Yémen : les coupes de l’aide humanitaire privent les enfants d’un accès vital aux soins
Alors que le système de santé au Yémen fait face à des problèmes structurels, accentués par la guerre civile qui dure depuis 2015, les coupes récentes de l’aide internationale et le retrait de nombreux acteurs humanitaires ont augmenté la pression sur les services de santé fonctionnels restants. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ont constaté les conséquences dramatiques de ces diminutions sur les populations les plus vulnérables. Les enfants particulièrement, sont parmi les premiers touchés.
Les coupes budgétaires de l’aide humanitaire fragilisent le système de santé déjà sous pression au Yémen
Les coupes budgétaires dans l’aide humanitaire internationale opérées en 2025 ont touché de nombreux pays et secteurs de la santé, mettant en directement en danger la vie de nombreuses personnes.
Le retrait des acteurs humanitaires accentue une crise structurelle
Au Yémen, des organisations humanitaires qui soutenaient autrefois des centres de soins de santé primaires et des établissements de santé de référence dans la région sont obligées de réduire voire de suspendre leurs services en raison du manque de financement et des contraintes opérationnelles. Les structures sont en sous-effectif et à court de fournitures médicales essentielles.
Moins de structures médicales plus de pression sur les hôpitaux restants
La fermeture ou le fonctionnement partiel des centres de santé de proximité, particulièrement dans le nord-est du pays, pousse la population à se reporter vers les hôpitaux opérationnels restants, surchargés ou éloignés. Ceux soutenus par MSF notamment, sont rapidement engorgés.
- Dans l’hôpital général d’Abs, dans le gouvernorat d’Hajjah comptant plus d’un million d’habitants, les patients viennent souvent de régions où l’accès aux soins de base est limité. Les équipes de MSF ont admis en 2025 plus de 4 300 enfants, en hausse de 20% par rapport à 2024.
- À Al Qanawis, dans le gouvernorat d’Hudaydah, le nombre total d'admissions en néonatologie s'est élevé à 5 138 cas, parmi lesquels figuraient des cas d'infections des voies respiratoires, de septicémie et de rougeole, tandis que 3 927 cas ont été traités pour malnutrition.
Des conséquences immédiates, particulièrement pour les enfants
L’impact humain des baisses de financement est concret et met en péril la bonne prise en charge des patients, particulièrement les enfants.
Faire des heures de voyage pour se soigner
Avec la raréfaction des établissements de santé de proximité, les familles doivent parcourir des distances de plus en plus longues pour se rendre dans les hôpitaux soutenus par MSF, atteignant parfois plusieurs heures.
Les frais de transport et le carburant ont également augmenté.
« Se rendre à l’hôpital n’est pas toujours facile. Nous ne pouvons généralement pas nous permettre les frais de transport, qui sont très élevés. La clinique voisine a fermé il y a quelque temps, et celles qui restent proposent certes des services, mais à des tarifs trop élevés pour nous », témoigne Jumaa, mère et aidante.
Pour certains ménages, ces dépenses s'ajoutent à d'autres coûts indirects, tels que la perte d'une journée de salaire pour les personnes qui accompagnent le patient ou la nécessité d'organiser un transport d'urgence à des tarifs encore plus élevés.
Des enfants pris en charge trop tard
Les distances sont un facteur de risque médical, affectant à la fois la rapidité d’intervention et la gravité des cas admis à l’hôpital.
« De plus en plus de nouveau-nés et d’enfants arrivent dans nos structures à un stade avancé de leur maladie. À mesure que les financements destinés à la santé diminuent, un accès rapide au diagnostic et au traitement est de plus en plus difficile, ce qui signifie que bon nombre de ces pathologies auraient pu être détectées et traitées à temps, avant qu’elles ne s’aggravent », Iris Gonzales, pédiatre de MSF au sein du projet Abs.
La hausse des admissions s'accompagne d'une augmentation des cas critiques, reflétant l’accès limité à des soins de santé primaires dispensés en temps opportun et des retards dans la recherche de soins.
Cela est d’autant plus important pour les cas de malnutrition, d’infections et de complications néonatales, où tout retard dans la prise en charge peut rapidement mettre des vies en danger.
Le financement baisse, les risques d’épidémies augmentent
Les coupes budgétaires affaiblissent également la capacité du pays à prévenir et à maîtriser les épidémies de maladies infectieuses.
Des maladies qui pourraient être évitées ou maîtrisées peuvent rapidement se transformer en urgences sanitaires de grande ampleur. Les enfants sont touchés de manière disproportionnée, leur système immunitaire en développement les rendant plus vulnérables aux infections et aux complications graves.
« Lorsque les budgets alloués à la santé sont réduits, l’un des premiers domaines touchés est la prévention des maladies : les campagnes de vaccination ralentissent ou s’arrêtent, les systèmes de surveillance perdent de leur efficacité et les actions de sensibilisation sont moins nombreuses. Des maladies telles que la diarrhée aqueuse aiguë ou la rougeole peuvent se propager beaucoup plus facilement », explique Abdul Aziz, coordinateur médical de MSF au Yémen.
L’augmentation des risques liés aux maladies hydriques
La diarrhée aqueuse aiguë, par exemple, est une crise persistante au Yémen, alimentée par la contamination de l'eau et la détérioration des infrastructures d'assainissement. En l'absence de financements suffisants, il devient plus difficile de prévenir de nouvelles infections, notamment en maintenant les capacités de traitement et en garantissant un approvisionnement adéquat en médicaments tels que les sels de réhydratation orale et les solutions intraveineuses.
MSF témoigne de la pression croissante s’opérant sur les services de soins pédiatriques
Les équipes de MSF dispensent des soins médicaux et apportent leur soutien aux interventions d'urgence face à des épidémies telles que la diarrhée aqueuse aiguë ou la rougeole.
Elles fournissent gratuitement des soins d’urgence, des soins hospitaliers et des orientations vers des structures spécialisées aux enfants les plus vulnérables. « Nous constatons en temps réel les conséquences des coupes budgétaires », explique Denis Oyori, chef de mission de MSF au Yémen. « Lorsque les dispensaires de première ligne ferment, les hôpitaux comme le nôtre deviennent la dernière option. Il est essentiel de rétablir le soutien aux soins de santé primaires pour éviter des décès évitables chez les enfants ».
Nos équipes ne peuvent compenser seules les manques liés au sous-financement de la santé dans le pays.
Face à l’immensité des besoins, MSF appelle les bailleurs à rétablir et à maintenir le financement des services de santé infantile essentiels au Yémen, afin de garantir que les soins restent accessibles à proximité des communautés plutôt que dans des établissements éloignés ou débordés.