République centrafricaine : un projet dédié aux besoins médicaux des enfants à Bria

RCA avril 2014
RCA, avril 2014 ©Ton Koene

En décembre 2012, lors de son offensive, l’ex-coalition rebelle de la Séléka a perpétré de multiples pillages et exactions à l’encontre de la population civile de la République centrafricaine (RCA). Ces violences ont donné lieu par la suite à de violentes représailles de la part des Anti-Balakas (milices d’auto-défense populaires), essentiellement dirigées contre l’ensemble des musulmans du pays, accusés de complicité avec la Séléka. Certains ont alors fui ces persécutions en se réfugiant à l’Est et notamment à Bria, ville diamantifère prise par les ex-Sélékas et restée sous leur contrôle depuis. En août 2013, MSF a ouvert un projet pédiatrique à Bria. En 2014, plus de 48 000 consultations pédiatriques - essentiellement pour des enfants âgés de moins de 5 ans et majoritairement pour des cas de paludisme - y ont été dispensées.

Bria est située à l’Est de la RCA, dans la zone de santé de la Haute Kotto, à environ 600 km de Bangui, la capitale. Dans cette zone enclavée, les routes sont peu carrossables surtout pendant la saison des pluies. Plus de la moitié de la population (soit 87 000 habitants) se concentre dans la sous-préfecture de Bria ; 47% sont des enfants âgés de moins de 15 ans.  

A la différence de l’Ouest du pays, la population de Bria est aujourd’hui  plutôt « équilibrée », à moitié chrétienne et à moitié musulmane, comme c’est également le cas à Bambari. Même si, par moments, des tensions peuvent avoir lieu en ville (cf. encadré), dans les environs et/ou dans le reste de pays (avec d’éventuelles répercussions sur Bria), le contexte sécuritaire y est généralement plutôt calme.

Par contre, à l’image du reste du pays, les problèmes sanitaires se cumulent dans la Haute Kotto : la couverture sanitaire, vaccinale et la surveillance épidémiologique sont mauvaises ; les ressources humaines et médicales manquent ; le paludisme, les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires sont très fréquentes ; enfin, les antirétroviraux pour la prise en charge du VIH-Sida comme les antituberculeux sont souvent en rupture de stock.

En août 2013, MSF a ouvert un projet pédiatrique à Bria. Il s’agissait au départ de répondre, en urgence, au pic annuel de paludisme. Mais, au vu des problèmes sanitaires, du manque chronique d’accès aux soins et de la faible présence d’humanitaires et d’acteurs médicaux, internationaux comme nationaux, dans la zone, ce programme a été maintenu.  

MSF assure la prise en charge du paludisme et de ses complications (comme l’anémie sévère) chez les enfants âgés de moins de 15 ans. Nous sommes également amenés à initier des activités ponctuelles, en cas d’urgence et selon les besoins (stabilisation des blessés lors d’afflux, prise en charge des victimes de violences sexuelles âgées de moins de 15 ans, réponse aux épidémies etc.) Lors des consultations, nous dépistons systématiquement les enfants de moins de cinq ans pour la malnutrition et le paludisme et vaccinons ceux qui ne sont pas à jour. En 2014, nous avons effectué plus de 48 000 consultations, avec un pic d’activité entre juin et novembre, saison du paludisme ; plus de la moitié des consultations concernaient d’ailleurs cette pathologie. Il y a aussi des infections respiratoires et dermatologiques, des parasitoses intestinales, des diarrhées : autant de maladies souvent liées aux conditions de vie précaires des familles, sans électricité ni eau potable. Les enfants malnutris sont également pris en charge : plus de 200 ont été hospitalisés l’an dernier. En moyenne, chaque semaine, 80 enfants sont hospitalisés dans notre unité de 50 lits ; Ce chiffre monte jusqu’à 150 par semaine au moment du pic de paludisme qui représente 69% des hospitalisations. C’est pourquoi, au moment du pic annuel, chaque enfant hospitalisé repart avec une moustiquaire. Dans le service d’hospitalisation, l’année dernière, nos équipes ont déploré 122 décès. La plupart étaient des enfants arrivés trop tardivement et pour lesquels on ne pouvait malheureusement plus rien. MSF a donc décidé de mettre en place un système de transfert, par taxis-motos, des patients en état critique se présentant dans les centres de santé vers l’hôpital. Les effets positifs s’étant fait sentir, nous pensons étendre ce système à cinq autres centres de santé de la zone.

En 2014, la mise en place d’un poste dédié  a permis de vacciner un maximum d’enfants âgés de moins de 11 mois. Mais, comme dans tout le pays, la couverture vaccinale est faible sur la zone de Bria. En 2014, la population a ainsi dû faire face à une flambée de rougeole qui se poursuit encore aujourd’hui (874 cas enregistrés l’an passé, dont 50% avaient moins de deux ans). Les enfants rougeoleux ont été pris en charge par nos équipes, certains ont été hospitalisés, d’autres ont été soignés en ambulatoire. En février 2015, nous prévoyons une campagne de vaccination de masse, contre la rougeole,  pour les 23 000 enfants âgés de 6 mois à 10 ans de la préfecture de Bria.

L’an passé, le projet de Bria a été confronté à des problèmes d’approvisionnement. Cela a notamment été le cas en octobre, au moment d’un regain de tension à Bangui. La capitale était alors totalement paralysée et l’aéroport de la ville fermé. Pendant plusieurs semaines, ni médicament ni matériel n’a pu être livré pour les besoins du projet. Les équipes ont donc été contraintes de réduire leurs activités à la seule prise en charge des cas urgents. A la fragilité du système d’approvisionnement, s’ajoutent le manque de moyens logistiques, financiers et humains du ministère de la santé, ainsi que le pillage fréquent des camions et de leur chargement sur les routes.

 

Février 2015 : prise en charge de victimes de violence à Bria

Le 10 février, à Bria, de violents affrontements ont opposé les ex-Sélékas aux forces internationales. MSF a pris en charge 8 blessés dont 4 cas graves. 3 d’entre eux ont été transférés à l’Hôpital Général de Bangui où MSF mène des activités chirurgicales d’urgence. Depuis, la situation reste tendue sur la ville et nos équipes se tiennent prête à répondre à d’autres pics de violence.

 

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