Nord-Kivu : « Sous la surface », la détresse silencieuse des populations prises au piège des combats

Ange, 30 ans, tient dans ses bras son fils, qui souffre de malnutrition aiguë, au centre de santé de Kachembe, à Katoyi, dans le Nord-Kivu.
Ange accompagne son fils atteint de malnutrition au centre de santé de Kachembe, à Katoyi, dans le Nord-Kivu. © Ley Uwera

À Goma, la vie semble avoir repris son cours après la prise de la ville en janvier 2025 par le groupe AFC/M23, soutenu par le Rwanda. Pourtant, la peur reste omniprésente. Au quotidien, les civils de l’est de la RDC continuent de subir les conséquences d’un conflit qui ne s’est jamais vraiment arrêté. Georges et Bienvenu, membres de l’équipe MSF en RDC, témoignent de ce qu’ils voient sur le terrain.

Une population piégée entre violences et insécurité permanente

Depuis la prise de Goma et l'intensification des affrontements, les habitants vivent dans la crainte des représailles, et des arrestations arbitraires. Les déplacements de population se succèdent au rythme des combats, et de nombreuses familles n'osent plus rentrer chez elles par crainte de devoir fuir à nouveau.

« Lorsque vous arrivez à Goma, vous pouvez croire que la vie a repris, mais ce qu'on ne voit pas, c'est cette peur qui demeure au sein de la population », témoigne un membre de nos équipes.

Dans les zones rurales et sur les axes routiers comme la RN2, l'insécurité se traduit par une hausse de la criminalité, des braquages et des agressions. Les structures de santé elles-mêmes font face à des menaces, compliquant le travail des équipes médicales.

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Privations et obstacles majeurs à l'accès aux soins

La situation humanitaire est aggravée par des restrictions drastiques :

  • Interdiction d'accéder aux champs : pour empêcher toute collaboration supposée avec des groupes rivaux, les populations rurales se voient souvent interdire l'accès à leurs terres agricoles, ce qui plonge des milliers de foyers dans l’insécurité alimentaire et favorise la malnutrition infantile.
  • Hausse des violences sexuelles : dans les quartiers périphériques de Goma comme dans les zones rurales, les cas de violences sexuelles et d'exploitation liée à la précarité extrême sont en forte augmentation, entraînant une hausse des infections sexuellement transmissibles (IST).

Un système de santé durement impacté par les coupes budgétaires internationales

À cette crise sécuritaire s'ajoute une problématique de financement de l’aide humanitaire : « Avec la suspension des financements, notamment ceux de l'USAID, beaucoup d'acteurs humanitaires ne travaillent plus dans la zone. MSF est resté l'un des seuls acteurs principaux, mais nous ne pouvons pas tout faire. La population se retrouve coincée entre les belligérants. » affirme un membre de nos équipes.

Malgré les espoirs suscités par les accords diplomatiques pour ramener la paix, sur le terrain, les perspectives d'amélioration restent minces. Pour les populations du Nord-Kivu, la survie quotidienne demeure un combat permanent, dans l'attente d'une paix qui tarde à se concrétiser.

L'action de MSF en RDC

En RDC, MSF soutient plusieurs hôpitaux et centres de santé, notamment les provinces du Kivu, où les conflits provoquent d’importants déplacements de population. Les équipes assurent des soins pédiatriques et chirurgicaux, prennent en charge la malnutrition, le paludisme, ou encore interviennent face aux épidémies, comme Ebola. Des unités d’urgence basées à Kinshasa, Bukavu et Goma permettent également de répondre rapidement aux conflits, aux catastrophes naturelles et aux urgences sanitaires.

Notes

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