Thaïlande - Harcelée toute une vie

Hmongs laotiens du camp de Huai Nam Khao
Hmongs laotiens du camp de Huai Nam Khao ©MSF

C.Y. a 18 ans. Originaire de Bolikhamxai, une province située au centre du Laos, elle est arrivée dans le camp de réfugiés de Huai Nam Khao le 4 octobre 2006, accompagnée de son petit frère de 3 ans. Elle a accepté de faire le récit de sa vie.

« Je m'appelle C.Y., j'ai 18 ans, je suis Hmong et je suis née dans la jungle dans la province de Bolikhamxai. Mon père est un vétéran des SGU [Spécial Guérilla Units, unité militaire qui combattait aux côtés des troupes américaines durant la guerre contre le Vietnam communiste]. J'ai grandi dans la jungle avec ma famille, nous formions un groupe de quatre à cinq familles se logeant dans des abris de bambous et de feuilles de bananiers. Je ne suis jamais allée à l'école, car nous devions nous cacher tout le temps, et nous nous déplacions en permanence, généralement pas plus de dix jours sur un même campement, pour éviter d'être repérés par les soldats laotiens.

Les soldats laotiens nous attaquent régulièrement, au moins quatre ou cinq fois par an, particulièrement pendant la saison sèche [où les déplacements sont plus faciles]. Les hélicoptères laotiens survolent la jungle dans le but de repérer des groupes de Hmongs. Le cas échéant, ils déposent des troupes à proximité et les soldats partent à notre recherche, arpentant la zone pendant plusieurs jours. Pour nous retrouver dans la jungle, les militaires cherchent les signes de notre passage, notamment les marques des coups de machettes sur la végétation, donc nous essayons de laisser le moins de traces possibles. Lorsqu'une attaque survient, nous nous séparons, et nous nous retrouvons généralement quelques jours plus tard dans un lieu préalablement défini entre nous. En principe, les soldats tuent systématiquement les hommes et capturent les femmes. Pour se défendre, certains d'entre nous disposent d'armes à feu [une arme pour 3 ou 4 hommes, certains groupes possèdent quelques fusils mitrailleurs (M16) mais dans mon groupe nous n'avions que quelques vieilles carabines pour lesquelles il était très difficile de se procurer des munitions.

Depuis mon enfance, plusieurs de mes cousins ont été tués. En 2002, un de mes frères aînés a été tué par les soldats alors qu'il cherchait des fruits avec mes cousins. Un jour de 2004, vers 8 heures du matin, les soldats laotiens ont trouvé notre campement. Ce jour-là, ma mère ainsi que deux hommes du groupe ont été tués et les soldats ont brûlé notre campement, mais mon père, mes deux petits frères et moi avons pu fuir. Nous avons ensuite rejoint le reste du groupe ; nous utilisons une espèce de sifflet fabriqué avec des feuilles pour nous localiser entre nous après avoir été dispersés.

En mars 2006, les soldats nous ont encore attaqués, et mon père et moi avons dû nous séparer chacun avec un de mes petits frères. Nous avions convenu de nous retrouver à un endroit, j'ai attendu mon père pendant deux jours mais il n'est jamais arrivé ; toute seule avec mon frère j'étais terrorisée. J'ai alors décidé de marcher, et après un jour et une nuit, je suis tombée sur un village hmong en bordure de la jungle, où je suis restée travailler pendant huit mois. Puis le chef du village m'a demandé de partir, car il pensait que c'était trop risqué pour lui et le village si les autorités laotiennes découvraient ma présence. Il m'a informé qu'il y avait un camp de Lao Hmong en Thaïlande, où je serais en sécurité. Je possédais quatre barres d'argent [environ 320 euros] que j'ai toutes dépensées pour payer mon passage jusqu'en Thaïlande. Avec mon petit frère de 3 ans, nous avons traversé le Mékong en bateau vers 21 heures, de l'autre côté un véhicule nous attendait pour nous déposer près du village de Kek Noi en début d'après midi, puis j'ai marché deux heures et demi à travers les champs pour rejoindre le camp de Huai Nam Khao. Je loge maintenant chez des gens de mon clan qui ont accepté de m'accueillir sous leur toit. »

Dossier spécial exil des Hmongs du Laos en Thailande

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