Tchad : la lutte contre la malnutrition infantile commence au cœur des villages
Dans le sud-est du Tchad, la malnutrition progresse : entre janvier et juin 2026, les admissions d'enfants ont bondi de 77 % à l’hôpital d’Am Timan. Face aux mauvaises récoltes, aux inondations et à l'isolement des villages, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ont mis en place une réponse adaptée : dépister et soigner rapidement pour éviter les hospitalisations d'urgence. Découvrez, en image, leur travail au plus près des familles.
Fadija Hammad, 25 ans, est agricultrice dans le village d’Angalat, dans la province du Salamat, au sud-est du Tchad. Enceinte de cinq mois, elle est venue à l’hôpital d’Am Timan avec sa fille de 15 mois, prise en charge pour malnutrition La baisse des rendements a lourdement impacté les ressources et les revenus de sa famille.
« L’argent que nous avons pour vivre provient des récoltes. Mais ces deux dernières années, nous n’avons presque rien récolté », explique-t-elle.
Dans cette province, les équipes médicales voient arriver des enfants dont l’état de santé s’est aggravé après plusieurs jours ou semaines passés sans soins de santé.
Saison des pluies et épuisement des réserves alimentaires : une hausse drastique des admissions d'urgence
À l’hôpital provincial d’Am Timan, MSF soutient les autorités sanitaires dans la prise en charge des cas les plus graves de malnutrition aiguë. Entre janvier et juin 2026, les admissions au sein de l’unité nutritionnelle thérapeutique ont augmenté de 77%. Cette hausse s’est intensifiée à partir du mois d’avril avec le début de la période de soudure - ces mois critiques où les réserves alimentaires s'épuisent avant les nouvelles récoltes.
Le pays est touché par des périodes de sécheresse, mais aussi par la saison des pluies, qui rend les routes impraticables et isole de nombreux villages.
La malnutrition rend les enfants plus vulnérables aux maladies
Un enfant malnutri voit son système immunitaire s'affaiblir, devenant particulièrement vulnérable aux maladies infectieuses. À l’hôpital d’Am Timan, la plupart des enfants hospitalisés pour malnutrition souffrent de pathologies associées : paludisme, infections respiratoires aiguës, diarrhées ou rougeole. Ces maladies aggravent en retour leur état nutritionnel.
« Notre réponse médicale doit être globale : il faut traiter la dénutrition tout en prenant en charge immédiatement les infections qui fragilisent la santé de l’enfant », affirme le Dr Assoumana Halarou, coordinateur médical de MSF au Tchad.
MSF a ouvert 10 structures de soins au plus près des villages, ainsi que trois unités d’alimentation thérapeutique à Ablelaye et à Mina. Ces structures permettent de traiter ces maladies infantiles, tout en dépistant et en prenant en charge la malnutrition.
Soins de proximité : dépister et traiter au plus près des communautés
« Quand l’enfant arrive enfin à l'hôpital, son état est parfois déjà critique », souligne Samoussi Bremali, chargé de l’hygiène et de la promotion de la santé à l’hôpital d’Am Timan. Le coût du transport et la perte de revenus liée à l'arrêt des travaux agricoles incitent souvent les familles à différer la consultation.
Pour éviter que l'état des enfants ne se dégrade avant leur arrivée à l'hôpital, MSF privilégie le dépistage précoce et la prise en charge de la malnutrition dans les villages. Entre avril et juin 2026, 1 676 enfants âgés de 6 à 59 mois ont été dépistés dans les localités soutenues par MSF :
- 4,8 % souffraient de malnutrition aiguë sévère ;
- 21,4 % souffraient de malnutrition aiguë modérée.
Les enfants les plus sévèrement atteints sont hospitalisés à Am Timan.
Comment MSF instaure une relation de confiance avec les familles
Rapprocher les structures médicales ne suffit pas toujours : il faut également lever les appréhensions liées aux soins hospitaliers.
« Certains parents redoutent des actes médicaux, comme l’administration d’oxygène ou la pose d’une sonde naso-gastrique. Notre rôle est de les rassurer et d'expliquer le déroulement du traitement », explique Katia, chargée de la promotion de la santé dans l’unité nutritionnelle d’Am Timan.
Cette relation de confiance est fondamentale pour garantir l'adhésion des familles et maintenir l'enfant hospitalisé jusqu'à sa guérison complète.
Une approche médicale complète, du village à l'hôpital
Au Salamat, MSF agit à chaque étape pour mieux prendre en charge la malnutrition :
- Au sein des communautés : dépistage précoce, sensibilisation, vaccination et traitement du paludisme et des diarrhées.
- Au niveau hospitalier : prise en charge médicale d'urgence, soins nutritionnels intensifs et formation du personnel de santé.
L'action de MSF au Tchad
À Moïssala, dans le sud du Tchad, MSF soutient l’hôpital et plusieurs structures de santé pour améliorer l’accès aux soins. Les équipes prennent notamment en charge les enfants atteints de paludisme et de malnutrition, tout en soutenant les soins maternels et pédiatriques. Elles accompagnent également les acteurs locaux pour renforcer le dépistage, la prévention et la prise en charge des maladies au plus près des populations.