Contexte

Depuis 2011, le paysage politique de la Libye s’est totalement reconfiguré. L’infrastructure de l’administration et de maintien de l’ordre de l’ancien Etat s’est entièrement ou partiellement effondrée, différents arrangements provisoires ou informels sont venus combler le vide. Le pays est profondément divisé, d’autant que les conseils locaux, réseaux tribaux, milices armées et factions islamistes ont tous gagné en puissance.

En 2012, le Conseil National de Transition (CNT) a transmis le pouvoir au Congrès Général National (CGN). En 2014, le CGN a refusé de passer la main à la fin de son mandat, ce qui a provoqué des émeutes et la reprise de la guerre civile à partir de mai 2014. Le Conseil de la Choura des Révolutionnaires de Benghazi (CCRB) est né d’une coalition des principaux groupes islamistes et djihadistes, dont Ansar al-Charia et l’Etat Islamique (EI), pour combattre l’Armée nationale libyenne (ANL).

Depuis, le pays est divisé en deux camps opposés, schématiquement l’Est et l’Ouest, chacun se revendiquant comme le siège légitime du pouvoir et chacun visant à diriger le pays tout entier. En décembre 2015, les représentants  des deux parlements (House of Representatives et CGN)  ont signé un accord négocié par l’ONU pour former un Gouvernement d’Union nationale.

MSF est intervenue une première fois en Libye en 2011 lors des événements du “printemps arabe” qui ont rapidement tourné à la guerre civile dans le pays. Des projets ont été ouverts à Benghazi et à Misrata.

Depuis mi-2014, la situation humanitaire s’est dégradée du fait de la reprise de la guerre civile et de l’instabilité politique. Plus de 3 millions de personnes à travers la Libye en subissent les conséquences et ont besoin d’une aide humanitaire : personnes déplacées, populations non déplacées mais affectées par le conflit, réfugiés, demandeurs d’asile et migrants. La crise frappe principalement les centres urbains, la plupart des combats se déroulant dans les grandes villes comme Benghazi, Tripoli, Syrte, Sabbah et Derna.

On estime à 450 000 le nombre de personnes déplacées en Libye. Benghazi en abrite à elle seule plus de 120 000.

Les soins médicaux étaient de haut niveau en Libye, mais après plus de 4 années d’instabilité, le système de santé se délite. La situation sanitaire s’est rapidement détériorée depuis 2014 et les besoins se sont amplifiés en termes de périmètre, d’ampleur et de gravité, à cause des pénuries généralisées en médicaments essentiels (y compris vaccins, insuline, et fournitures de base) et d’un système de santé primaire très affaibli.

Les deux problèmes majeurs aujourd’hui sont le manque de personnels médicaux (surtout infirmiers) - car il s’agissait en majorité d’étrangers qui ont quitté le pays depuis 2011- et le manque de fournitures médicales.

La stratégie opérationnelle de MSF est d’apporter un soutien au ministère de la Santé pour maintenir en fonctionnement les activités médicales de structures sanitaires identifiées, tout en œuvrant pour une approche de soins plus directs, ce qui dans ce contexte représente un véritable défi.

Projets

PROJET AL-QUBBAH

Cette antenne chirurgicale semblait occuper une position stratégique, en raison de la proximité des combats qui se déroulaient à Derna contre l’EI et de la possibilité d’un afflux massifs de blessés. Après le renversement de pouvoir dans la ville de Derna en juin 2015, la probabilité d’un afflux massif de blessés ou de déplacés à Al-Qubbah s’est éloignée ; le volume d’activité à l’hôpital d’Al-Qubbah restait faible, nous avons donc décidé de nous retirer.

Bilan du projet sur l’année 2015 : 150 consultations par mois aux urgences, mortalité aux urgences inférieure à 3%, 160 pansements par mois. Le projet a fermé le 20 octobre 2015.

PROJET BENGHAZI

La ville est le théâtre de combats entre les forces de l’ANL (Armée nationale libyenne) et le Conseil de la Choura des Révolutionnaires de  Benghazi (CCRB) qui contrôle les quartiers situés à l’est et au sud-ouest de la ville. Les besoins humanitaires sont criants en raison du conflit armé : blessés de guerre, afflux massifs de victimes aux urgences, populations déplacées et dislocation du système de soins de santé. Sur les 12 hôpitaux que comptait la ville, seuls 3 fonctionnent encore aujourd’hui.

