En bref

MSF est retourné en Somalie en 2007 après 9 années d'absence.

Deux programmes ont été ouverts : soins de santé primaire et secondaire à Jamaame et chirurgie d'urgence à Mogadiscio, dans le quartier de Daynile.

Suite à l'assassinat de 3 personnels de la section hollandaise de MSF fin janvier 2008 et à l'augmentation générale du risque sécuritaire sur les équipes, MSF a suspendu la présence permanente de personnels internationaux en Somalie.

Les activités sont néanmoins poursuivies depuis 3 ans par l'intermédiaire du personnel somalien, avec un soutien à distance depuis la capitale kenyane Nairobi et de rares visites sur le terrain.

Dépenses 2010 : 3 337 000 €
Financements : 100 % privés
Équipe : 6 internationaux et 93 nationaux
Autres sections MSF présentes : MSF Belgique, MSF Hollande, MSF Espagne et MSF Suisse

Dossier Urgence Somalie

Ce dossier rassemble des articles, photos, vidéos au sujet de la crise se déroulant dans la Corne de l'Afrique, et plus particulièrement en Somalie.

 

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Contexte

La guerre civile somalienne, déclenchée en 1991 par la chute du régime de Siad Barré, a désormais 20 ans. La quasi-totalité des infrastructures sanitaires a été détruite et la multiplication des combats au cours de ces deux décennies a généré des déplacements massifs de populations et de nombreuses victimes. Début 2009, Sheikh Sharif Sheik Ahmed a été élu à la tête d'un Gouvernement Fédéral de Transition (TFG) soutenu par la communauté internationale par l'intermédiaire des forces de l'Union Africaine (AMISOM). Le mouvement islamiste Al Shabaab contrôle cependant l'essentiel des régions sud et centre du pays, ainsi qu'une partie de Mogadiscio. Depuis l'été 2010, de violents affrontements les opposent à l'AMISOM dans la capitale en ruines, faisant chaque fois de nouvelles victimes civiles.

Compte tenu de l'insuffisance des conditions de sécurité pour les travailleurs humanitaires, peu d'organisations parviennent à porter secours aux Somaliens dont les conditions de vie s'aggravent sans cesse suite à l'effondrement de l'économie locale, les sécheresses à répétition et la violence des combats.

La réalité de la situation humanitaire demeure impossible à évaluer avec précision, faute d'informations fiables. Le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR) estime le nombre de déplacés à 1,5 million auxquels viennent s'ajouter environ 700 000 réfugiés à l'extérieur du territoire, dont plus de la moitié au Kenya. Les rares informations disponibles sont très alarmantes sur la situation nutritionnelle en Somalie, frappée par des sécheresses récurrentes. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), un tiers de la population somalienne, soit 2,4 millions de personnes, nécessite une aide alimentaire d'urgence.

Projets

Chirurgie d'urgence à Daynile, Mogadiscio

L'hôpital de Daynile, situé à 9 km au nord de la capitale, demeure une des rares structures hospitalières offrant un service de chirurgie d'urgence gratuit à Mogadiscio. Récemment réhabilité, le bâtiment a une capacité de 60 lits et possède 2 blocs chirurgicaux, une salle d'urgence et un service de soins intensifs. En plus de la prise en charge intégrale de l'activité chirurgicale, MSF soutient également le reste de l'hôpital via des donations de médicaments et la prise en charge des salaires du personnel. Un centre de traitement intensif de la malnutrition sévère a également ouvert début 2011.

Entre janvier 2010 et avril 2011, 3 047 personnes ont été hospitalisées dans le service d'urgence de Daynile, et 188 n'ont pas survécu. Plus de deux tiers (70%) des admissions étaient directement liés à des actes de violence, en général des blessures par balle ou par éclats d'obus. Les équipes médicales ont réalisé pendant cette période plus de 1 500 actes chirurgicaux sur un total de 1 262 patients, y compris 174 césariennes.

La situation à Mogadiscio demeure extrêmement dangereuse pour l'ensemble de la population, aujourd'hui estimée à 500 000 personnes contre environ 1,5 million il y a vingt ans. Plusieurs incidents ont montré ces dernières années que les équipes somaliennes MSF étaient également très exposées à l'insécurité. En outre, l'impossibilité pour les personnels internationaux d'être à leurs côtés complique les négociations directes avec les belligérants pour exiger le respect des travailleurs humanitaires.

Les principes fondamentaux d'indépendance et de neutralité de MSF sont pris en tenaille entre d'un côté les tentatives d'extorsion et de mainmise sur nos activités et de l'autre les manœuvres de la communauté internationale pour politiser l'aide humanitaire. Certains pays, tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, orientent en effet leurs financements de l'aide humanitaire en Somalie en fonction de considérations géostratégiques en excluant les zones contrôlées par des acteurs non-étatiques considérés comme terroristes. D'une manière générale, l'aide humanitaire en Somalie est depuis 20 ans systématiquement manipulée par les acteurs du conflit en fonction de leurs agendas politiques.

Cette réduction continue de l'espace humanitaire et les difficultés récurrentes d'accès direct et indépendant aux victimes menacent donc l'avenir de ce programme d'urgence, et cela malgré des besoins criants.

Soins de santé primaire et secondaire, Jamaame, Région du Lower Juba

Ce programme a été ouvert en mars 2007 pour répondre à la crise nutritionnelle et aux inondations dans la vallée de Juba. L'évacuation des équipes internationales en avril 2008 s'est également traduite par un soutien à distance depuis Nairobi et des visites ponctuelles de plus en plus complexes à organiser compte tenu d'obstacles bureaucratiques difficilement surmontable.

MSF fournit des soins de santé primaire pour une population estimée à 60 000 personnes. Une structure de 60 lits permet également l'hospitalisation des cas les plus sévères. De janvier 2010 à avril 2011, plus de 50 000 patients, dont un tiers d'enfants de moins de 5 ans, ont été reçus en consultation externe. Plus de 3 400 malades ont dû être hospitalisés dont plus de la moitié (55%) avait moins de 5 ans. Parmi ces derniers, 790 souffrait de malnutrition sévère aiguë et ont reçu un traitement spécifique à base d'aliments thérapeutiques prêts à l'emploi. Près de 4 000 immunisations contre la rougeole ont été effectuées dans le cadre de la vaccination systématique des enfants de moins de 5 ans.

Un service de consultation prénatale existe depuis fin 2009 pour améliorer la santé maternelle. Entre janvier 2010 à avril 2011, plus de 4 800 femmes y ont été reçues et 172 accouchements ont été réalisés dans l'hôpital.

En dépit de ces services médicaux essentiels rendus à la population du district de Jamaame, l'impossibilité faite aux volontaires internationaux de travailler aux côtés de leurs collègues somaliens depuis 3 ans complique énormément la formation continue des personnels médicaux ainsi que la garantie des principes opérationnels de MSF. Pour des raisons globalement similaires à Mogadiscio, la possibilité de poursuivre de programme est remise en question.