En Ukraine, à Debaltseve, les gens vivent encore dans des maisons sans chauffage, ni eau courante

Un médecin MSF va faire une visite au domicile d'un patient âgé
Un médecin MSF va faire une visite au domicile d'un patient âgé ©Jon Levy

Deux mois après la conclusion des accords de Minsk, la situation dans l’est de l’Ukraine est globalement calme. Pour répondre aux besoins médicaux des deux côtés de la ligne de front, MSF a développé ses activités. A Debaltseve notamment, une équipe MSF vient en aide à la population particulièrement éprouvée de cette ville située entre Donetsk et Louhansk aujourd’hui aux mains des rebelles et qui a été le théâtre de violents combats jusqu’au 18 février, soit trois jours après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Le Dr Natalie Roberts, coordinatrice d’urgence MSF, décrit la situation à Debaltseve.

Quelle est la situation aujourd’hui à Debaltseve, cette ville qui a été sur la ligne de front et a subi de grandes destructions ? 

Les combats ont cessé en février. Les engins explosifs qui restaient ont été enlevés. Sinon la situation reste identique, c’est le même niveau de destruction. Très peu de travaux ont été faits. Quand je suis arrivée début mars, presque toutes les vitres aux fenêtres des maisons avaient été soufflées par les explosions, il y avait d’énormes trous sur les façades et la plupart des toits étaient endommagés. Où que vous alliez, vous voyiez des immeubles détruits et c’est toujours comme ça.

Les gens vivent aujourd’hui dans les mêmes conditions. La plupart ont quitté les caves et les abris souterrains où ils s’étaient réfugiés pendant les bombardements, durant des semaines, et ils sont rentrés chez eux. Mais le logement reste le principal problème. La reconstruction de Debaltseve n’a pas encore commencé. Les gens vivent encore dans des maisons sans chauffage, ni eau courante. Ils veulent reconstruire leur maison, mais il n’y a pas de matériaux de construction, juste des bâches en plastique pour boucher les fenêtres.

Il fait encore froid, il y a une dizaine de jours il neigeait. Et le réseau de chauffage urbain ne marche pas parce que les canalisations ont été abîmées par le gel et les combats. L’électricité a été rétablie simplement dans quelques endroits. Pour avoir de l’eau, les gens doivent aller la chercher à des puits et la qualité de l’eau est très mauvaise. 

Est-ce que des habitants de Debaltseve reviennent ?

Il y a des gens qui reviennent tous les jours. La plupart des 25 000 habitants avaient fui la ville, environ 5000 étaient restés. Certains ne pouvaient pas partir parce qu’ils étaient trop âgés ou infirmes, d’autres sont restés parce qu’ils n’avaient nulle part où aller ou ne voulaient pas abandonner leur maison. Avec les retours, la ville compte maintenant 13 000 habitants. Certains reviennent parce qu’ils n’avaient pas d’endroit où aller, mais ils ne trouvent pas grand-chose quand ils reviennent. Et tous, ceux qui étaient restés comme ceux qui sont de retour, sont totalement tributaires de l’aide alimentaire.

debaltseve jon levy avril 2015

Nadezhda Simeonova souffre d'hypertension et de diabète. Le Dr Khachatur Malakyan lui rend visite à son domicile pour vérifier son niveau de sucre dans le sang et lui fournir des médicaments. Nadezhda vit seule à Debaltseve et ne peut pas sortir très loin en dehors de son quartier. Avril 2015 © Jon Levy

Que fait l’équipe MSF à Debaltseve ?

Quand nous sommes arrivés à Debaltseve en février, nous avons commencé par faire des visites à domicile pour voir les malades. Maintenant nous avons un numéro de téléphone que les gens peuvent appeler et un médecin ou une infirmière se déplace pour les voir chez eux, comme dans les services de soins de quartiers. La majorité de la population est âgée. Et nous dispensons la plupart des traitements à des patients qui sont atteints de maladies chroniques, comme l’hypertension ou l’arthrite, et n’ont pas eu de traitements pendant des mois. Leurs conditions de vie – le froid, le stress – ont beaucoup compliqué leurs pathologies.

Nous avons aussi un dispensaire ambulatoire, c’est un minibus qui circule dans la ville chaque jour dans un endroit différent. Nous communiquons à l’avance l’endroit où nous serons présents et nous traitons environ 60 personnes chaque jour, en limitant le nombre de patients pour qu’ils puissent passer suffisamment de temps avec le médecin.

Si leurs conditions de vie ne s’améliorent pas, l’état des personnes avec des maladies chroniques va continuer à se dégrader. J’ai rencontré des personnes âgées qui m’ont dit qu’elles voudraient mourir. Elles ne souffrent pas de dépression, mais elles ne veulent plus avoir 80 ans et vivre dans une cave. Les gens ne sont pas sûrs de l’avenir et ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir. C’est presque comme si les combats avaient duré si longtemps qu’ils n’osent pas espérer que cela ne va pas recommencer. 

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