Un an après les coupes budgétaires américaines, des conséquences dévastatrices pour la santé mondiale et l’aide humanitaire

Un an après les coupes budgétaires américaines, des conséquences dévastatrices pour la santé mondiale et l’aide humanitaire
Une femme enceinte, victime de violences sexuelles, reçoit un vaccin dans la salle d’attente du centre de santé de CCLK à Goma, en République démocratique du Congo (RDC). Juin 2025. © Jospin Mwisha

Un an après la signature par l’administration Trump des décrets qui ont coupé drastiquement les budgets de l’aide internationale et ont bouleversé les programmes sanitaires et humanitaires à travers le monde, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte : les conséquences néfastes de cette refonte ne font que commencer. MSF, qui n’accepte pas de financements américains, a été témoin tout au long de l'année 2025 des conséquences dévastatrices du retrait du gouvernement américain : des centres de santé ont fermé leurs portes, des médicaments vitaux sont restés bloqués dans les ports, des travailleurs de la santé ont perdu leur emploi.  

« Alors que le monde est encore sous le choc de ces coupes budgétaires, il est déjà clair qu'elles ne sont que le premier pas de l'administration Trump dans la refonte de l'aide sanitaire et humanitaire mondiale », a déclaré Mihir Mankad, directeur du plaidoyer et des politiques de santé mondiale chez MSF à New York. « Les différentes administrations ont toujours eu des priorités et des programmes variés en matière de santé mondiale, mais ce à quoi nous assistons aujourd'hui est une rupture choquante avec le principe fondamental selon lequel fournir des soins humanitaires de base, lutter contre les épidémies, la malnutrition et les maladies évitables par la vaccination, et soutenir les communautés les plus marginalisées sont des combats légitimes. » 

Les autres principaux bailleurs publics ne compensent pas cette perte, au contraire, notamment l’Union Européenne, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni qui ont également réduit leur budget pour l’aide internationale. 

En Somalie, les interruptions de l'aide humanitaire ont entraîné l'arrêt des livraisons de lait thérapeutique pendant plusieurs mois. Le nombre d'enfants souffrant de malnutrition sévère admis dans les structures soutenues par MSF est passé de 1 937 au cours des neuf premiers mois de 2024 à 3 355 au cours de la même période en 2025. Rien qu'à l'hôpital régional de Baidoa Bay, les décès d'enfants souffrant de malnutrition sévère ont augmenté de 44 % au cours du premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2024, 47% des décès survenant dans les deux jours suivant l'arrivée de l'enfant en raison de la gravité de son état. 

À l'hôpital de Renk, au Soudan du Sud, des coupes budgétaires ont contraint une organisation humanitaire à brusquement cesser de soutenir financièrement 54 membres du personnel hospitalier en juin, laissant de graves lacunes dans les soins de maternité. Le service pédiatrique de l'hôpital, géré par MSF, a accueilli davantage de nouveau-nés présentant un poids extrêmement faible à la naissance ou d'autres pathologies en raison d'un manque de soins médicaux pendant la grossesse et l'accouchement. MSF a commencé à soutenir le service de maternité en septembre 2025. 

En République démocratique du Congo (RDC), le démantèlement de l’USAID a conduit à l’annulation d’une commande de 100 000 kits d’urgence pour les victimes de viol, qui comprenaient des médicaments pour prévenir le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. En RDC, les équipes de MSF constatent des niveaux extrêmement élevés de violence sexuelle : l’organisation a fourni des soins à 28 000 personnes survivantes rien qu’au premier semestre 2025, et a dû effectuer des achats imprévus de prophylaxie post-exposition (PPE) pour le VIH en réponse aux pénuries d’approvisionnement dans le Nord-Kivu. 

Ces exemples, et d’innombrables autres au cours de l’année écoulée, n'illustrent pas seulement des coupes budgétaires ; ils traduisent un changement fondamental dans la manière dont les États-Unis envisagent leur rôle sur la scène internationale. En septembre dernier, l’administration Trump a publié sa stratégie de santé mondiale « America First », qui réduit drastiquement le rôle des États-Unis dans la santé mondiale. Il s’agit d’une stratégie court-termiste, orientant la politique américaine vers une approche erronée et inefficace de la riposte aux épidémies. Cette nouvelle stratégie fait l’impasse sur les domaines clés où les États-Unis ont longtemps été un leader mondial, en particulier la santé sexuelle et reproductive, la lutte contre la malnutrition et les maladies non transmissibles. Pour commencer à mettre en œuvre cette stratégie, l’administration Trump a engagé des négociations en vue de conclure une série d’accords bilatéraux avec les gouvernements bénéficiant de l’aide sanitaire étrangère des États-Unis. Ces accords constitueront la pierre angulaire d’une nouvelle approche de la santé mondiale, ouvertement transactionnelle et négociée à huis clos, sans la participation de la société civile ou des communautés dont la santé et le bien-être sont en jeu. 

L’administration Trump affirme que cette approche favorise l’appropriation nationale et renforce la souveraineté des pays. Pourtant, le gouvernement américain a simultanément fait pression sur les gouvernements bénéficiaires afin qu’ils restreignent l’accès aux services de soins selon des critères idéologiques, en particulier pour les populations marginalisées et dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. 

« L’affirmation selon laquelle ces accords renforceraient l’appropriation nationale sonne creux lorsque, dans le même temps, des responsables du département d’État expliquent ouvertement aux pays que l’aide américaine à la santé mondiale est conditionnée à leur volonté de conclure des accords sur les minerais avec les États-Unis », déclare Mihir Mankad. « L’aide à la santé mondiale devrait être guidée par les besoins de santé publique, des preuves médicales solides et l’épidémiologie ; et non par des calculs politiques, l’extraction économique ou la coercition idéologique. » 

Notes

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