Gaza : trois ans après, un cessez-le-feu en trompe-l’œil, et une « ligne jaune » qui étouffe la population
Communiqué de presse
En trois ans d’une guerre génocidaire, Israël a méthodiquement détruit les conditions de vie des Palestiniens à Gaza. Les forces israéliennes contrôlent désormais environ 65 % de la bande de Gaza, et la « ligne jaune » repousse les habitants vers des zones toujours plus restreintes. Les violences se poursuivent, l’accès aux biens essentiels reste sévèrement limité, tandis que le système de santé et les infrastructures vitales sont dévastés, alerte Médecins Sans Frontières (MSF).
Au cours de l’année écoulée, l’établissement de la « ligne jaune » a contribué à renforcer l’enfermement de la population de Gaza. Initialement présentée comme une ligne de démarcation temporaire dans le cadre de la première phase du prétendu cessez-le-feu, la « ligne jaune » est désormais constituée de positions militaires et de remblais. La ligne est continuellement étendue vers l’ouest, repoussant la population gazaouie vers une zone toujours plus réduite. Les forces israéliennes utilisent cette ligne pour enfermer les habitants de Gaza dans moins de 35 % du territoire.
« La “ligne jaune” ne peut pas être considérée comme un simple trait sur une carte », dénonce Amande Bazerolle, responsable des urgences de MSF à Gaza. « Elle est devenue un mécanisme d’encerclement et de nettoyage ethnique, qui coupe les populations des infrastructures, des soins de santé, de l’eau et des autres ressources essentielles dont elles ont besoin pour survivre. »
À mesure que la « ligne jaune » est délibérément déplacée, le danger se déplace également pour les personnes qui vivent à proximité immédiate. Son tracé n’étant ni clairement ni systématiquement matérialisé, les personnes qui s’en approchent s’exposent au risque d’être prises pour cible par les forces israéliennes. Les équipes de MSF continuent de soigner des personnes blessées par balle à proximité de cette ligne. Son avancée perturbe également l’acheminement de l’aide humanitaire essentielle : les opérations d’approvisionnement en eau de MSF par camions-citernes ont notamment dû être interrompues lorsque des tirs se produisaient à proximité des communautés vivant près de la « ligne jaune ».
Brûlures, explosions et blessures par balle : 1 200 * traumatismes pris en charge en deux mois
Mais les violences ne se limitent pas aux abords de la « ligne jaune ». Rien qu’en juin et en juillet, malgré le prétendu cessez-le-feu, les équipes de MSF ont pris en charge plus de 1 200 * cas de traumatismes liés aux violences à travers Gaza, notamment des blessures causées par des explosions, des brûlures, des blessures par balle ou résultant d’agressions physiques. Depuis octobre 2023, les équipes de MSF ont pris en charge plus de 200 000 cas de traumatismes *, tandis que l’offensive militaire israélienne a tué plus de 74 000 personnes, dont plus de 20 000 enfants, selon les autorités locales.
En confinant les Palestiniens dans des zones de plus en plus réduites, Israël aggrave encore leurs conditions de vie déjà extrêmement précaires. Les familles vivent dans des espaces surpeuplés et inhabitables, sans accès suffisant à l’eau potable, à l’assainissement, à un abri et aux soins de santé. Ces conditions favorisent la propagation des maladies. Depuis le début de l’année, les équipes de MSF ont pris en charge plus de 11 000 cas de maladies cutanées, notamment de gale. En juin et juillet, elles ont également recensé plus de 1 500 cas de varicelle. En août, MSF a distribué plus de 4,3 millions de litres d’eau potable. Pourtant, cela reste largement en deçà des besoins en raison des restrictions imposées par Israël.
« La plupart des personnes disposent de moins de six litres d’eau par jour pour les usages domestiques et ont un accès limité aux produits d’hygiène de base, comme le savon et la lessive », explique le Dr Murad Asaliyya, responsable des activités médicales de MSF à Gaza. « Nous traitons des cas de gastro-entérite, d’infections respiratoires aiguës, des cas d’hépatite, d’infections bactériennes de la peau. Dans le même temps, nous faisons face à de graves pénuries de fournitures médicales. Même la crème dont nous avons besoin pour traiter la gale est soumise à des restrictions de la part des autorités israéliennes. »
Des pénuries de matériel et de médicaments de plus en plus sévères
Au cours des trois dernières années, l’accès aux soins de santé s’est considérablement dégradé. Les hôpitaux font face à des pénuries de plus en plus sévères et les patients ne peuvent plus accéder aux médicaments et aux traitements. Les restrictions israéliennes visant des produits essentiels - tels que l’huile moteur ou les pièces détachées - paralysent les générateurs et moteurs, indispensables au fonctionnement des hôpitaux, des ambulances. Les groupes électrogènes tombent en panne et les opérations d’approvisionnement en eau par camions-citernes sont réduites.
La destruction délibérée du système de santé de Gaza, les dommages infligés à plus de 80 % des bâtiments de Gaza, ainsi que les conséquences physiques et psychologiques des violences continues et des déplacements répétés, auront des répercussions à long terme et empêchent la population d’entamer un processus de rétablissement.
« Il faudra des générations pour réparer les dommages causés au cours des trois dernières années, mais aussi pendant les décennies précédentes, alors que les conséquences du génocide en cours à Gaza continuent de se faire sentir chaque jour », déclare Amande Bazerolle. « La destruction, les déplacements et la privation sont devenus une réalité quotidienne, et banalisée car Israël les mène en toute impunité. Les gouvernements doivent agir dès maintenant pour arrêter le nettoyage ethnique, obliger Israël à mettre fin aux destructions, aux tueries, et à la privation des moyens nécessaires à la survie des Gazaouis. »
* Ce chiffre fait référence à des cas et non à des patients, et comprend les nouvelles consultations ainsi que les consultations de suivi.
Pour aller plus loin : Gaza, nos réponses à vos questions
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