Népal : « les gens ont urgemment besoin d’abris avant la mousson »

Pour accéder aux villages de montagne dans des régions reculées l’hélicoptère est le seul moyen de transport.
Pour accéder aux villages de montagne dans des régions reculées, l’hélicoptère est le seul moyen de transport. ©MSF/Brian Sokol

Les équipes MSF se sont mobilisées rapidement pour apporter une aide à la population népalaise après le premier tremblement de terre. Ann Taylor, chef de mission à MSF, explique ici comment cette aide a été déployée après qu’un second séisme a frappé le Népal. 

La situation est-elle en train de se normaliser ?

Pratiquement tous les jours, on sent la terre trembler. Ce sont des répliques du séisme de magnitude de 7,8 qui a frappé le Népal le 25 avril dernier. Mais le 12 mai, il y a eu une secousse presqu’aussi forte, d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter. Et tout le monde a peur. Aujourd’hui j’étais à l’hôpital orthopédique de Katmandou où nous allons intervenir. Je n’ai vu aucun patient rentrer dans les bâtiments de l’hôpital. Tous les patients sont dehors. Ces gens qui ont été blessés lors des tremblements de terre et ont subi des opérations de chirurgie orthopédique sont hospitalisés sous des tentes. Certains toutefois, faute de place, ont été installés sous des bâches en plastique ou des filets à ombre. Face à cela, la première chose que nous puissions faire était de fournir des tentes. Nous avons monté, cette semaine, deux grandes tentes pouvant accueillir au total 50 patients. Et nous allons rajouter une tente d’une capacité de 70 patients.

L’hôpital orthopédique de Katmandou a un bloc opératoire qui pourrait très bien fonctionner. Mais personne ne veut y aller. Pour parer au risque de nouvelles secousses, les opérations chirurgicales se font à l’extérieur dans une tente qui a été spécialement aménagée dans l’enceinte de l’hôpital. Cela se passe bien. Les besoins concernent en fait les soins post-opératoires qui vont être au cœur de notre intervention. Nous allons avoir un kinésithérapeute qui s’occupera de la rééducation des blessés. Nous monterons une tente spécialement pour les soins de kinésithérapie. Et une psychologue apportera un soutien aux victimes du tremblement de terre qui en ont besoin.  

La peur reste-t-elle très présente parmi la population ?

Oui, les gens sont traumatisés. Ils ont peur. Le 11 mai, le jour du second tremblement de terre, les gens ont paniqué. Ceux qui étaient dans des maisons sont sortis en courant, ceux qui se trouvaient à côté ont aussi fui en courant. Les gens ont parfaitement conscience du risque qu’il y a à rester à l’intérieur d’un bâtiment. Moi-même j’étais à Arughat, dans le district de Gorkha, beaucoup de maisons là-bas ont subi de gros dégâts. J’ai vu des murs qui tenaient encore debout mais ils sont fissurés et menacent de s’écrouler.

Quelle aide peut apporter MSF dans cette situation ?

Dans les régions montagneuses, les habitants de villages reculés n’ont pratiquement reçu aucune aide. Simplement les blessés ont été transférés par l’armée pour être soignés dans des hôpitaux. Beaucoup de routes sont coupées et l’hélicoptère est le seul moyen d’accéder à ces villages en altitude. Le 21 mai, une équipe logistique s’est posée dans un village de la région d’Arughat pour distribuer des kits d’hygiène (seau, savon, serviettes, lessive). Elle est accompagnée d’une équipe médicale qui va pouvoir donner des consultations. L’hélicoptère a dû faire plusieurs rotations pour acheminer les kits d’hygiène. Les deux équipes vont ainsi aller dans différents villages reculés. Et l’opération recommencera la semaine prochaine pour la distribution de tentes, de couvertures et de jerrycans. Car dans cette zone, 80 à 100% des maisons ont été détruites. Les gens dorment dehors et ils ont besoin d’abris. C’est assez urgent, la mousson va bientôt commencer.

Dans le cadre de cette opération par hélicoptère, il sera aussi possible de référer si nécessaire des patients dans notre hôpital d’Arughat qui comprend un bloc opératoire, une maternité et une salle d’urgence. Nous avons monté et ouvert cet hôpital de 20 lits, le 8 mai. Mais les patients restent confrontés à de grandes difficultés pour se déplacer.

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