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Côte d’Ivoire : une maternité dédiée à la prise en charge des urgences

Au cœur de la maternité de Katiola en Côte d'Ivoire. Avril 2015
Au cœur de la maternité de Katiola, en Côte d'Ivoire. Avril 2015 ©JC Nougaret/MSF

Des années d’instabilité ont durement ébranlé le secteur médical ivoirien qui manque aujourd’hui de structures médicales et de personnel formé. Conséquence : des taux de mortalité maternelle particulièrement élevés faute de prise en charge des besoins médicaux des futures mamans et de leur nourrisson. MSF, qui était déjà intervenue dans les maternités de Duékoué et d’Abobo, a ouvert un programme de soins dédié aux femmes enceintes et aux nouveau-nés en juillet 2014, au sein du Centre Hospitalier Régional (CHR) de Katiola, au Nord de Bouaké. Ce projet est mené en partenariat avec le ministère ivoirien de la Santé et de la Lutte contre le Sida (MSLS).

Madeleine respire ce matin. La nuit a été longue et tendue pour elle comme pour l’équipe médicale de l’hôpital de Katiola. Madeleine était un « code rouge », une urgence chirurgicale : du fait d’une procidence du cordon, son bébé risquait l’asphyxie. Le cordon s’était en effet enroulé autour du cou du nourrisson. Heureusement, l’équipe chirurgicale franco-ivoirienne a pu effectuer une césarienne dans le bloc opératoire flambant neuf, ré-ouvert quelques jours plus tôt, à la fin du mois d'avril 2015.

« Dans cette région, nous dénombrons une forte mortalité infantile et plus de 600 décès de femmes pour 100 000 naissances, contre à peine 10 en France,explique le Dr Olivier Dro, adjoint du responsable des programmes menés par  MSF en Côte d’Ivoire. Ces chiffres traduisent le manque de soins obstétricaux, de prévention et de prise en charge des cas de complications qui peuvent survenir au cours de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum. Si près de 6 accouchements sur 10 sont assistés par du personnel de santé qualifié, du fait du manque d’infrastructures sanitaires et de l’inégale répartition des personnels de santé, cet accompagnement reste insuffisant et inégalement réparti sur le territoire. »

Une coopération exemplaire

Cécile Brucker, infirmière et coordinatrice médicale précise les priorités : « Pour permettre aux femmes de la région de donner la vie en toute sécurité, pour elles et leurs bébés, nous prenons en charge les urgences gynécologiques, obstétricales et néonatales. Un important programme de réhabilitation - construction de bâtiments et équipement de services spécialisés - a été réalisé. L’autre volet porte sur l’accompagnement et la formation du personnel de l’hôpital. »

Grâce au département de néonatologie, inauguré en juillet 2015, les urgences obstétriques et néonatales peuvent à présent être prises en charge. Jusque-là, les patientes qui avaient les moyens de payer le transport et les médicaments étaient référées sur le Centre Hospitalier Universitaire de Bouaké.

« Nous avons pris le temps de travailler avec nos interlocuteurs du MSLS et du CHR de Katiola afin de construire un projet commun qui réponde véritablement à l’urgence de santé publique que représentent la santé de la mère et celle de l’enfant dans cette région », ajoute Cécile Brucker.

Au cœur de la maternité de Katiola, en Côte d'Ivoire. Avril 2015

Au cœur de la maternité de Katiola. Avril 2015© MAmsallem/MSF

Une coopération dont se félicite Jean-Yves Bailly, en charge de l’Administration de l’hôpital : « Nous avons apprécié l’approche de MSF car elle était novatrice. Nous avons été associés à toutes les décisions et nos protocoles ont été respectés. Ce projet arrive au bon moment car Katiola est récemment devenu Centre Hospitalier de Référence pour la région du Hambol. Il nous permet d’améliorer encore la qualité de notre plateau technique, tant sur la partie construction et équipement, que formation du personnel. »

Un important programme de rénovation et de formation

Côté construction, les blocs opératoires et l’unité de stérilisation ont été entièrement rénovés et équipés à neuf. Le laboratoire d’analyses médicales et la banque de sang ont également été mis à niveau. Une nécessité pour pouvoir répondre aux urgences chirurgicales et aux éventuelles hémorragies. « D’autres travaux seront achevés à l’été 2015 : mise aux normes du réseau électrique, installation d’une collecte sélective et du traitement des déchets hospitaliers, forage, stockage, traitement et approvisionnement en eau, ajoute Béatrice Wibaux, coordinatrice du projet construction. La dernière tranche des travaux de construction et de rénovation inclut l’aménagement de la buanderie et du service logistique/maintenance biomédical, une cuisine et une aire de lavage pour les accompagnants, la rénovation de la maternité avec mise en place d’un service de néonatologie sous forme d’unité kangourou, ainsi qu’un bâtiment d’hospitalisation de 20 lits pour les suites de couches. »

Le bloc opératoire a été entièrement rénové et son équipement renouvelé. © JCNougaret/MSF

Les années de crise avaient ébranlé le système de santé avec, comme conséquence, une répartition inégale du personnel de santé et un plateau technique vieillissant.

Côté formation, Muriel Durand, infirmière responsable des activités de formation, précise : « A Katiola, le personnel a déjà une formation de base et souvent une première expérience d’aide-soignante, d’infirmière ou de sage-femme. Ma mission consiste à la fois à reprendre certaines pratiques quotidiennes, notamment sur l’hygiène, ainsi que des points essentiels comme la capacité d’identifier précocement les bébés à risque ; en cas de complication, chaque minute compte ».

Prochaine étape : soutenir les centres de santé périphériques

Depuis le mois de mai dernier, un programme de soutien à un réseau de centres de santé périphériques vient compléter la mise à niveau du plateau technique de l’hôpital de Katiola. Objectif : décentraliser l’accès à des soins médicaux de qualité pour la mère et l’enfant. « Les centres recevront un appui à la rénovation de leurs infrastructures, de leurs équipements médicaux et à la formation de leur personnel. Cette activité est à la fois stratégique et complémentaire du renforcement des capacités du CHR de Katiola afin de décentraliser l’accès aux soins et faire chuter la mortalité maternelle et infantile. Dans cette région de Côte d’Ivoire, environ un accouchement sur deux a encore lieu à domicile et, en cas de complication, l’éloignement des structures de santé est un vrai problème pour la santé de la mère et du nourrisson », indique Cécile Chesneau, sage-femme en charge de l’activité « centres de santé ».

Des années d’instabilité ont durement ébranlé le secteur médical ivoirien qui manque aujourd’hui de structures médicales...

Posted by Médecins Sans Frontières on mercredi 10 juin 2015
Chiffres-cles

La mortalité materno-infantile, une urgence de santé publique en Côte d’Ivoire
 

• Mortalité maternelle : 614 femmes décèdent après l’accouchement pour 100 000 naissances, contre environ 10 pour 100 000 en France
• Mortalité infantile : sur 1 000 naissances, 68 enfants n’atteignent par l’âge 5 ans, contre 4 pour 1 000 en France
• 5 infirmiers/sages‐femmes pour 10 000 habitants contre près de 90 pour 10 000 en France

 

Le projet de Katiola
 

• 300 naissances par mois en moyenne au cours du premier trimestre 2015
• Environ 10% de naissances par césarienne

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