Moyen-Orient : les experts recommandent des mesures pour lutter contre la résistance aux antibiotiques

Conférence sur l'antibiorésistance à Amman Jordanie septembre 2014
Conférence sur l'antibiorésistance à Amman, Jordanie, septembre 2014 ©MSF

Les experts de santé, les équipes médicales hospitalières, les universitaires et les autres experts de plusieurs pays du Moyen-Orient ont participé à une conférence sur la résistance aux antibiotiques organisée par MSF à Amman, en Jordanie les 21 et 22 septembre derniers. Les participants ont convenu que les infections résistantes aux antibiotiques constituaient une menace grave pour la santé publique dans la région. Un consensus a également été atteint autour de la nécessité pour les décideurs et les praticiens de tous les secteurs de décupler leurs efforts pour trouver et implémenter des solutions.

La conférence a servi de forum pour les universitaires et les fonctionnaires de santé publique de Jordanie, d'Irak et du Liban, qui ont présenté des données indiquant que les taux de résistance aux antibiotiques dans la région étaient alarmants, que la surutilisation des antibiotiques (à la fois dans les secteurs formels et informels de la santé) était légion, que les activités de contrôle des infections ne recevaient pas le soutien nécessaire et que les systèmes de surveillance nationaux étaient faibles. Dans le même temps, les mouvements de population liés aux violences risquent d'augmenter le rythme de propagation des bactéries ultrarésistantes aux médicaments. Étant donné que peu de nouveaux antibiotiques sont en cours de développement, il est crucial d'agir aujourd'hui pour conserver les antibiotiques actuels et réduire les infections contractées en milieu hospitalier. Les données présentées à la conférence par MSF, basées sur l'expérience de l'association dans les soins prodigués aux victimes de violences et aux réfugiés au Moyen-Orient, vont dans le même sens.

Comment infléchir cette tendance ?

Les étapes clés pour lutter contre la résistance aux antibiotiques dans la région comprennent plusieurs mesures telles que l'implémentation de restrictions plus sévères à la vente d'antibiotiques sans ordonnance, le lancement de campagnes publiques pour réduire la demande d'antibiotiques par les patients, l'amélioration de la formation professionnelle pour éviter la prescription d'antibiotiques dans le cas de maladies non bactériennes (comme la bronchite ou le rhume), le développement de programmes d'intendance des antibiotiques dans les hôpitaux et le soutien des réseaux de surveillance financés par des fonds publics pour effectuer le suivi des bactéries résistantes.

« Nous devons constituer un réseau d'experts pour lutter contre la résistance aux antibiotiques. Les réseaux de ce type n'existent actuellement pas dans la région », affirme Timothy Walsh, professeur de microbiologie et de résistance aux antibiotiques au Cardiff Institute of Infection & Immunity, Pays de Galles.

Le Dr Jean Carlet, président de l'Alliance contre le développement des bactéries multi-résistantes (ACdeBMR), basée en France, a également mis en évidence l'importance d'un tel réseau. « Il sera essentiel d'étendre la discussion commencée à la conférence à l'utilisation des antibiotiques en dehors des hôpitaux, un autre aspect important du problème », déclare-t-il.

Les participants à la conférence ont également souligné le besoin de sensibiliser la population à la prescription correcte d'antibiotiques, ainsi que l'importance de recommandations claires. « Les prescriptions d'antibiotiques sont généralement effectuées de manière impropre, c'est pourquoi le lancement de campagnes de sensibilisation publiques soutenues par des experts de différents secteurs de santé est une priorité », affirme Mohammad Basel, infirmier de contrôle des infections du programme de chirurgie MSF d'Amman.

« Cette conférence est un début pour la création d'un réseau d'experts dans la région qui, nous l'espérons, conduira à des étapes pratiques pour résoudre le problème de la résistance aux antibiotiques dans cette région du monde, déclare Marc Schakal, chef de mission MSF en Jordanie et en Irak. Toutefois, la mise en place d'une plateforme de suivi est essentielle pour garantir la poursuite des débats. » MSF reste déterminée à agir et à collaborer avec les partenaires dans la région.

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