Ebola : MSF augmente ses activités en RDC dans un contexte de tensions croissantes

Un laborantin observe le travail des équipes MSF et regarde notamment comment ils vont réussir à désinfecter le microscope et les outils de son laboratoire. Certains éléments comme le papier seront brûlés car impossible à décontaminer. République démocratique du Congo. 2018.
Un laborantin observe le travail des équipes MSF et regarde notamment comment ils vont réussir à désinfecter le microscope et les outils de son laboratoire. Certains éléments comme le papier seront brûlés car impossible à décontaminer. République démocratique du Congo. 2018. ©Alexis Huguet

Près de six mois après la déclaration de l’épidémie d’Ebola dans le nord-est de la RDC, les équipes de réponse sur le terrain, notamment de Médecins Sans Frontières (MSF), tentent toujours de maîtriser l’épidémie. Au 17 janvier, 619 personnes ont été infectées par le virus, dont 361 sont décédées au cours de ce que l’on considère comme la deuxième épidémie d’Ebola la plus importante depuis la découverte du virus en 1976.

Alors que le nombre de cas confirmés d’Ebola continue de croître, la situation de tension liée aux élections présidentielles a encore restreint davantage l’accès de la population aux soins dans et autour de la ville de Beni, où plusieurs centres de santé ont été endommagés durant les manifestations. Cela rend plus difficile l’identification rapide de nouveaux cas d’Ebola car les centres de santé restants deviennent surchargés.

« Dans ce cas, les malades pourraient n’avoir d’autre choix que de chercher une aide médicale au sein de structures de santé qui ne disposent pas des moyens de triage ou de prévention et contrôle des infections adéquats, ce qui accroît encore le risque de contamination, explique Laurence Sailly, coordinatrice d’urgence pour MSF à Beni. Nous parlons d’une population qui a connu de nombreuses années de conflit, et qui doit désormais faire face à l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière que le pays n’ait jamais connue. Les troubles de ces dernières semaines ne font qu’accroître leur détresse en limitant leurs chances de trouver des soins médicaux adaptés. »

Des travailleurs de santé MSF revêtent leur équipement de protection individuel avant d'entrer dans la zone à risque du centre de traitement Ebola. République démocratique du Congo. 2018. 
 © Alexis Huguet
Des travailleurs de santé MSF revêtent leur équipement de protection individuel avant d'entrer dans la zone à risque du centre de traitement Ebola. République démocratique du Congo. 2018.  © Alexis Huguet

Depuis que l’épidémie s’est déclarée le 1er août, MSF n’a eu de cesse de renforcer les activités de prises en charge des patients pour faire face au nombre croissant de cas d’Ebola confirmés, principalement dans les zones de santé de Butembo, de Katwa et de Komanda ces derniers temps. Parmi ces opérations, on compte l’agrandissement du centre de traitement Ebola (CTE) de Butembo de 64 à 96 lits, l’ouverture d’un nouveau CTE à Katwa (à l’est de Butembo) et l’ouverture d’un centre de transit à Bwana-Sura, à Komanda, dans la province de l’Ituri, où de nouveaux foyers actifs ont été identifiés.

Vue du nouveau centre MSF de traitement Ebola de Katwa lors de sa construction. République démocratique du Congo. 2018.
 © Gabriele François Casini/MSF
Vue du nouveau centre MSF de traitement Ebola de Katwa lors de sa construction. République démocratique du Congo. 2018. © Gabriele François Casini/MSF

« Face à l’augmentation du nombre de malades en provenance de la ville de Butembo, qui compte près d’un million d’habitants, il était nécessaire d’établir un second centre de traitement très rapidement, explique Emmanuel Massart, coordinateur de projet pour MSF à Katwa. Dans le cadre de nos opérations, nous cherchons également à gagner la confiance des communautés touchées. Nous avons conçu le centre de traitement de Katwa de manière à offrir le plus d’espace possible aux soins aux patients. Les grandes fenêtres permettent à nos patients de voir les visages des médecins et des infirmiers qui les soignent et de simplifier les visites des familles en rétablissant une partie de ce contact humain qu'il est difficile de maintenir dans les centres de traitement Ebola. »

Lors d'une décontamination les affaires qui ne peuvent être réutilisées sont brûlées. Novembre 2018. République démocratique du Congo.
 © Alexis Huguet
Lors d'une décontamination les affaires qui ne peuvent être réutilisées sont brûlées. Novembre 2018. République démocratique du Congo. © Alexis Huguet

Sensibiliser les communautés aux mesures permettant d’endiguer la propagation d’Ebola reste l’un des principaux enjeux de la réponse à l’épidémie et incombe désormais largement aux acteurs impliqués dans l’intervention. Atteindre les communautés est devenu encore plus difficile car les tensions qui ont suivi le report des élections à Beni et à Butembo ont accru la distance entre la population et les activités de réponse à Ebola. Désormais, les habitants sont encore plus réticents à accepter les mesures de prévention et de contrôle de l’infection, telles que les enterrements dignes et sécurisés ou la décontamination des centres de santé et des maisons.

« Face à Ebola, les centres de traitement sont insuffisants. Il est essentiel de créer du lien avec les communautés et d’instaurer une confiance mutuelle pour maîtriser l’épidémie », explique Roberto Wright, anthropologue pour MSF à Katwa.

« Nous devons accroître nos efforts pour impliquer activement la population dans la lutte contre l’épidémie. Pour ce faire, nous devons être sensibles à leurs besoins globaux, poursuit Roberto Wright. Par exemple, fin décembre, nous avons distribué des kits de soins traumatologiques aux centres de santé locaux pour les aider à répondre à d’éventuels déchaînements de violence. De même, nos centres de transit sont non seulement chargés d’identifier les patients souffrant d’Ebola et de les transférer dans une unité de soins dédiée, mais aussi d'assurer des soins de qualité pour d’autres problèmes de santé, ce dont la population a clairement besoin. Se rendre auprès des communautés pour présenter nos activités avant de les lancer véritablement permet d’améliorer l’entente mutuelle et de favoriser une meilleure collaboration sur le long terme. ».

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