Cisjordanie - Raisons hantées : Enfermée chez soi, rue Al-Shuhada

Hébron
Hébron ©Juan Carlos Tomasi

MSF publie des récits de patients cisjordaniens suivis dans le programme de soins psychologiques et victimes de la violence générée par la colonisation israélienne continue des Territoires palestiniens. En recueillant ces témoignages, MSF souhaite partager la réalité de la vie quotidienne des patients : des vies vécues sous occupation.

Jamila est une palestinienne de 51 ans, mère de trois enfants (21, 19 et 17 ans) qui vit dans la ville d’ Hébron, située à 30 km de Jérusalem, au sud de la Cisjordanie. La ville est divisée en deux secteurs: ‘H1’, est contrôlé par l'Autorité palestinienne. L’autre secteur, ‘H2’, qui représente environ 20% de la superficie de la ville, est lui contrôlé et administré par Israël.

La rue Al-Shuhada se situe dans le secteur ‘H2’. Pendant longtemps, cette rue a abrité le plus important marché de la région d'Hébron. Une rue remplie de boutiques et toujours animée où les gens aimaient se rassembler. Après 1994, Israël a fermé la rue aux Palestiniens qui ont déménagé dans d’autres quartiers de la ville. Depuis, la rue est devenue un endroit désert, que la famille de Jamila ainsi qu’une autre famille, sont les seuls Palestiniens à encore habiter. Leurs voisins sont désormais des colons israéliens.

« Quand je suis arrivée ici il y a 25 ans, ce quartier était plein de vie ; c'était très agréable de vivre ici. Mais depuis l'arrivée des colons, c’est devenu très difficile pour nous. Ils jettent des ordures et de l'eau sur notre terrasse. Ils ne veulent pas de nous ici… explique Jamila. Ils appellent tout le temps la police, sous n’importe quel prétexte, en disant par exemple que je crie ou que je leur jette des choses. Chaque fois que nous devons sortir de la maison pour aller acheter quelque chose, nous devons passer par le point de contrôle et cette zone est pleine de soldats. »

Jamila confie que son enfance n’a pas été très heureuse. Son père, militant politique, a été emprisonné pendant de nombreuses années. A l'âge de 12 ans, elle a commencé à travailler dans une école maternelle et a dû s’occuper de ses douze frères et sœurs. A 24 ans, elle s’est mariée, devenant la deuxième femme de son mari, et a quitté son village natal. Comme son mari ne la traitait pas bien, ils ont divorcé et depuis, elle vit avec ses trois enfants dans sa maison, rue Al-Shuhada.

En plus d'être harcelée par ses voisins, Jamila a été attaquée à deux reprises par les colons. Un de ses fils a même été arrêté et détenu, les mains enchaînées pendant quatre jours. Cette violence quotidienne a un impact psychologique pour la famille de Jamila. En parlant ouvertement aux psychologues de MSF, Jamila a pu confier ses angoisses, son épuisement, sa colère. Le fait de pouvoir raconter toutes les épreuves qu’elle a traversées ces dernières années lui apporte soutien et réconfort. « Je suis têtue… La seule chose que je veux, c'est une vie décente pour mes enfants. Je sais que je devrais être patiente mais je crois que je gagnerai cette bataille. »

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► Retrouvez l'intégralité des témoignages de Cisjordanie dans notre dossier "Raisons hantées".

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