Libye : « ils ont été abattus alors qu'ils fuyaient la détention arbitraire »

Trapped in Danger
Le centre de détention de Souq Al-Khamis, situé près de la mer, dans la ville de Khoms, illustre la violence et les frontières floues entre les autorités officielles, les milices et les réseaux criminels qui polluent certains centres de détention en Libye. © Aurelie Baumel/MSF

Trois personnes ont été tuées par balle et deux autres gravement blessées sur le site de débarquement de Khoms, mardi 28 juillet, après avoir été renvoyées en Libye, un pays qu'elles tentaient de fuir. Il s'agit d'un nouvel épisode tragique de violences et de brutalités mortelles envers les migrants en Libye. Vulnérables, ces personnes devraient bénéficier d'une protection et d'une évacuation hors du pays au lieu de subir retours forcés et détention arbitraire.

Des témoignages de première main recueillis par MSF ont indiqué que les trois victimes et les deux blessés, toutes cinq âgées de 15 à 18 ans, faisaient partie d'un groupe de 73 personnes interceptées en mer par les garde-côtes libyens et ramenées à terre à Khoms. Parmi eux, des dizaines de personnes, ressortissants soudanais, ont tenté de fuir le site de débarquement pour éviter d'être placées en détention.
 

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26 personnes, dont 8 mineurs au moins, ont finalement été emmenées dans un centre de détention, tandis que d'autres ont réussi à s'échapper. Immédiatement après la fusillade, MSF a organisé le transfert des deux blessés par balle vers un hôpital à proximité. Tous deux sont toujours profondément traumatisés par l'événement. 

« Ce qui s'est passé mardi est choquant et inacceptable. Des personnes non armées ont été abattues simplement parce qu'elles couraient désespérément pour fuir la détention arbitraire. C'est inconcevable, a déclaré Sacha Petiot, représentant de MSF en Libye. Comme beaucoup d'autres réfugiés et migrants en Libye, ces jeunes ont été plongés dans un cycle de brutalité et de répression, alors qu'ils auraient besoin d'humanité et de protection. »

Ce n'est pas la première fois que de tels événements tragiques se produisent dans ce pays. Un ressortissant soudanais a été tué dans des circonstances similaires sur un site de débarquement à Tripoli, en septembre 2019. Autre exemple : l’atroce massacre de 30 migrants bangladais détenus dans un hangar à Mizdah par des trafiquants d'êtres humains.

Parallèlement, au cours du mois dernier, les départs et les retours forcés accompagnés de transferts vers les centres de détention sont en augmentation. Les voies légales - vols d'évacuation et programmes de réinstallation - étant actuellement suspendues compte tenu de la pandémie de Covid-19, tenter le voyage à travers la mer Méditerranée est la seule option possible pour échapper à toutes formes d'abus.

« La Libye ne peut pas être considérée comme un endroit sûr où débarquer les personnes interceptées en mer. Migrants, réfugiés et demandeurs d'asile doivent faire face à la violence, la brutalité, la répression et les privations, ajoute Sacha Petiot. Il est grand temps de mettre un terme à la politique de retour forcé en Libye. L'Union Européenne doit soutenir un mécanisme de recherche et de sauvetage efficace en mer Méditerranée et un système durable de débarquement dans des ports sûrs, plutôt que d'encourager les refoulements illégaux ; et reprendre d'urgence la voie légale telle que le programme d'évacuation et de réinstallation du HCR. »

Les équipes MSF fournissent actuellement un soutien aux migrants, réfugiés et demandeurs d'asile dans six centres de détention dans les régions de l'ouest et du centre de la Libye, ainsi qu'à Tripoli. Les services fournis par les équipes MSF comprennent les soins de santé généraux, les services de référence médicale, le suivi en santé mentale, les services de protection et le soutien à l'accès aux besoins de base, à travers des distributions de produits alimentaires et non alimentaires, ainsi que l'approvisionnement en eau et l'assainissement.

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