RCA - Enclave de Carnot : "On pensait rester là quelques jours ; cela fait plus d’un an"

Aoudou avril 2015
Aoudou, avril 2015 ©Marta SOSZYNSKA/MSF

Aoudou a 28 ans. Il vit enfermé avec un peu plus de 500 autres personnes, toutes musulmanes, dans l’enceinte de l’église « Saint Martyr de l’Ouganda » à Carnot, une ville située à l’ouest de la République Centrafricaine (RCA).

« Je vivais avec ma grand-mère. En février 2014, les Anti-Balakas ont pillé notre maison, ils ont tout pris. Ma grand-mère s’est enfuie au Tchad, mais moi je voulais rester ici, pour veiller sur notre maison. C’est la MINUSCA qui m’a trouvé et m’a emmené à l’enclave, avec les autres musulmans qui restaient dans la ville.

Au début, on pensait tous qu’on ne resterait là que quelques jours, quelques semaines au plus ; cela fait plus d’un an maintenant. On ne savait pas en fait qu’est ce qui nous attendait. On a perdu plus que nos maisons, on a aussi perdu notre liberté. Au début, on ne pouvait même pas franchir la porte de l’église sans se faire attaquer ; on était presque 2 000, coincés ici.

Aujourd’hui, nous sommes un peu plus de 500. Certaines personnes peuvent désormais sortir et se rendre à quelques mètres d’ici, à la mosquée ou au marché voisins. Comme ma mère était une chrétienne convertie à l’Islam et que j’ai encore des cousins chrétiens en ville, je peux sortir moi aussi, mais je suis toujours inquiet pour ma sécurité dès que je quitte l’enclave. Ceux qui sont d’ici doivent pouvoir rentrer chez eux, dans leurs maisons, il n’y a pas d’autre solution.

Je suis seul. Je n’ai pas d’argent. Je vis enfermé. Je ne peux pas me marier. Je gagne un peu d’argent en travaillant comme journalier pour MSF mais pas de quoi pouvoir économiser. Les hommes armés sont partout dans la ville. Notre pays est en chute, le chômage augmente et c’est uniquement grâce aux ONG si on tient encore. Ces organisations embauchent les jeunes centrafricains pour leur donner des perspectives d’avenir, pour qu’ils se désintéressent du conflit et des armes. C’est comme ça que la paix reviendra un jour peut-être ?

Si la sécurité revient, j’irai à Bangui finir mes études. Je voudrais faire de l’économie, de la comptabilité et de la gestion. Et me marier, bien sûr. »

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