Malawi : Aisleen, infirmière, raconte sa mission au sein d'un programme VIH/sida

Aisleen lors de sa mission au Nigeria en février 2011.
Aisleen, lors de sa mission au Nigeria en février 2011. ©Penny Bradfield

Aisleen Glasby - infirmière originaire de Wights Mountain, dans l’Etat australien du Queensland - vient de rentrer du district de Chiradzulu, au sud du Malawi, où elle a travaillé dans l’un des plus gros programmes de prise en charge du VIH/sida de Médecins Sans Frontières. C’était sa deuxième mission après le programme MSF de prise en charge des fistules obstétricales à Jahun, au Nigeria. 

« En tant qu’infirmière cadre, j’étais chargée de superviser les soins infirmiers dans 11 centres de santé du district de Chiradzulu. Les 11 sites se répartissaient sur une distance de 60 kilomètres, en milieu rural. Je travaillais avec 23 infirmiers. Tous les jours, 6 équipes médicales mobiles - composées d’un agent médical, d’un infirmier et d’un conseiller psycho-social - étaient dédiées aux consultations VIH dans les dispensaires. Le personnel du ministère de la Santé se trouvait aussi sous ma responsabilité. Chaque jour, je partais en tournée dans l'un des dispensaires pour y suivre et résoudre les problèmes en cours et assurer le respect des protocoles et la qualité des soins.

Au Malawi, 18% de la population seulement vit en milieu urbain. La majorité de nos patients vivent donc dans des régions rurales que l’on ne peut atteindre qu’en 4x4. Pendant la saison des pluies, les routes sont quasiment impraticables et les déplacements entre les centres de santé deviennent un vrai casse-tête. Pourtant, malgré ces conditions difficiles, nous continuions à nous y rendre afin d’assurer nos consultations quotidiennes. Notre principal objectif : répondre aux besoins des patients et, même si nos excursions tout-terrain prenaient un peu plus longtemps et s’avéraient plus périlleuses, nous n’avons jamais manqué à l’appel !

MSF a ouvert son premier projet VIH/sida au Malawi en 1996 et envisage de rester à Chiradzulu pour encore 5 à 10 ans. L’an dernier, cela faisait 10 ans que MSF dispense des médicaments antirétroviraux (ARV) au Malawi. L’impact de ces traitements est évidemment très positif  pour bon nombre de personnels nationaux MSF, ainsi bien sûr que pour nos patients.

MSF s’efforce par ailleurs de réduire la prévalence du VIH à travers des activités d’information, d’éducation et de conseil psycho-social, en collaborant avec d’autres associations locales à but non lucratif (groupements de jeunes, associations d’aide aux malades et travailleurs sexuels...). Nous travaillons ensemble pour faire passer des informations cruciales sur les pratiques sexuelles et culturelles à risque, sur l’importance de connaître son statut sérologique... Nous aidons les patients à mieux connaître leur maladie et à combattre la stigmatisation qui va souvent avec.

Un de mes souvenirs les plus marquants ? Ma rencontre avec un couple séropositif qui souhaitait avoir un enfant. En les informant précisément sur la maladie, sur les options thérapeutiques et en leur apportant un soutien psychologique, nous avons réussi à faire naître chez ce couple l’espoir, réaliste, d’un avenir et d’une vie de famille. Un avenir où ils pourraient tous 2 réaliser leurs ambitions professionnelles et faire partie de leur communauté sans subir de préjugés. Ce couple a eu un beau petit garçon qui est né séronégatif grâce au programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant.

Nous étions une équipe internationale, nous vivions et travaillions dans un petit cercle. Les journées de travail étaient longues et bien remplies. Sur le plan professionnel et social, il faut faire preuve de souplesse et s’adapter à de nombreuses cultures et personnalités différentes. C’est justement cette diversité qui rend la vie sur le terrain si riche. On rencontre des gens du monde entier unis par une même passion et une motivation qui les transcendent : on se sent heureux et fier de prendre part à cette aventure. J’ai appris de nouvelles recettes, des rudiments de nouvelles langues et découvert tant de choses dans des domaines si variés.

Cette expérience m’a vraiment ouvert les yeux et amenée à apprécier davantage ce que l’on tient si facilement pour acquis dans nos sociétés. C'est bien plus qu’un travail, j’y retrouve des valeurs qui me sont chères et ce à quoi j’aspire tant pour mon développement personnel que professionnel. J'ai aidé à ramener un sourire, à redonner espoir dans l'avenir. »

À lire aussi