Dessiner Gaza : l'enfance marquée par la peur et la violence

Dina, 11 ans, a dessiné son quartier avant et après le génocide de Gaza
Dina, 11 ans, a dessiné son quartier avant et après le génocide. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026.  © Nour Alsaqqa/MSF

À Gaza, après trois ans d’offensive militaire dévastatrice menée par l’armée israélienne, plus d’un million de personnes ont un besoin d’une aide psychologique pour faire face aux blessures invisibles de la guerre. À travers des dessins réalisés lors de séances de soins psychosociaux organisées par Médecins Sans Frontières (MSF), les enfants de Gaza expriment les traumatismes de leur quotidien : destruction des foyers, déplacements répétés et peur constante. Ces témoignages visuels révèlent l'impact profond du génocide sur leur santé psychologique. 

« Partout à Gaza, nous constatons une profonde détresse psychologique, du chagrin, de l’anxiété et des troubles du sommeil, tant chez les adultes que chez les enfants », explique Franz Luef, chef de mission de MSF pour la Palestine. « Ces difficultés s’aggravent alors que la crise entre dans une phase moins visible ; Israël démantèle systématiquement les conditions nécessaires à la survie des Palestiniens. ».  
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de personnes à Gaza ayant besoin d’un soutien urgent en santé mentale et d’un accompagnement psychosocial a plus que doublé depuis le début du conflit. Il est passé d’environ 485 000 à plus d’un million de personnes.

Une enfance volée par le génocide 

Pour les enfants qui ont connu la vie à Gaza avant la guerre génocidaire perpétrée par Israël, le quotidien d’autrefois a presque entièrement disparu ; leur maison, leur école, les quartiers où ils ont grandi ont été détruits. En trois ans, près de 90 % de la population gazaouie a été contrainte au déplacement. Les déplacements répétés et les conditions de vie précaires les privent d’espaces où jouer, apprendre et grandir en sécurité. Les moments passés en famille ou avec leurs amis ont laissé place à la peur de nouvelles attaques. Aller chercher de l’eau et de la nourriture sont désormais des responsabilités quotidiennes pour beaucoup d’entre eux.  

Les plus jeunes, eux, n’ont parfois jamais connu d’autre chose que les déplacements et les frappes aériennes.  
« Les enfants qui ont grandi pendant la guerre, et qui ont aujourd’hui trois ou quatre ans, ont perdu la notion de nombreux concepts fondamentaux », explique Mahmoud Al-Balbisi, conseiller en santé mentale chez MSF. « Beaucoup ne savent pas ce que signifie le mot “maison”. La tente est devenue leur maison. »  

La souffrance et le vécu de la guerre exprimés à travers le dessin 

Le vécu des enfants transparaît dans leurs jeux et leurs dessins. Ils mettent en scène des distributions d’aide humanitaire, racontent des attaques et dessinent les décombres des bâtiments détruits. 

Dina, neuf ans, a fui son domicile avec sa famille. Son père a été blessé au pied, écrasé par un camion alors qu’il allait chercher de l’aide. « Je voudrais que tout redevienne comme avant, avec ma mamie et mon papy », confie-t-elle.  
Rahaf, onze ans, vit aussi dans la peur des attaques : « Parfois, je regarde par la fenêtre et je vois les chars tirer. Je dis à ma maman de rentrer à l’intérieur, parce que j’ai peur pour ma famille. Ma cousine a été tuée et je n’arrive pas à l’oublier », raconte-t-elle. 

 

À Gaza, MSF accompagne les enfants face aux traumatismes 

Nos équipes observent des signes d’anxiété, de peur et des comportements agressifs. 
« Après trois ans de violence, de conditions de vie inhumaines et de pertes, les enfants ne portent pas seulement les souvenirs de la guerre : leurs expériences ont bouleversé leur conception de la sécurité et de l’enfance elle-même », explique Franz Luef.  

À la clinique Zaytoun de MSF, à Gaza, les psychologues proposent aux enfants des séances de soutien psychosocial avec de la musique, des jeux, des histoires et du dessin. Ces activités leur offrent un espace pour s’exprimer.  
« Nous essayons de rappeler aux enfants leur humanité et le fait qu’ils sont des enfants », explique Mahmoud Al-Balbisi.  
Certaines activités comme « Mon corps est mon royaume » les permettent de mieux comprendre leur droit à la sécurité et au respect de leur intégrité physique. 

MSF propose également des consultations individuelles en santé mentale, ainsi que des activités psychosociales et psychoéducatives en groupe pour les adultes. Entre fin 2023 et septembre 2026, les équipes ont réalisé plus de 132 000 consultations individuelles en santé mentale et ont accompagné plus de 246 000 personnes dans le cadre d’activités de groupe.

 

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Rahaf, 11 ans, a réalisé ce dessin qui décrit la situation après la guerre : des tentes, des habitations prises pour cibles, une ambulance, un camion-citerne, des enfants remplissant des bidons d’eau, ainsi qu’un adulte amputé d’une jambe, se déplaçant à l’aide de béquilles. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza.
 © Nour Alsaqqa/MSF
Rahaf, 11 ans, a réalisé ce dessin qui décrit la situation après la guerre : des tentes, des habitations prises pour cibles, une ambulance, un camion-citerne, des enfants remplissant des bidons d’eau, ainsi qu’un adulte amputé d’une jambe, se déplaçant à l’aide de béquilles. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza. © Nour Alsaqqa/MSF

Des enfants toujours privés de sécurité  

« Des bombardements peuvent survenir à tout moment. Ils vivent dans une peur constante, sans avoir la possibilité de se remettre de ce qu’ils ont enduré et d’échapper à cette réalité », explique Franz Luef.  
Les besoins en santé mentale sont immenses, mais les services et les espaces permettant aux enfants de se reconstruire restent très limités, l'armée israélienne ayant détruit ou mis hors d'état de fonctionner la grande majorité des structures de santé.

Pour aller plus loin : Gaza, nos réponses à vos questions

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Notes

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