Kos : l’inaction des autorités grecques se transforme en abus envers les réfugiés

Les migrants font la queue à l'extérieur du stade de Kos en attendant d'être enregistrés par la police grecque.
Les migrants font la queue à l'extérieur du stade de Kos en attendant d'être enregistrés par la police grecque. ©MSF

La situation sur l’île de Kos ces deux dernières semaines a pris un tour consternant alors que plus de 7 000 réfugiés, demandeurs d’asile et migrants sont arrivés sur l’île pendant le mois de juillet : c'est deux fois plus qu’au mois de juin.

En l’absence de structures d’accueil adéquates pour les migrants et réfugiés, beaucoup ont planté des tentes dans les parcs et sur les places publiques de la ville de Kos, ou dorment dehors, autour des bureaux de police, sans accès aux sanitaires ni douches. Aucune nourriture ne leur a été fournie depuis avril, et aucun lieu d’accueil n’a été ouvert et organisé pour les accueillir malgré les terrains disponibles pour le faire. La seule solution qui a jusqu’à présent été trouvée est de repousser les gens d’un endroit à un autre.

Ces deux derniers jours, la police a mené des opérations pour évincer les gens des espaces publics, les redirigeant vers un stade en gravier aux abords de la ville, sans aucune installation sanitaire, sans ombre ni abri. Cette initiative des autorités locales a été menée sans aucune volonté d’installer une infrastructure d’accueil à cet endroit. En parallèle, les équipes de MSF ont été témoins du harcèlement des migrants et des réfugiés dans les espaces publics, y compris lorsque des hommes d’un service de sécurité privé leur ont interdit de s’asseoir sur les bancs du centre-ville. Hier matin, environ 2 000 personnes étaient au stade, parmi lesquelles de nombreuses familles avec des bébés et de jeunes enfants, faisant la queue sous un soleil de plomb, par 32 degrés, attendant la possibilité de donner leur nom à la police afin d’être enregistrés. La situation est devenue incontrôlable et la police a été incapable de gérer la foule. Les forces de l’ordre ont dispersé les gens en les aspergeant avec des extincteurs.

« MSF est très inquiète de la manière dont la situation évolue à Kos, affirme Brice de le Vingne, directeur des opérations de MSF. Auparavant, on assistait à l’inaction de l’Etat. Désormais, ce sont les abus de l’Etat, avec la police usant de plus en plus de la force contre ces personnes vulnérables. La grande majorité de ceux qui arrivent sont des réfugiés qui fuient la guerre en Syrie et en Afghanistan. Les autorités de Kos ont affirmé très clairement qu’elles n’ont aucunement l’intention d’améliorer la situation pour ces personnes car elles estiment que cela constituerait un facteur d’attraction. Mais la vérité est que ces personnes qui fuient des guerres vont continuer à arriver, que les autorités tentent de les freiner ou non. »

MSF offre actuellement une assistance médicale à l’hôtel Captain Elias, un bâtiment désaffecté et délabré sans électricité où des centaines de réfugiés ont trouvé un abri. Ils y restent 10 à 15 jours en moyenne avant d’être enregistrés par la police grecque et de recevoir le formulaire les autorisant à quitter l’île, le plus souvent sans aucune information sur le processus en lui-même. MSF a également mis en place un service mobile de consultations médicales et distribue des biens de première nécessité aux réfugiés dans les parcs et les lieux publics.

« Huit mois après le premier appel de MSF aux autorités grecques leur demandant d’organiser un accueil décent et humain dans les îles du Dodécanèse, spécifiquement à Kos, nous sommes inquiets de voir que l’Etat grec a échoué à le faire, explique Brice de le Vingne. Un site suffisamment grand pour accueillir tout le monde avec des standards minimum doit être désigné. »

Consultez notre dossier consacré à nos opérations de recherche et de sauvetage de migrants en Méditerranée

 

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