Côte d'Ivoire : situation toujours très inquiétante pour l'accès aux blessés

Afflux de blessés dans l'hôpital d'Abobo Sud en Côte d'Ivoire le 17 mars 2011
Afflux de blessés dans l'hôpital d'Abobo Sud, en Côte d'Ivoire, le 17 mars 2011 ©Didier Assal/MSF

Le Docteur Salha Issoufou, chef de mission de MSF à Abidjan, fait le point sur les difficultés à soigner les patients à Abidjan et dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Comment font les équipes MSF pour travailler à Abidjan ?
Cela fait trois jours que nous sommes bloqués au bureau comme à l'hôpital. On entend des tirs, il y a des barrages dans les rues et les violences continuent.  La situation est extrêmement tendue, on ne peut pas sortir. Aucune voiture ne peut circuler. Ce matin, nous avons vu arriver cinq blessés tout à côté de notre bureau, nous avons pu en soigner quatre mais le cinquième est décédé.

Malgré toutes ces difficultés, MSF continue d'intervenir. L'autre équipe MSF qui est dans l'hôpital d'Abobo Sud travaille depuis 72 heures sans relâche. Elle prend en charge les urgences médicales et chirurgicales en collaboration avec les autorités sanitaires. Mais on ne peut pas aller les remplacer ni les réapprovisionner en médicaments. Notre pharmacie est dans le sud d'Abidjan et l'hôpital dans le nord. Hier et avant-hier, l'équipe a pris en charge 97 patients en urgence, dont 75 blessés par balle. Les blessés sont arrivés d'eux-mêmes ou des habitants du quartier les ont amenés en charrette car aucune ambulance ne circule. La situation reste très inquiétante concernant l'accès aux soins pour les blessés .

A quels problèmes sont confrontés les hôpitaux à Abidjan ?
L'hôpital d'Abobo Sud est le seul qui soit fonctionnel dans les quartiers nord d'Abidjan : Abobo et Anayama. Il draine tous les patients qui ont besoin d'une intervention d'urgence. Il y a aussi l'hôpital d'Abobo Nord mais il ne dispose que d'un seul chirurgien. Il n'a pas d'anesthésiste. Comme ailleurs à Abidjan et dans les zones de conflit, une bonne partie du personnel de santé avait abandonné son poste à cause de l'insécurité.

Et les hôpitaux qui sont ouverts dans d'autres quartiers d'Abidjan ont des problèmes de médicaments et de nourriture. MSF soutenait plusieurs CHU et hôpitaux d'Etat en médicaments depuis décembre car le système d'approvisionnement en médicaments ne fonctionnait plus du fait du blocage de la vie économique. Mais depuis le début de la semaine, nous n'avons pas pu les approvisionner en produits anesthésiants et en consommables pour la chirurgie notamment. De plus, la nourriture manque maintenant pour les patients. Les magasins sont fermés ou ont été pillés dans la métropole ivoirienne.

Quelle est la situation des personnes déplacées à Abidjan ?
Les  quartiers nord d'Abidjan, Abobo et Anyama, comptent onze sites de regroupement de personnes déplacées où se trouvent entre 10 000 et 12 000 personnes venues d'autres quartiers de la ville. Ils ne reçoivent pratiquement pas d'aide. Des particuliers leur ont distribué des sacs de riz. MSF a donné des kits de pansements aux centres de santé et cliniques privées des environs. Nous nous apprêtions aussi à donner des consultations, mais pour le moment c'est impossible. Le problème à Abidjan est que nous ne pouvons pas nous déplacer, accéder à nos stocks de médicaments, ni acheminer nos commandes sur la ville.

MSF est aussi présente à Guiglo dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. Que se passe-t-il là-bas ?
Une équipe MSF est effectivement basée à Guiglo où elle dispense des soins de santé primaire. Et transfère les patients qui doivent être opérés dans la ville de Bangolo où MSF est aussi présente. L'hôpital de Guiglo a été pillé. Mais vu les circonstances, nous avons dû prendre en charge 7 blessés sur place. Si la situation paraît plus calme à Guiglo, cela ne semble pas être le cas dans les autres régions de l'ouest.

L'équipe donne des consultations dans une clinique de Guiglo ainsi que dans un camp de personnes déplacées qui jouxte une église. Mais il faudrait répondre à d'autres besoins : approvisionnement en eau et mise en place de latrines. Près de 1000 personnes y ont cherché refuge, la plupart sont arrivées au début de la semaine, d'autres continuent d'arriver. Car les mouvements de populations restent importants dans l'ouest du pays.

La ville de Duékoué abrite un grand camp de personnes déplacées à la Mission catholique. La population a quadruplé en l'espace de quelques jours. L'équipe MSF a pu reprendre récemment ses consultations dans ce camp ainsi que dans un quartier de la ville. Mais entre le 29 mars et le 1er avril, une autre équipe médicale de MSF avait soigné, dans des conditions très difficiles, 240 blessés dans l'hôpital général de la ville.

 


 

MSF est une organisation médicale humanitaire qui intervient en toute impartialité, dans le strict respect de la neutralité. Ses activités en Côte d'Ivoire sont exclusivement financées par des donateurs privés, ce qui lui assure une totale indépendance.

 

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