Ebola : la mobilisation des populations et la santé mentale au cœur de la réponse en RDC

Trésor Tchomba Musikila, 30 ans, photographié après sa sortie du centre de traitement d'Ebola (ETC) de Munigi.
Trésor Tchomba Musikila, 30 ans, photographié après sa sortie du centre de traitement d'Ebola (CTE) de Munigi. © MSF

L’épidémie d’Ebola continue de se propager en République démocratique du Congo (RDC). Au-delà de l’urgence médicale, le virus Bundibugyo impacte la santé mentale des patients en exacerbant l’isolement et la stigmatisation. C’est pourquoi les équipes de MSF proposent une prise en charge psychosociale et sensibilisent les populations au virus pour déconstruire les préjugés.

L’épidémie d’Ebola intervient alors que le pays fait face à une crise humanitaire importante. Dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, l’insécurité, les violences armées et les déplacements de population compliquent l’accès aux soins de santé et rendent difficile une réponse complète face à l’épidémie en cours.

Soigner les traumatismes et offrir des soins de santé mentale

Dans nos Centres de Traitement d'Ebola (CTE), la réponse médicale s'accompagne d'une prise en charge systématique de la santé mentale. L’impact psychologique du virus peut être dévastateur : peur d’être contaminé ou de voir sa famille contaminée, traumatisme lié à l’isolement pour les patients suspects ou confirmés, stigmatisation sociale... Prodiguer des soins complets, c’est aussi prendre en compte ces traumatismes. Pour ce faire, MSF a mis en place un dispositif d’écoute et de soutien psychologique au sein des CTE.

Mirella Riccardi, responsable de la santé mentale et du soutien psychosocial, au cœur du dispositif d'écoute et d'accompagnement psychologique du centre de traitement d'Ebola (CTE) de Munigi.
 © MSF
Mirella Riccardi, responsable de la santé mentale et du soutien psychosocial, au cœur du dispositif d'écoute et d'accompagnement psychologique du centre de traitement d'Ebola (CTE) de Munigi. © MSF

« La santé mentale, c’est le pont qui relie les patients, la famille et les équipes médicales », explique Mirella Riccardi, responsable de la santé mentale et du support psychosocial à Munigi, dans le Nord-Kivu. « Notre priorité est d'évaluer leur état émotionnel et de mettre des mots sur l’inconnu » ajoute-t-elle. « Nous leur expliquons pourquoi ils sont là, comment nous allons prendre soin d'eux, et quelles seront les prochaines étapes. C’est ainsi que l'on construit ce que nous appelons l'alliance thérapeutique : une relation de confiance mutuelle ».

Nos équipes interviennent également auprès de la famille des patients et des accompagnants. En effet, la stigmatisation liée au virus peut fragmenter les liens sociaux. Mirella Riccardi témoigne : « Le plus grand défi, c’est la stigmatisation liée à Ebola. Bien que le pays ait déjà été durement frappé par de nombreuses épidémies d’Ebola, le rejet reste systématique. […] Il y a la peur du virus, mais aussi celle de la prise en charge ».

Cet espace de soutien brise l'isolement des patients et facilite l'acceptation des protocoles médicaux.

Sensibiliser et agir : la mobilisation des populations au cœur de la réponse

Si une partie de la population commence à accepter la réalité de l'épidémie, de nombreuses résistances persistent. Chaque annonce de personne suspectée d’être atteinte d’Ebola plonge souvent les familles dans une peur exacerbée par les tensions et les rumeurs au sein de la communauté. Parfois, la simple suspicion d'avoir franchi les portes d'un centre de traitement déclenche une stigmatisation immédiate.

Isaac kambere Luendo, responsable des soins infirmiers au centre de traitement de l'Ebola (CTE) de Munigi. Il fait partie de l'équipe médicale de MSF au centre de traitement de Munigi.
 © MSF
Isaac kambere Luendo, responsable des soins infirmiers au centre de traitement de l'Ebola (CTE) de Munigi. Il fait partie de l'équipe médicale de MSF au centre de traitement de Munigi. © MSF

« Une grande partie de la population pense que c’est une maladie importée, et accepter que leur famille soit isolée, c’est difficile », confie Isaac Kambere Luendo, responsable des soins infirmiers dans le CTE à Munigi.

