Contexte

Avec la participation du Tchad dans la guerre au Mali, en République centrafricaine, et contre Boko Haram, son Président Idriss Deby Itno, a pris une place régionale prépondérante. Les positions régionales et internationales d’Idriss Deby Itno, ajoutées au soutien de la France, le met à priori relativement à l’abri d’une rébellion interne. Néanmoins, Idriss Deby Itno est aujourd’hui confronté à deux défis majeurs : d’un côté, la guerre contre Boko Haram et de l’autre, l’effondrement du prix du baril de pétrole, qui tous deux affaiblissent les finances de l’Etat et sont vecteurs d’instabilité. Enfin, la situation en Libye peut potentiellement avoir des répercussions au Tchad en créant un contexte favorable de base-arrière aux opposants du Président.

La guerre contre Boko Haram

Déjà engagé au Mali depuis 2013 et décidé à lutter contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne, le Tchad s’est impliqué dans la mise en place d’une force militaire conjointe avec les gouvernements de la région du lac Tchad afin de renforcer la lutte contre Boko Haram. Le Tchad a été frappé à plusieurs reprises en 2015 par des attentats suicides dans la région du lac et au sein même de la capitale N’Djamena. Rebaptisé « Etat Islamique d’Afrique de l’Ouest », le groupe demeure une menace pour la sécurité interne du pays, continue par ailleurs de recruter au sein des communautés autochtones et se serait adjoint de nouveaux combattants étrangers grâce à ses connections avec d’autres groupes djihadistes opérant en Afrique.

La dépendance au pétrole

L’effondrement du prix du baril depuis 2015 est une catastrophe pour le pays, dont la production de pétrole assure 75 % des recettes de l’Etat. Une grande partie de la manne pétrolière a été utilisée pour renforcer l’armée et aujourd’hui les caisses sont vides. Les services de base comme l’éducation ou la santé restent largement délaissés.

On compte au Tchad moins d’un professionnel de santé qualifié pour 1 500 habitants, moins d’un médecin pour 23 000 personnes (1/10,000 norme OMS). Selon l’EDST II (étude démographique et de santé Tchad, 2004, réalisé par l’INSEED), le Tchad a une mortalité infantile de 102 et une mortalité infanto-juvénile de 191 respectivement pour 1000 naissances vivantes. La mortalité maternelle reste forte avec 1099 décès pour 100 000 naissances vivantes.

Projets

PROJET MOÏSSALA

Le paludisme était la première cause de mortalité des enfants de moins de 5 ans dans les districts de Moïssala et de Bouna dans la province de Mandoul au sud du pays. Malgré un soutien du Fonds Mondial au ministère de la Santé Publique (MSP), on constate toujours de nombreuses ruptures de stock de médicaments et un manque de capacités au niveau du MSP (manque de personnel, structures inadaptées) pour prendre en charge les enfants durant le pic saisonnier de paludisme. Depuis août 2010, la section française de MSF gère un programme de prévention et de prise en charge des cas de paludisme chez l’enfant dans ces districts.

En 2015, nous avons renforcé notre support aux 20 zones de responsabilité du MSP et à l’hôpital du district de Moïssala, alors que nous avons allégé notre présence sur le district de Buna.

Sur Moïssala, MSF supporte avec des donations et des ressources humaines la détection et le traitement des cas de paludisme (support aux centres de santé, pédiatrie, maternité). Les cas simples sont identifiés et traités dans les centres de santé. Les cas sévères sont référés vers l’hôpital de Moïssala ou MSF gère une unité d’hospitalisation additionnelle, spécialisée dans la prise en charge des cas de paludisme graves chez les moins de 5 ans, durant la haute saison épidémiologique. Parallèlement, nous avons développé depuis 2012 des activités préventives par la chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS) avec distribution mensuelle de sulfadoxinepyriméthamine (SP) et d’amodiaquine (AQ) pendant le pic du paludisme, des activités de sensibilisation sur des thématiques en rapport avec les activités de MSF, et nous réfléchissons à des activités de contrôle vectoriel.

Sur Moïssala et Buna, nous renforçons les activités de vaccination de routine dans les centres de santé et participons également à la surveillance des cas suspects de méningite (étude cas par cas de la méningite).

Pour la première fois en 2015, la distribution de CPS s’est accompagnée de vaccination de routine sur certains anti-gènes (polio, pentavalent).

En 2015, près de 35 000 cas de paludisme simples ont été traités, dont 14,5 % de femmes enceintes et 85,5 % d’enfants de moins de 5 ans, alors que plus de 2100 enfants ont été hospitalisés pour paludisme grave. 9,2 % de ces derniers avaient reçu la CPS. La CPS a permis de couvrir plus de 106 000 enfants de moins de 5 ans.

Nous avons pu évaluer et traiter 43 suspects de méningite, dont 15 ont été confirmés positifs.

RÉPONSE AUX URGENCES

L’arrivée massive de réfugiés en provenance de République centrafricaine au premier semestre 2014 avait nécessité l’ouverture de plusieurs projets dans le sud du Tchad. Nous étions toujours présents sur Sido, l’un des principaux lieux d’entrée et de rassemblement pour les réfugiés. Ceux-ci sont encore estimés à 20 000 personnes dans la zone mais l’absence de nouvelles arrivées massives et la présence d’autres acteurs de santé sur la zone nous a permis de fermer ce projet à la fin du 1er trimestre 2015. MSF est également intervenu à Maro, afin d’effectuer une campagne de vaccination de rougeole dans le camp de réfugiés de Bélom, qui a permis de vacciner 8800 enfants de moins de 15 ans.

Enfin, MSF a assuré un support au district de Gondi qui faisait face à une mortalité inacceptable liée au paludisme. Nous avons pu traiter près de 2000 enfants de moins de 5 ans pour paludisme simple, et plus de 500 pour paludisme sévère.

 

Depuis les attaques de Boko Haram en janvier 2015 dans la ville de Baga et ses environs, au nord-est du Nigeria, plus de 18 000 réfugiés nigérians ont cherché abri au Tchad, dans la région du lac Tchad.

Posted by Médecins Sans Frontières on mardi 19 mai 2015