Malaisie : MSF appelle à suspendre d’urgence l’expulsion de réfugiés vers le Myanmar
Communiqué de presse
Alors que le gouvernement malaisien a démarré l'expulsion de près de 1 500 réfugiés vers le Myanmar et prévoit d’en renvoyer 3 500 autres, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur le danger extrême encouru par ces populations. Nous demandons la suspension immédiate des renvois forcés vers un pays où la violence perdure, en violation du principe de non-refoulement.
Les autorités malaisiennes ont commencé à expulser 1 476 réfugiés vers le Myanmar ce mardi 29 septembre, en les remettant directement à la marine birmane. Ces renvois s'inscrivent dans le cadre d'un plan gouvernemental qualifié de « rapatriement volontaire ». Parmi ces personnes se trouvent notamment des Rohingyas - une minorité musulmane victime de persécutions de masse par l’armée birmane en 2017, et dont plus d’un million de membres vivent toujours en exil dans la région.
Un retour dangereux au Myanmar dans un contexte de violences extrêmes
Alors que le conflit birman s'intensifie, MSF rappelle qu'aucun retour sécurisé n'est possible à l'heure actuelle.
« C’est extrêmement alarmant. Soyons clairs : un retour n’est ni sûr ni viable à l’heure actuelle. Le Myanmar est en proie à des violences extrêmes. Les civils sont confrontés à des bombardements aériens, des massacres, des recrutements forcés et de graves pénuries. Les conflits et l’insécurité perturbent également l’accès aux soins de santé, à l’alimentation, à l’éducation et aux moyens de subsistance », affirme Javid Abdelmoneim, président international de MSF.
Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Myanmar se classait en 2025 au deuxième rang mondial en matière d’intensité des conflits et au quatrième rang des pays les plus dangereux pour les civils, avec plus de la moitié de la population exposée aux violences. Le pays traverse une crise humanitaire majeure, aggravée par la guerre civile, l’instabilité économique et les catastrophes naturelles.
Le droit international et le principe de non-refoulement bafoués
Bien que la Malaisie ne soit pas signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, elle reste strictement liée par le principe de non-refoulement. Ancrée dans le droit international coutumier, cette règle fondamentale interdit d'expulser ou de refouler une personne vers un territoire où sa vie ou sa liberté seraient menacées.
Face à ces violations, MSF demande instamment aux autorités malaisiennes :
- La suspension immédiate de tous les renvois de réfugiés vers le Myanmar.
- La transparence totale sur la nationalité, l’âge et les risques encourus par les personnes déjà arrêtées ou visées par une mesure d'expulsion.
- Une évaluation rigoureuse des besoins de protection de chaque réfugié, conformément aux standards internationaux.
MSF, témoin direct de la dégradation humanitaire au Myanmar et au Bangladesh
Présente au Myanmar depuis 1992, MSF intervient actuellement dans les États de Rakhine, de Kachin, dans le nord de l’État Shan ainsi qu’à Yangon. Nos équipes de terrain y fournissent des soins de santé essentiels et développent des infrastructures d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Elles constatent chaque jour les entraves majeures qui pèsent sur l'accès aux soins et à la nourriture.
Également déployée au Bangladesh auprès de plus d'un million de réfugiés rohingyas, MSF y avait mené une enquête de terrain révélant que 84 % des personnes interrogées ne se sentaient pas en sécurité à l’idée de retourner au Myanmar.