Des vaccins thermostables sont nécessaires au plus vite pour atteindre les 20% d’enfants qui ne sont pas vaccinés dans le monde

Vaccination dans le camp de Yida au Soudan du Sud en juillet 2013. Yann Libessart/MSF
Vaccination dans le camp de Yida, au Soudan du Sud, en juillet 2013. © Yann Libessart/MSF ©Yann Libessart/MSF

Une nouvelle étude MSF montre qu’un vaccin antitétanique reste efficace pendant un mois en dehors de la chaîne du froid.

La nécessité de maintenir constamment froids les vaccins est un obstacle majeur à l'amélioration des faibles taux de couverture vaccinale dans le monde, selon Médecins Sans Frontières. 20% des enfants qui naissent chaque année ne reçoivent pas les vaccinations les plus importantes. Or les contraintes logistiques imposées par la « chaîne du froid » - l'obligation de conserver les vaccins entre 2°C et 8°C - pourraient être assouplies si les compagnies pharmaceutiques fournissaient davantage d'informations sur la réelle sensibilité à la chaleur des vaccins. Une nouvelle étude MSF, menée avec un vaccin contre le tétanos, confirme que certains vaccins peuvent être utilisés en toute sécurité en dehors de la chaîne du froid.

« Dans notre expérience, la nécessité de conserver les vaccins dans la chaîne du froid tout au long de leur parcours vers les bénéficiaires est clairement l'un des principaux obstacles pour mener des activités de vaccination efficaces pour des acteurs comme MSF, explique le Dr. Greg Elder, directeur adjoint des opérations à MSF. Si nous pouvions garder plus de vaccins en dehors de la chaîne du froid pendant un certain temps, en particulier dans la dernière partie de leur parcours vers les régions les plus reculées, nous serions en mesure d'atteindre beaucoup plus d'enfants. »

A l’heure actuelle, le besoin de transporter et d’entreposer les vaccins en respectant la chaîne du froid (à partir du moment où ils quittent l’usine de production et jusqu'à ce qu'ils soient utilisés sur un site de vaccination), pose d'énormes défis logistiques aux acteurs de la vaccination, qui doivent veiller à ce que la chaîne du froid soit maintenue à chaque étape. Si cela ne représente pas un problème dans les pays riches, il devient en revanche un obstacle considérable dans les pays en développement, en particulier dans les régions chaudes, isolées et où l'électricité n’est pas assez fiable pour garantir la réfrigération. Cette difficulté d’acheminement des vaccins à certains endroits est l’un des principaux facteurs pour expliquer les faibles taux de vaccination enregistrés dans certains pays. Chaque année, plus de 22 millions d’enfants de moins d’un an ne reçoivent pas toutes les vaccinations dont ils auraient besoin.

De plus en plus d’études montrent que certains vaccins peuvent être conservés en toute sécurité en dehors de la chaîne du froid pendant quelques temps. Dans ce qu’on appelle la « chaîne de température contrôlée » (CTC), certains vaccins peuvent sortir de la chaîne du froid pendant une courte période juste avant leur utilisation. Ceci permettrait de réduire les contraintes logistiques lors de la dernière étape de leur voyage, souvent la plus critique, entre un district ou un poste de santé et des villages reculés.

« C'est un obstacle qui peut être abordé et surmonté. C'est une question de volonté politique, celle d'agir pour mieux répondre aux besoins des enfants dans les pays en développement plutôt que dans le seul intérêt du profit, précise Julien Potet, chargé des Maladies Négligées à la Campagne d'Accès aux Médicaments Essentiels (CAME) de MSF. Pour réduire le fardeau que représente la chaîne du froid, il faut que les laboratoires pharmaceutiques utilisent les données existantes, et en produisent de nouvelles si nécessaire, pour montrer quelle est la vraie stabilité de leurs vaccins face à la chaleur, et pour démontrer que certains sont efficaces lorsqu'ils sont utilisés en dehors d’une chaîne du froid rigoureuse. Cela a déjà été fait, mais seulement dans très peu de cas. Il est nécessaire que davantage de laboratoires prennent l’initiative là-dessus. »

Pour l’heure, un seul vaccin a reçu l’approbation officielle de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour l’utilisation en conditions de CTC. Le vaccin MenAfriVac, utilisé contre les souches de méningite A dans la ‘ceinture de la méningite’ d’Afrique sub-saharienne, a obtenu en novembre 2012 l’autorisation d’être utilisé  après une exposition à une température allant jusqu’à 40° C et ce, pendant quatre jours.

Epicentre, la branche épidémiologique de MSF, a récemment mené une étude montrant qu’un vaccin antitétanique peut être utilisé en toute sécurité en conditions de CTC. En 2013, Epicentre, MSF et d’autres partenaires ont mené une étude pour déterminer la stabilité et l’efficacité continue du vaccin antitétanique produit par le Serum Institute of India, lorsqu'il est conservé dans une chaîne de température contrôlée à des températures ambiantes jusqu'à 40° C pendant 30 jours. L’étude, menée au Tchad, a comparé l'efficacité du vaccin chez deux groupes de femmes ayant reçu soit un vaccin maintenu dans une chaîne du froid rigoureuse, soit un vaccin conservé hors chaîne du froid pendant 30 jours. L'étude a montré que les deux groupes étaient correctement protégés contre le tétanos.

« Les résultats de l'étude suggèrent que le vaccin contre le tétanos du Serum Institute of India est stable, sûr et immunogène même en dehors d’une chaîne du froid rigoureuse, explique le Dr Rebecca Grais, directrice du département d'Epidémiologie à Epicentre. J’espère que ces résultats vont encourager la mise au point de directives claires quant à une utilisation plus souple du vaccin contre le tétanos en conditions de CTC, de façon à pouvoir immuniser plus de gens qui vivent dans des régions reculées. »

Les résultats positifs de l'étude d'Epicentre, et le réenregistrement du vaccin MenAfriVac, devraient encourager les entreprises pharmaceutiques à produire et diffuser plus activement des données sur les vaccins thermostables, ainsi qu’à demander la révision de l’enregistrement de certains vaccins pour pouvoir les utiliser en dehors de la chaîne du froid.

« Dans l'immédiat, il incombe aux sociétés pharmaceutiques de produire davantage de données et d’entamer les démarches vis-à-vis des organismes de réglementation pour que leurs vaccins puissent être requalifiés pour une utilisation en dehors de la chaîne du froid, poursuit Julien Potet. A plus long terme, nous demandons que les prochaines générations de vaccins soient développées et qualifiées en incluant des objectifs de stabilité thermique ambitieux, pour que ce problème soit évité dès le début. »

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