URGENCE GAZA

Gaza : MSF demande de toute urgence la protection
et l'évacuation des patients et du personnel de l'hôpital Nasser

Lire l'article

Fonds d'urgence

Chapo

Grâce à vous, nos équipes interviennent en urgence auprès des populations qui en ont le plus besoin, partout où nous agissons.

je donne au fonds d'urgence MSF 

Guinée : 20 ans de lutte contre le VIH/Sida, le combat continue

People living with HIV  Conakry, Guinea
En Guinée, MSF prend en charge 16 425 patients séropositifs, répartis dans huit centres de santé dans la ville de Conakry, soit 20 % de la cohorte nationale sous traitement © N 'gadi Ikram/MSF

En 2003, en Guinée, les équipes de Médecins Sans Frontières ouvraient à Conakry leur premier projet de prise en charge des personnes séropositives, à l’aide de traitements antirétroviraux. Vingt ans plus tard, malgré d’importants progrès réalisés, de nombreuses lacunes subsistent en matière de dépistage, de traitement et d’acceptation.

« Au début des années 2000, j'étais tout le temps malade, je consultais beaucoup de médecins, mais aucun ne savait me dire de quoi je souffrais », se souvient Maïmouna Diallo. Cette femme, aujourd’hui travailleuse sociale pour MSF, était à l’époque une personne atteinte du VIH, qui a dû, comme de nombreuses séropositives, batailler pour accéder à un diagnostic et à un traitement. « Mon grand frère, qui vivait en Europe, m'a aidée financièrement, poursuit-elle. Il m'a envoyé faire un test de dépistage dans une clinique en Angleterre. Même si je ne comprenais pas ce que les médecins disaient, j'ai compris que c'était grave ».

Contrairement à d’autres pays, la proportion de personnes séropositives était relativement faible en Guinée, avec une prévalence de 1,7 %. Cela signifiait également que peu de moyens étaient alloués au dépistage et au traitement contre le VIH/Sida. En 2004, MSF a été la première organisation à fournir gratuitement des médicaments antirétroviraux (ARV) dans le pays. Trois ans après, ils étaient rendus disponibles gratuitement dans tout le pays par les autorités sanitaires.

La salle d'attente du service ambulatoire VIH soutenu par MSF au centre de santé de Matam, Conakry, Guinée.
 © Albert Masias/MSF
La salle d'attente du service ambulatoire VIH soutenu par MSF au centre de santé de Matam, Conakry, Guinée. © Albert Masias/MSF

Dès le début du programme, MSF s’est focalisée sur les activités de Prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. « Ce programme de MSF a donné des résultats exceptionnels en Guinée, déclare Hippolyte Mboma, coordinateur de projet. Grâce à ce dispositif, moins de 5 % des enfants nés de mères touchées par le VIH sont séropositifs, contre 20 % au niveau national. » 

Aujourd'hui, MSF prend en charge 16 425 patients séropositifs en Guinée, répartis dans huit centres de santé dans la ville de Conakry, soit 20 % de la cohorte nationale sous traitement.

Faciliter l’accès au traitement

Un autre axe d’intervention de l’organisation a été de faciliter l’accès au traitement pour les adultes. En effet, le traitement ARV peut permettre de vivre longtemps et en bonne santé, mais seulement s’il est suivi rigoureusement. Pour résoudre ce problème, les équipes de MSF en Guinée ont développé le programme du « rendez-vous à six mois ». Grâce à ce programme, les patients cliniquement stables reçoivent suffisamment d’ARV pour six mois, au lieu d’un seul. Cela permet de réduire le temps, les coûts et les déplacements nécessaires et cela renforce l’adhésion au traitement. En 2022, 92 % des patients inscrits à ce programme MSF étaient toujours pris en charge au-delà de 12 mois, contre 61 % seulement des personnes inscrites au programme régulier.

 

Vue d'un dossier du programme Rendez-vous de Six Mois développé par MSF en Guinée.
 © Albert Masias/MSF
Vue d'un dossier du programme Rendez-vous de Six Mois développé par MSF en Guinée. © Albert Masias/MSF

Lutter contre la stigmatisation

Cependant, un obstacle persiste : celui de la discrimination des patients. « Nous nous sommes vite rendus compte que nos mesures n'étaient pas suffisantes, car la désinformation, la peur et la discrimination étaient des facteurs puissants, explique David Therond, chef de mission en Guinée. Ceux-ci empêchent les personnes de se faire dépister et de commencer un traitement. »

Aboubacar a été diagnostiqué séropositif en 2008. « Quand j’ai appris que j’étais séropositif, je suis tombé de ma chaise, explique-t-il. Le médecin m'a prescrit un traitement pour trois mois. Une fois mon traitement terminé, je ne l'ai pas renouvelé. Je ne voulais pas que toute la ville connaisse mon statut, mais la maladie s'est ensuite aggravée. J'ai beaucoup souffert de la stigmatisation et de la discrimination.  Je n'avais aucune information sur le virus. C'était la fin de mon monde. J'ai fait deux tentatives de suicides. »

« Aujourd'hui, je participe à la démystification du VIH en Guinée. Mon rôle est de partager mon expérience avec d'autres malades. Les encourager à accepter leur maladie, à vivre positivement comme moi. » Après le choc du diagnostic, et la stigmatisation subie, Aboubacar a décidé de prendre en main sa maladie. Il a rejoint une association de patients et est devenu conseiller éducateur communautaire. Aujourd’hui, il apporte son soutien à d'autres malades et a été l'une des premières personnes du pays à parler publiquement de son statut.

© Namsa Leuba

Depuis 2010, MSF travaille en étroite collaboration avec des organisations, médiateurs communautaires et des patients volontaires qui acceptent de parler de leur maladie et, surtout, montrer qu'il est possible de vivre longtemps et en bonne santé avec le VIH. « Ce n'est pas le VIH qui tue, c'est la stigmatisation et le manque d'information », explique  Maïmouna Diallo.

Protéger les plus vulnérables

Aujourd'hui, tous les établissements de santé de Guinée n'offrent pas de soins complets et gratuits aux personnes séropositives et les obstacles restent nombreux. Que ce soit en raison des obstacles financiers et de la stigmatisation, de nombreux patients arrivent dans les unités de prise en charge à un stade trop avancé de la maladie. Les ruptures de stock d'ARV sont récurrentes et la chaîne d'approvisionnement est parfois défectueuse. D’autre part, de nombreux professionnels de la santé ne sont pas suffisamment formés à la prise en charge du VIH et de ses comorbidités.

Une sage-femme du ministère guinéen de la Santé effectue un test de diagnostic précoce du nourrisson sur un bébé né d'une mère séropositive. Conakry, Guinée.
 © Albert Masias/MSF
Une sage-femme du ministère guinéen de la Santé effectue un test de diagnostic précoce du nourrisson sur un bébé né d'une mère séropositive. Conakry, Guinée. © Albert Masias/MSF

Les enfants, en particulier, sont confrontés à des problèmes d'accès au dépistage et au traitement du VIH. Aujourd'hui, 11 000 enfants âgés de 0 à 14 ans vivent avec le VIH. Seuls 32 % d'entre eux sont sous traitement ARV.

« Au niveau national, il y a des pénuries mensuelles de médicaments pédiatriques contre le VIH, ce qui peut entraîner jusqu'à trois semaines de retard sur le traitement,  explique le Dr Chaloub Souleymane, responsable des activités médicales chez MSF. C'est là que MSF intervient pour combler les lacunes. Il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la prise en charge du VIH/Sida. »

À lire aussi