Nigeria : « On ne compte que deux médecins dans tout le nord de l’Etat de Borno »

Etat de Bauchi Nigeria 2010
Etat de Bauchi, Nigeria, 2010 ©Emily Clifton

Entre mai 2013 et novembre 2014, du fait de l’activisme du mouvement islamiste Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, trois Etats de la zone ont été placés en « état d’urgence » par le gouvernement. Depuis août 2014, MSF est présente de manière continue dans l’un de ces Etats : celui de Borno. Isabelle Mouniaman-Nara, responsable des programmes MSF au Nigeria, revient sur ce que MSF y a mis en œuvre et ce qu’elle prévoit de faire en 2015.

Quelle est la situation- dans le nord-est du Nigeria et plus particulièrement dans l’Etat de Borno ?

Depuis environ quatre ans la situation générale se détériore dans le nord-est du Nigeria. La radicalisation et le changement de stratégie de Boko Haram dans cette zone (prises de villages et de villes, kidnappings de masse, instauration d’un « califat » etc.) font craindre de nouveaux  déplacements de populations, un problème d’accès aux soins et des risques sanitaires, notamment épidémiques. On compte aujourd’hui entre 800 000 et 1,5 millions de déplacés dans tout le Nigeria ; la majorité se trouve justement dans le nord-est du pays.

En 2014, cinq attentats à la bombe, faisant de nombreux morts et blessés, ont eu lieu à Maiduguri, ville principale de l’Etat de Borno. A deux reprises, Boko Haram a attaqué cette ville dont tous les principaux accès - sauf un - sont fermés et où les restrictions aux entrées et sorties, y compris de personnes, entravent le commerce et l’économie locaux. D’autres attaques sont malheureusement à craindre et les élections présidentielles de février 2015 risquent aussi de raviver tensions et violences.

MSF est présente au Nigeria depuis 2004. En mai 2013, nous étions intervenus une première fois à Borno, mais nous avions dû rapidement stopper nos activités en raison de l’insécurité. Depuis août 2014, nous sommes de retour et présents, de manière permanente, à  Maiduguri. L’offre de soins médicaux y est extrêmement limitée pour les populations, résidentes et déplacées, vulnérables de Maiduguri et plus généralement de Borno : on ne compte que deux médecins dans toute la partie nord de l’Etat.

Quelles sont les activités actuellement menées par MSF à Borno ? Et que prévoit-on de mettre en place ?

De septembre à décembre 2014, nous avons répondu à une épidémie de choléra dans la ville de Maiduguri et pris en charge 6833 malades dont près de 40% venaient des camps de déplacés.

Le nombre total de déplacés dans la zone de Maiduguri est actuellement estimé à 500 000, dont 400 000 sont dans la ville (90% sont hébergés par la communauté, les autres se répartissent sur une dizaine de camps établis depuis juillet dernier). Ces derniers sont essentiellement des villageois ayant fui les attaques de Boko Haram.

Depuis août 2014, MSF soutient des dispensaires médicaux, fixes et mobiles, dans deux camps de déplacés (NYSC et WTC), les plus peuplés de la ville de Maiduguri. Nous avons décidé d’accroître notre assistance aux déplacés et souhaitons intervenir dans un troisième camp.

Les besoins des déplacés concernent essentiellement la nourriture, les abris, l’hygiène et bien sûr la santé. Des cas de violences à l’encontre de femmes et d’enfants sont également rapportés. Jusque-là, le gouvernement nigérian et la communauté ont soutenu les déplacés et ont répondu, en partie, à leurs besoins. Mais si, comme nous le prévoyons, le nombre de déplacés augmente encore dans les semaines/mois à venir, ces derniers auront besoin d’un soutien supplémentaire.  

MSF a mené des évaluations dans les centres de santé de huit camps situés à Maiduguri, mais aussi à Biu. En moyenne, 850 consultations y sont dispensées chaque semaine, essentiellement pour des cas de paludisme, de diarrhée et d’infections respiratoires ; 4 à 6% des enfants dépistés souffrent de malnutrition sévère ; et il y a régulièrement des dizaines de victimes de traumatisme/violence à prendre en charge.

Nous comptons soutenir les centres de santé de trois camps en mettant en place des dispensaires fixes, ouverts tous les jours ; des activités ambulatoires (prise en charge de la malnutrition et consultations prénatales), une fois par semaine ; ainsi qu’un système de transfert des patients vers les hôpitaux en cas d’urgence.

Nous avons également évalué plusieurs hôpitaux et centres de santé de l’Etat de Borno et avons décidé de lancer des activités au sein du dispensaire de Maimussari, un quartier de Maiduguri, dont la fréquentation s’est accrue avec l’arrivée de déplacés (de 25 000 patients en 2001, à 127 000 en 2014). Nous allons assurer des consultations générales et anténatales, monter 12 lits d’hospitalisation, assister les accouchements 24/7, prendre en charge les cas de malnutrition et mettre en place un système de référence des patients dans un état critique vers des hôpitaux.

Mi-janvier, nous allons également assurer une formation sur la prise en charge d’afflux massif de blessés pour le personnel hospitalier de Maiduguri et notamment celui de l’hôpital de Mongono (une zone isolée, de 300 000 habitants située dans le nord de Borno, où nous interviendrons peut être dans un deuxième temps).

Enfin, nous avons mis en place un système de surveillance sanitaire et de réponse aux épidémies, essentiellement dans les camps de déplacés, et nous tenons prêts à mener des campagnes de vaccination si nécessaire.

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