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Soudan : situation humanitaire catastrophique dans le camp de Zamzam, au Darfour du Nord

Malnutrition dans le camp de Zamzam, au Darfour du Nord
Une mère et son enfant attendent à la clinique MSF dans le camp de Zamzam, à 15 km d'El Fasher, dans le Darfour du Nord. © MSF

Un dépistage rapide des taux de malnutrition et de mortalité mené par Médecins Sans Frontières (MSF) mi-janvier révèle une situation catastrophique dans le camp de Zamzam, dans le Darfour du Nord, en conséquence du conflit qui a démarré en avril 2023 au Soudan : tous les seuils d'urgence pour la malnutrition ont été dépassés, tandis que le taux de mortalité est catastrophique. MSF appelle à une intensification urgente, coordonnée et rapide de la réponse humanitaire afin de sauver immédiatement des vies. L'action des agences de l'ONU et des ONG internationales - qui n'ont maintenu qu'une présence limitée au Darfour du Nord depuis leur évacuation de la région en avril - est vitale pour y parvenir. Des distributions de nourriture et d'argent doivent être organisées de toute urgence ; l’accès aux soins de santé, l'approvisionnement en eau et l'assainissement sont également essentiels.

« Nous estimons qu'au moins un enfant meurt toutes les deux heures dans le camp, soit environ 13 décès d'enfants par jour » déclare Claire Nicolet, responsable de la réponse d'urgence de MSF au Soudan. « Les enfants souffrant de malnutrition sévère qui ne sont pas encore décédés risquent de mourir dans les trois à six semaines s'ils ne sont pas soignés. Ils peuvent être traités s'ils se rendent dans un centre de santé. Mais beaucoup ne le peuvent pas ». Près d'un quart des enfants examinés lors de l'évaluation souffraient de malnutrition aiguë, dont 7 % de malnutrition aiguë sévère. Près de 40 % des enfants âgés de six mois à deux ans souffrent de malnutrition, dont 15 % de malnutrition aiguë sévère. De façon générale la gravité de la situation est illustrée par le fait que le taux de malnutrition aigüe globale dépasse largement le seuil d’urgence de 15%.

L’évaluation a révélé un nombre de décès dans le camp extrêmement alarmant, avec un taux de mortalité brut de 2,5 pour 10 000 personnes par jour, soit plus du double du seuil d'urgence. Autre indicateur de la gravité de la situation : 40 % des femmes enceintes et allaitantes souffraient de malnutrition au moment du dépistage mené par MSF.

MSF s’apprête à renforcer ses activités dans le camp pour fournir un traitement aux enfants dont l'état est le plus critique. Cependant, l'ampleur de la catastrophe nécessite une réponse bien plus importante.

MSF est la seule organisation à fournir des soins dans le camp de Zamzam - l'un des plus grands et des plus anciens camps de personnes déplacées du Soudan - et sa petite clinique est débordée. Au cours des neuf derniers mois, le système de santé déjà fragile du Darfour du Nord s'est effondré, et la clinique MSF est l'un des rares centres de santé ambulatoires de la région à être pleinement fonctionnel. Les gens se déplacent à pied ou à dos d'âne depuis des villages situés jusqu'à 50 km du camp pour avoir accès aux soins de santé et campent devant la clinique la nuit pour avoir une chance d'obtenir un traitement pour leurs enfants.

« Avant le début du conflit en avril de l'année dernière, les habitants du camp dépendaient fortement de l'aide internationale pour la nourriture, les soins de santé, l'eau potable, pour à peu près tout. Aujourd'hui, ils ont été presque complètement abandonnés » dit Claire Nicolet. « Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) n'a pas distribué de nourriture depuis le mois de mai. Les familles nous disent qu'elles ne prennent plus qu’un repas par jour. Les gens souffrent de la faim et les enfants en meurent ». Les conditions de vie dans le camp sont dramatiques : il n'y a pas d'eau potable. Les gens boivent l'eau des marécages ou de la rivière ; cela peut engendrer de la malnutrition chez les enfants en bonne santé, et pour les enfants souffrant déjà de malnutrition, l’eau sale peut être fatale.

« De nombreux facteurs ont contribué aux niveaux élevés de malnutrition que nous observons. Le mois de janvier est une période où la malnutrition devrait être la plus faible, car décembre est généralement la période des récoltes. Mais au cours de l'année écoulée, les gens n'ont pas pu s'occuper de leurs cultures en raison de l'insécurité et le peu de production agricole a été inférieur à la moyenne en raison de la faible pluviométrie. Il est à craindre que le nombre déjà énorme de cas augmente considérablement au cours du pic habituel de malnutrition, entre avril et septembre ».

Avant avril 2023, le système de santé au Darfour du Nord était soutenu par les agences des Nations Unies (PAM, UNICEF, OIM, OCHA). Cette aide s'est brusquement arrêtée, les routes et les voies aériennes d'approvisionnement étant gravement entravées. A El Fasher, la capitale de l'État, les programmes de lutte contre la malnutrition ne sont plus opérationnels, et il n'y a plus de centre de santé offrant des soins primaires aux enfants.

Il est urgent que les parties au conflit permettent la réouverture de l'aéroport d'El Fasher et veillent à ce qu'il reste accessible une fois opérationnel, afin que les acteurs humanitaires puissent rapidement se déployer à nouveau, dans le camp de Zamzam, mais aussi dans tout le Darfour du Nord.

MSF est actuellement la seule grande organisation internationale à fournir des soins médicaux pédiatriques gratuits dans les cinq États du Darfour, une région de la taille de la France. L'hôpital pédiatrique d’El Fasher ne compte que 78 lits pour une population de plus de 11 millions d'habitants.

« Chaque jour, des patients sont transférés du camp de Zamzam à l'hôpital pédiatrique d'El Fasher pour essayer de sauver des vies » explique Claire Nicolet. « Mais nous savons que des centaines d'enfants n'atteignent même pas notre clinique dans le camp. Il faut empêcher que la situation ne se détériore davantage grâce à une mobilisation massive de la communauté internationale. »

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