Le dialogue pour lutter contre la méfiance et la désinformation

Face à ces méfiances, la promotion de la santé et l’engagement des populations locales jouent un rôle crucial. Cela permet de sensibiliser sur les symptômes, la transmission, les mesures de prévention, les mécanismes de signalement et les lieux où se faire soigner, mais aussi d’assurer la surveillance, le suivi et le dépistage.

Chaque aspect de la réponse doit s'ancrer dans un dialogue permanent : être à l'écoute de leurs préoccupations, apaiser leurs craintes et lutter contre la désinformation. La réponse ne doit pas être imposée aux communautés mais construite avec elles.

Quand les communautés deviennent les premiers acteurs de la sensibilisation

Benjamin Habimana, 30 ans, professeur dans un établissement d'enseignement secondaire de la ville de Goma. Il fait partie des premiers patients présumés à avoir quitté le centre de traitement d'Ebola de Munigi.

Benjamin Habimana, photographié aux côtés de sa famille après sa sortie du centre de traitement Ebola de Munigi.

Benjamin Habimana, photographié après sa sortie du centre de traitement Ebola de Munigi.

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Benjamin Habimana, 30 ans, professeur dans un établissement d'enseignement secondaire de la ville de Goma. Il fait partie des premiers patients présumés à avoir quitté le centre de traitement d'Ebola de Munigi.

Benjamin Habimana, photographié aux côtés de sa famille après sa sortie du centre de traitement Ebola de Munigi.

Benjamin Habimana, photographié après sa sortie du centre de traitement Ebola de Munigi.

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Benjamin Habimana, enseignant en école secondaire à Goma s’est rendu au CTE géré par MSF après avoir développé des symptômes s’apparentant à Ebola. Après une semaine de prise en charge et des analyses finalement négatives, Benjamin est retourné chez lui. Aujourd'hui, il utilise sa voix et sa profession pour mener un autre combat : celui de la sensibilisation. Pour lui, l'école est le premier rempart contre l'épidémie.

« En tant qu’enseignant, je suis responsable de la sensibilisation de mes élèves. Aujourd’hui, je joue le rôle de sensibilisateur pour qu’ils adoptent les mesures barrières et aillent consulter dès l’apparition des signes. Si on se présente à temps, on a de la chance de guérir », affirme-t-il.

Daniella, 10 ans, photographiée après sa sortie du centre de traitement de l'Ebola (CTE) de Munigi.

Daniella, photographiée avec sa famille après sa sortie du centre de traitement de l'Ebola (CTE) de Munigi.

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Daniella, 10 ans, photographiée après sa sortie du centre de traitement de l'Ebola (CTE) de Munigi.

Daniella, photographiée avec sa famille après sa sortie du centre de traitement de l'Ebola (CTE) de Munigi.

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De même, la famille de Daniella, 10 ans, a décidé de se rendre au CTE de Munigi lorsque leur fille a commencé à avoir des symptômes. Face à la propagation de la maladie, la famille de Daniella a choisi de s'engager depuis sa sortie du centre de traitement dans la sensibilisation de leur communauté afin de briser les rumeurs et appuyer les efforts des équipes médicales.

« Avant cette expérience, j’ai énormément douté de cette maladie et des centres de traitement Ebola. J’avais pensé que cette maladie était montée de toute pièce et que le centre renfermait forcément autre chose. […] J’avais tort. Je dis aux gens “Si vous hésitiez encore à venir au centre de santé alors que vous présentez des signes, il faut y aller”. C’est seulement comme cela que vous allez sauver votre famille et vous-même », raconte Riziki Sekushago, la mère de Daniella.

 

Notes

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