RDC : alors qu’Ebola se propage, MSF alerte sur les autres urgences médicales
Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une épidémie historique d'Ebola, l’attention humanitaire se concentre logiquement sur cette crise aiguë. Pourtant, d’autres urgences sanitaires continuent de toucher les populations dans le pays. Du Kwango, touché par une épidémie de choléra, au Nord-Kivu, où les conflits aggravent les besoins liés à la malnutrition et au paludisme, nos équipes restent mobilisées auprès des populations.
Depuis mai 2026, l'est de la RDC fait face à une importante épidémie d’Ebola, qui a fait aujourd’hui plus de 9 500 morts. La riposte médicale et l'isolement des cas mobilisent une grande partie des ressources sanitaires et humanitaires disponibles dans le Nord-Kivu, mettant sous extrême tension un système de santé déjà fragilisé.
Choléra : une épidémie qui progresse
Depuis le début de l’été, une épidémie touche Popokabaka, dans la province du Kwango, à l’ouest du pays, alors que l’épidémie d’Ebola continue de sévir dans l’est du pays. Au 22 juillet, 345 cas suspects et 21 décès avaient été signalés. Provoqué par la bactérie Vibrio cholerae, le choléra se manifeste par des diarrhées aqueuses intenses et des vomissements, entraînant une déshydratation fulgurante. En l'absence de réhydratation rapide, cette maladie peut entrainer la mort en quelques heures seulement.
L’action de MSF pour endiguer l’épidémie
MSF travaille avec le ministère de la Santé pour soigner les patients et limiter la propagation de la maladie :
- Prise en charge médicale : appui à l'hôpital de Popokabaka avec la mise en place d'un centre de traitement du choléra.
- Rapprocher les soins des patients : nos équipes ont également installé 4 unités de traitement dans les aires de santé et plus de 30 points de réhydratation orale pour les personnes touchées. Depuis le début de l'intervention, 450 patients ont été pris en charge.
Des relais communautaires sensibilisent également la population aux mesures de prévention et contribuent à la surveillance de l’épidémie.
L’accès à l’eau et à l’assainissement, un levier essentiel de la lutte contre le choléra
Pour freiner durablement le choléra, les soins doivent s’accompagner d’un meilleur accès à l’eau potable et à l’assainissement. Or, selon une évaluation de MSF, 61 % de la population dispose de moins de 15 litres d’eau potable par personne et par jour.
« Nous pouvons traiter un patient atteint de choléra, le réhydrater et lui sauver la vie. Mais si, une fois rentré chez lui, il n’a toujours pas accès à une eau sûre ou à des latrines, le risque que la maladie continue à se transmettre reste bien réel », explique le Dr Materne Cirimuanua, responsable médical de l’intervention à Popokabaka.
Pour limiter les risques de transmission, MSF a également mis en place 36 points de chloration, processus par lequel on désinfecte l’eau pour qu’elle devienne potable.
Nord-Kivu : la double peine de la malnutrition et du paludisme
À l'autre bout du pays, dans l'est de la RDC, la poursuite des affrontements entre les forces congolaises et l’AFC/M23 et leurs alliés détruit les conditions de vie des populations. Fuyant les combats, des millions de familles abandonnent leur logement, leurs terres agricoles et leurs moyens de subsistance. Plus de 80% des personnes déplacées en RDC se trouvent au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri selon les Nations unies.
Des millions de personnes touchées par l’insécurité alimentaire et la malnutrition
Dans les zones d’accueil, les déplacements accentuent la pression sur les ressources. L’accès aux terres cultivables devient également plus difficile pour les petits exploitants au bénéfice des producteurs aisés.
Les violences et la dégradation des routes perturbent aussi l’acheminement des denrées alimentaires et des médicaments. Les prix augmentent, rendant les produits de première nécessité inaccessibles pour de nombreuses familles.
Au total, plus de 26 millions de personnes connaissent une situation de crise ou d’urgence alimentaire, dont près de 4 millions au Nord-Kivu, selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire.
Soigner la malnutrition infantile malgré Ebola
L’épidémie d’Ebola qui touche la région perturbe également les services de santé, exposant davantage les populations, et notamment les enfants à la malnutrition, aux maladies évitables par la vaccination et à d’autres maladies courantes de l’enfance. De plus, la malnutrition affaiblit le système immunitaire des enfants et accroît leur vulnérabilité aux autres maladies comme le paludisme, la rougeole et Ebola.
Maintenir la vaccination de routine, les programmes de nutrition et l’accès aux soins de santé primaires est donc tout aussi essentiel que la prise en charge des patients atteints d’Ebola.
Entre janvier et août 2026, plus de 33 000 enfants ont été pris en charge pour malnutrition dans cinq structures de santé soutenues par MSF au Nord-Kivu. Nos équipes soutiennent notamment des unités de nutrition thérapeutique intensive et des soins ambulatoires.
Le paludisme : première cause de morbidité dans le pays face à la baisse des financements
Le paludisme reste la principale cause de morbidité en RDC. Pourtant, cette maladie peut être prévenue et traitée. En 2025, plus de 255 000 cas simples et plus de 26 000 cas graves ont été pris en charge par MSF au Nord-Kivu. Cette maladie pouvant présenter des symptômes similaires à Ebola, le risque d’un mauvais diagnostic peut entraîner du retard dans la mise en place d’un traitement adapté.
Malgré ces besoins, cette province risque de ne plus bénéficier des prochaines subventions du Fonds mondial. Cette éventuelle exclusion intervient alors que le système de santé du Nord-Kivu fait face à plusieurs crises et peine à répondre aux besoins. L’épidémie d’Ebola sollicite déjà fortement les structures de santé. La prise en charge du paludisme représente donc un enjeu vital.
L'action de MSF en RDC
En RDC, MSF soutient plusieurs hôpitaux et centres de santé, notamment dans les provinces du Kivu. Les équipes assurent des soins pédiatriques et chirurgicaux, prennent en charge la malnutrition et le paludisme, et interviennent face aux épidémies, dont Ebola. MSF dispose aussi d’unités d’urgence basées à Kinshasa, Bukavu et Goma, capables d’intervenir rapidement face aux épidémies, aux catastrophes naturelles, aux conflits et aux déplacements de population.