Yémen : "Je n’ai pas quitté l’hôpital depuis le 19 mars" témoignages de l'équipe MSF à Aden

Un blessé est transporté en civière au service chirurgical d'urgence de MSF à Aden Yémen. Avril 2015.
Un blessé est transporté en civière au service chirurgical d'urgence de MSF à Aden, Yémen. Avril 2015. ©MSF

Anees est infirmier et Liqa pharmacien. Tous deux font partie de l'équipe du service chirurgical d'urgence de Médecins Sans Frontières à Aden au Yémen. Depuis le 19 mars, début des combats, ils travaillent non-stop pour prendre en charge les centaines de blessés arrivés à l'hôpital. L'un se risque à faire le chemin de chez lui à l'hôpital à pied, l'autre habite trop loin pour pouvoir rentrer chez lui. Tous les deux sont à la fois extrêmenent concentrés sur leur travail et trés inquiets pour leurs proches. Ils témoignent.

"On recevait tous ces blessés et en même temps, on pensait à nos familles."

 "Nous sommes une unité chirurgicale d’urgence donc il faut que nous soyons prêts en cas d’afflux massif de blessés. Depuis que ce programme a ouvert en 2012, nous avons fait face à beaucoup d’afflux de blessés, mais jamais la situation n’avait été aussi grave. En l’espace de deux semaines, nous avons eu sept afflux de blessés, soit plus de 600 blessés. C’est un choc pour nous, mais nous sommes en mesure d’y faire face, d’agir la tête froide et de garder le contrôle de la situation. J’étais vraiment triste de voir arriver des personnes du voisinage de l’hôpital ou de mon propre quartier, y compris des gens que je connais personnellement. On recevait tous ces blessés et en même temps, on pensait à nos familles. Les choses ont changé si brutalement, c’est très dur. J’habite assez près de l’hôpital donc je viens à pied. Je suis originaire d’Abyan, et ma famille n’a personne d’autre que moi pour s’occuper d’elle. La plupart de mes proches à Abyan m’appellent et me reprochent de laisser ma famille seule pour aller travailler. Mais je ne peux pas quitter l’hôpital. Je suis infirmier et c’est mon devoir. Bien sûr c’est dur de laisser ma famille douze heures d’affilée, mais ce serait aussi très dur pour moi de ne pas faire mon travail d’infirmier dans de telles circonstances."

Anees Dayan, infirmier MSF

"En ville, la vie s’est arrêtée."

"Je n’ai pas quitté l’hôpital depuis le 19 mars, jour où les combats ont commencé. Les routes sont trop dangereuses pour moi, et il n’y a pas d’autre pharmacien à l’hôpital, donc ils ont vraiment besoin de moi ici.  Mon assistant avait quitté Aden avant le début des combats et il n’a pas pu revenir depuis. Le quotidien à l’hôpital est épuisant. Mais en tant que soignants, nous devons rester forts. On a réussi à maîtriser la situation jusqu’ici, même si l’inquiétude pour nos familles est très stressante. En ville, la vie s’est arrêtée. Tout déplacement est devenu extrêmement dangereux. Certaines routes sont complètement bloquées. Notre stock de pharmacie commence à s’épuiser et on a absolument besoin d’être approvisionné en médicaments et en matériel médical, tout comme de recevoir une équipe en renfort pour nous aider.  Je n’ai pas vu ma famille depuis le 19 mars. Je ne peux que leur téléphoner. Il y a déjà deux jours qu’ils n’ont plus d’eau et juste quelques heures d’électricité par jour. Je suis très inquiet pour eux."

Liqa, pharmacien MSF

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