Soudain, le Népal ! Témoignage d'une infirmière

Emma prépare ses affaires
Emma prépare ses affaires ©MSF

Emma Pedley est infirmière. Elle fait partie de l’équipe qui a été envoyée en urgence au Népal suite au tremblement de terre de samedi. Elle nous raconte les quelques heures qui ont précédé son départ.

Samedi était un jour de weekend normal. Je prenais mon temps et déambulais dans mon salon, une tasse de café à la main, avec le chat qui me passait entre les jambes. Encore à moitié endormie, je faisais défiler les « passionnantes » nouvelles qui s’accumulaient sur mon mur facebook… Quelques minutes d’une normalité absolue entre mon ordinateur, mon café et mon chat…

Et puis… Un appel, une discussion avec des collègues et tout d’un coup, ce samedi qui part dans une autre direction. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, mon pauvre chat était renvoyé à son panier et le café était abandonné sur la table alors que je me plongeais avec fougue dans un compte rendu du tremblement de terre qui avait ravagé le Népal à peine 6 heures plus tôt.

Le Népal est un endroit qui m’est cher. J’y ai travaillé et vécu pendant 8 mois et la culture du pays n’est pas si éloignée de mes racines indiennes. Mes liens avec le pays sont profonds, et c’est comme si j’avais toujours su que mon destin m’y ramènerait un jour.

Encore quelques coups de fils, et mon départ pour le Népal est confirmé pour le lendemain.

L’après-midi est consacrée à faire mon sac tout en essayant de me remémorer des rudiments de népalais. C’est comme si la partie de mon cerveau consacrée aux langues étrangères renâclait à changer de langue ! Je reviens juste d’une mission en République centrafricaine ou j’ai dû parler le français, qui n’est pas ma langue maternelle. Malgré mes efforts pour retrouver mon népalais, c’est systématiquement des mots français qui me revenaient à l’esprit !

Une demi-heure est donc nécessaire pour reconstruire les quelques phrases de base : « Je m’appelle Emma », « Où avez-vous mal ? », et surtout, « Pouvez-vous me dire où sont les toilettes » ! Je ne désespère pas d’étoffer quelque peu ma conversation dans les prochains jours !

Comme toujours au moment d’un départ en urgence, mes sentiments sont confus et mes pensées vont dans tous les sens. 8 ans après avoir quitté les deux orphelinats gérés par une ONG locale ou je dirigeais une équipe de volontaires, les souvenirs de ce pays merveilleux se bousculent dans ma tête. A l’époque, notre travail consistait déjà à préparer les enfants à réagir en cas de tremblement de terre. Par déformation professionnelle, je ne pouvais rentrer dans un immeuble sans évaluer son adaptation à un séisme (Où sont les tables pour s’abriter, les sorties de secours ?).

J’ai notamment pensé au marché en bas de ma rue. Les immeubles de briques de cette rue bondée étaient construits de manière totalement anarchique. A chaque étage, les « architectes » avaient augmenté la surface de quelques mètres carrés, si bien que les étages surplombaient la rue ne laissant qu’une mince bande de ciel entre les immeubles. Cette architecture biscornue participait à l’ambiance confinée de ce marché gorgé de bruits, d’odeurs et de cris de femmes en saris coloré vendant leurs produits et me proposant dans un même élan d'épouser leur fils ! Mais ces immeubles construits d’une manière si anarchique ont-ils tenu devant un pareil séisme ?

Au moment d’écrire ces lignes, je suis à la fois impatiente de retrouver ce pays que j’ai profondément aimé et, en même temps, je redoute de ne pas le reconnaître. Je brûle de venir en aide aux gens que j’ai peut-être croisé il y a 8 ans, mais j’espère juste qu’ils ont pu se mettre à l’abri et qu’ils sont sains et saufs. Je me force à ne pas regarder les images du Népal qui submergent les médias. Rien ne sert de se remplir la tête car je sais qu’hélas, la réalité sera bien différente et souvent, bien plus pénible que ce qui nous est montré sur les chaines d’infos.

J’écris ces lignes à quelques heures de mon envol pour Katmandou, ou je serai rejointe par d’autres membres de l’équipe, si tout va bien. Après ça, c’est l’inconnu ! Je ne sais encore rien de ce qu’on attend de moi… Je sais juste au moment de terminer ce blog que les prochains jours seront terriblement imprévisibles, prenants et chargés d’émotion.

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