A Benghazi, nous travaillons en partenariat avec l’ONG libyenne Support-Us, nous distribuons des denrées alimentaires aux familles déplacées et nous donnons des consultations en gynécologie-obstétrique et en pédiatrie pour les femmes et les enfants déplacés. A ce jour, 2000 familles ont bénéficié de 2 campagnes de distribution alimentaire. Nous avons fait des dons de matériel médical à l’hôpital d’Al-Jaala, à la maternité et à l’hôpital pédiatrique (essentiellement des instruments chirurgicaux, médicaments anesthésiques et analgésiques, pansements et prise en charge traumatologique), ainsi qu’au centre de dialyse rénale pour 100 patients dont 50 patients pédiatriques, et des dons d’insuline au centre du diabète qui suit plus de 1000 patients.

PROJET AL-ABYAR

Notre objectif est d’améliorer la capacité du service d’urgences, le système d’orientation et les soins de santé primaire en relançant les soins anténatals à la maternité et les activités de vaccination/PEV. Un service anténatal est dispensé dans 3 centres de santé.

PROJET AL-MARJ

Nous détachons des ressources humaines infirmières pour renforcer l’hôpital d’Al-Marj avec 10 infirmiers/ères aux urgences, aux soins intensifs et à la maternité.

Des activités de vaccination ont été menées dans 4 centres de santé. Malheureusement les vaccins fournis par MSF n’ont pas été utilisés dans les dispensaires d’Al Abyar, et ces vaccins ont finalement été envoyés à l’hôpital d’Al Qubbah et dans d’autres centres de santé dans l’est du pays.

Les combats dans la ville de Benghazi se poursuivent et se sont intensifiés depuis début 2016. Le sort de la population ne cesse d’empirer, avec une hausse du nombre de déplacés et un accès aux soins réduit. Nos efforts porteront sur le développement du projet de Benghazi et nous continuons de négocier pour intervenir plus directement en santé maternelle à Al-Abyar et Al-Marj ; au vu de la dégradation de la situation, il devrait être possible d’obtenir l’autorisation de dispenser directement des soins aux patients, notamment pour les femmes enceintes et les urgences.

PROJET ZOUARA

Le conseil local a demandé de l’aide pour son hôpital de 40 lits qui dessert une population d’environ 80 000 personnes. Les pénuries de médicaments et de matériel médical atteignaient déjà un stade critique pendant la mission exploratoire et ont conduit l’hôpital à fermer certains services en novembre. Zouara est également une route très empruntée par les migrants, qui viennent principalement des pays d’Afrique noire pour traverser la Méditerranée et se rendre en Europe.

Pendant les 3 premiers mois, l’équipe a rencontré des difficultés dans la mise en œuvre des activités, et le volume de travail restait faible, les patients s’orientaient eux-mêmes vers Sabratha, la Tunisie ou Tripoli, mais fin décembre MSF a conduit une formation en soins intensifs au chevet des patients, et l’activité a commencé à augmenter. Par ailleurs des missions exploratoires ont été menées en dehors de Zouara, dans des centres de santé situés au sud-est et au sud-ouest de la ville ; suite à l’évaluation des structures sanitaires situées à l’extérieur de la ville de Zouara (dans les quartiers arabes), l’équipe a proposé de réorienter le projet et d’étendre l’activité à l’hôpital d’Al-Jumayl pour les soins pédiatriques.

Pour les habitants d’Amazigh et des zones arabes (200 000 personnes au total), et la population de migrants, environ 4000, à Zouara Jedi Ibrahim (la vieille ville), nous proposons des soins aux migrants et à  la  population  hôte,  ainsi qu’un service pédiatrique de jour, dans la Polyclinique pédiatrique Abou Kammash avec un service d’urgences traumatologiques et médicales. MSF dispense des soins pédiatriques à Ajmayl avec 10 lits, et reçoit des patients référés depuis Raqdaline et Zilten.

PROJET MISRATA

La mission a ouvert en octobre 2015 ; MSF a évalué la possibilité de maintenir le contact avec le CCRB qui se charge de transférer les patients à Misrata depuis l’enclave de Benghazi. En novembre, nous avons fait don de matériel médical à 2 cliniques de maladies chroniques et à l’antenne chirurgicale de Benghazi, ainsi qu’au Comité pour les réfugiés de Syrte et de Benghazi.

L’hôpital central de Misrata reçoit des patients référés depuis d’autres régions de Libye. MSF vise à répondre aux besoins des populations déplacées à Misrata et d’améliorer la capacité des urgences pour les blessés de guerre transférés depuis ligne de front de Syrte, liée aux combats contre l’EI. Un atelier de formation aux interventions d’urgence et à la préparation aux afflux massifs de victimes a été organisé pour les chefs de service et le personnel médical, le Ministère de la Santé accepte d’intégrer l’équipe chirurgicale et urgentiste expatriée de MSF.

Ce projet s’adresse aux populations déplacées d’autres villes en Libye (Benghazi, Syrte, Oubari, Zliten, et d’autres), et à la population générale de Misrata (environ 500.000 personnes).