RDC : les enfants paient un lourd tribut face à l’épidémie d’Ebola

Des membres des équipes MSF et du ministère de la santé dans la zone rouge du centre de traitement d’Ebola de Kitatumba où ils vont décontaminer une chambre après le décès d’un patient souffrant d’Ebola. 
Des membres des équipes MSF et du ministère de la santé dans la zone rouge du centre de traitement d’Ebola de Kitatumba où ils vont décontaminer une chambre après le décès d’un patient souffrant d’Ebola.  © Augustin Mudiayi/MSF

En République démocratique du Congo (RDC), les enfants sont parmi les plus durement touchés par l’épidémie d’Ebola au Nord-Kivu. Au centre de traitement de MSF à Butembo, le taux de mortalité pédiatrique a atteint 80 %. Pourtant, ils demeurent exclus des campagnes de vaccination et des traitements expérimentaux. MSF appelle les autorités, les instituts de recherche, les entreprises pharmaceutiques et les bailleurs de fonds à agir. L’objectif : faire de l’inclusion des enfants dans la recherche et la riposte médicale contre le virus une priorité. 

Les données collectées par Epicentre, le centre de recherche épidémiologique de MSF, montrent que les enfants sont particulièrement exposés à Ebola. Au Nord-Kivu, en particulier, ils représentent près d’un quart des cas confirmés (24%). Or les enfants sont aussi particulièrement à risque. Entre juin et septembre 2026, MSF a pris en charge 30 enfants au centre de traitement Ebola (CTE) de Butembo, au Nord-Kivu. Seuls 6 d’entre eux ont survécu. Cela porte le taux de létalité pédiatrique à 80 %.  

La prise en charge des enfants contaminés par Ebola nécessite des compétences spécifiques, différentes de celles requises pour soigner les adultes. Mais « la plupart des soignants n’avaient jamais pris en charge d’enfants », explique la pédiatre Rupa Narra, qui a passé cinq semaines et demie au centre de traitement Ebola (CTE) de Butembo. « Un enfant déshydraté ne peut pas recevoir les mêmes quantités de liquides qu’un adulte. Le traitement d’une hypoglycémie, symptomatique d’Ebola, nécessite des doses de glucose adaptées aux enfants, différentes de celles administrées aux adultes. » 

Entre isolement et détresse psychologique : les défis des soins pédiatriques

La prise en charge des enfants contaminés par Ebola pose des défis particuliers car l’isolement peut être une épreuve traumatisante pour les plus jeunes. Trop petits pour comprendre ce qui leur arrive, certains ne sont pas en mesure de se nourrir seuls, de se déplacer ou d’exprimer leurs besoins.  

Pour atténuer la détresse liée à l’isolement, MSF a aménagé des espaces permettant aux parents de voir leurs enfants hospitalisés et de communiquer avec eux à travers une vitre de plexiglas. L’organisation forme également des accompagnants chargés d’apporter soutien et réconfort aux jeunes patients, tout en portant des équipements de protection complets. Certains sont eux-mêmes des survivants d’Ebola.

Au centre de traitement Ebola de Kitatumba, à Butembo, 13 accompagnants sont ainsi mobilisés auprès des enfants. 
« En plus de ces immenses difficultés dans la prise en charge des enfants, les équipes médicales manquent de recommandations précises sur les posologies pédiatriques et disposent de peu de formulations de médicaments expérimentaux adaptées aux enfants. Les besoins spécifiques des enfants doivent être pris en compte dès le départ, tant dans les soins et la planification des opérations que dans les programmes de recherche », explique le Dr Guyguy Manangama, épidémiologiste et directeur adjoint des opérations de MSF.

 

Ebola : je fais un don

 

Au Nord-Kivu, en particulier, les enfants représentent près d’un quart des cas confirmés (24%). 
 © Lucie Ringué/MSF
Au Nord-Kivu, en particulier, les enfants représentent près d’un quart des cas confirmés (24%). © Lucie Ringué/MSF

Vaccination et traitements : les enfants sont les grands oubliés de la recherche médicale

Les enfants n’ont pas été intégrés à la recherche, aux essais cliniques, aux campagnes de vaccination et aux dernières avancées thérapeutiques, lancés depuis la déclaration de l’épidémie, il y a 5 mois. « Les traitements, les vaccins et les autres outils de prévention doivent être évalués dès les premières phases de la recherche en vue de leur utilisation chez les enfants, afin qu’ils puissent en bénéficier sans délai. Les enfants ne peuvent pas attendre que les données soient d’abord établies chez les adultes pour avoir accès aux progrès de la prévention et de la prise en charge d’Ebola », déclare le Dr Guyguy Manangama. 

MSF appelle les autorités nationales, les instituts de recherche, les entreprises pharmaceutiques et les bailleurs de fonds internationaux à faire de l’inclusion des enfants une priorité dans toutes les études en cours et à venir sur le virus Bundibugyo. 
 

Lutter contre la transmission en milieu médical et maintenir les soins de santé primaires

Par ailleurs, il est urgent de renforcer les moyens à disposition des structures de santé non spécialisés dans la lutte contre Ebola, pour prévenir la transmission du virus dans les structures de soins. « La plupart des enfants admis dans notre CTE de Butembo au cours de l’été avaient été hospitalisés pour d’autres maladies dans d’autres structures de santé, dans les jours ou les semaines précédant leur admission. Il est très probable que ces enfants aient contracté la maladie au sein même des structures de soins, car aucun membre de leur famille n’était atteint d’Ebola », alerte Stéphanie Hoffmann, coordinatrice de projet de MSF à Butembo. 

Le renforcement des mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI) permettrait également de mieux identifier les cas suspects et de les prendre en charge en toute sécurité. Chez les enfants, les symptômes d‘Ebola peuvent être attribués à d’autres maladies courantes, retardant ainsi le diagnostic et augmentant le risque de transmission nosocomiale au sein des structures de santé.  

Par ailleurs, les perturbations des services de santé exposent davantage les enfants à la malnutrition, aux maladies évitables par la vaccination et à d’autres maladies courantes de l’enfance. Maintenir la vaccination de routine, les programmes de nutrition et l’accès aux soins de santé primaires est donc tout aussi essentiel que la prise en charge des patients atteints d’Ebola. La riposte doit protéger les enfants contre le virus, mais aussi contre les autres menaces indirectes que l’épidémie fait peser sur leur santé. 
 

L'action de MSF face à l'épidémie d'Ebola

Médecins Sans Frontières (MSF) fait face à la plus importante épidémie d'Ebola en RDC en mobilisant plus de 2 800 soignants à travers 8 centres de traitement et des unités d'isolement. L'organisation concentre ses efforts sur la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et l'engagement des communautés locales pour rompre les chaînes de transmission, tout en maintenant l'accès aux soins de santé essentiels dans la région. Nos équipes ont traité plus de 4 000 patients. 

Notes

    À lire aussi