avec la peur de la maladie et de l'inconnu. Elles redoutent l’isolement, qui peut leur donner la sensation d’être abandonnées », explique Patrice Muyisa Kokotz, superviseur du service de santé mentale à Butembo. « Nous leur laissons le temps de s’exprimer, de parler de leur vécu et de leurs émotions. Nous leur expliquons le fonctionnement du centre et organisons des visites sécurisées. Voir d’autres patients et accompagnants les rassure. »

L’accompagnement psychosocial joue également un rôle déterminant dans la stabilisation médicale des malades.
« La maladie à virus Ebola est éprouvante et brutale », souligne Rachel Kashimoto, psychologue clinicienne pour MSF à Beni. « Lorsque l'on est mentalement stable, bien accompagné et suivi, une amélioration physique peut survenir plus rapidement. En gardant l’espoir de guérir, le patient suit mieux les consignes du personnel médical. »

L'après-Ebola : accompagner le retour à la maison

La prise en charge en santé mentale ne s’arrête pas à la sortie du centre de traitement. « Beaucoup de survivants font face à une forte stigmatisation à leur retour : ils ont perdu leur emploi ou sont rejetés par leur communauté qui les croit toujours contagieux. D’autres éprouvent un sentiment de culpabilité vis-à-vis de leurs proches décédés », témoigne Rachel.

Dans la province de l’Ituri, à Mongbwalu, MSF a mis en place une « clinique des survivants ». Les patients guéris y bénéficient d'un suivi médical à long terme pour prévenir les séquelles physiques, mais aussi d'un accompagnement psychologique soutenu.

L'action de MSF face à l'épidémie d'Ebola

Médecins Sans Frontières (MSF) fait face à la plus importante épidémie d'Ebola en RDC en mobilisant plus de 2 800 soignants à travers 8 centres de traitement et des unités d'isolement. L'organisation concentre ses efforts sur la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et l'engagement des communautés locales pour rompre les chaînes de transmission, tout en maintenant l'accès aux soins de santé essentiels dans la région. Nos équipes ont traité plus de 4 000 patients. 

Notes

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