Au Soudan, MSF lance une intervention d’urgence au Kordofan du Nord

Un membre du personnel de MSF discute avec une femme à Al Mina Al Muwahad, le plus grand camp de déplacés près de la ville d'El Obeid.
Un membre du personnel de MSF discute avec une femme à Al Mina Al Muwahad, le plus grand camp de déplacés près de la ville d'El Obeid. © MSF

Après la prise de contrôle d’El Fasher par les forces de soutien rapide (RSF) le 28 octobre 2025, les États du Kordofan, situés dans le sud du Soudan, sont devenus les nouvelles lignes de front du conflit dans le pays, alors que les affrontements entre l’armée soudanaise et les forces de soutien rapide s’intensifient dans la région. Au cœur de cette vaste zone, la ville d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord actuellement sous la menace d’un siège par les RSF, accueille des familles déplacées fuyant les violences dans les environs. Ces familles vivent dans des camps précaires, où l’accès aux soins de santé est limité, l’eau potable est rare et les installations sanitaires demeurent insuffisantes face aux besoins qui continuent de croître rapidement. 

En réponse à cette situation, Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé des activités d'urgence à El Obeid, à la fin du mois de janvier. La première phase de cette intervention vise à améliorer les services d'approvisionnement en eau et son assainissement dans le principal site de déplacés de la ville.

« El Obeid a perdu une grande partie de ses habitants d'origine, mais elle accueille aujourd'hui des dizaines de milliers de personnes déplacées qui s'y sont installées à différents moments de la guerre », explique Al Tayeb Mahmoud Mahammed, chef de mission MSF à El Obeid. « Avec la ligne de front à moins de 40 kilomètres, la ville continue d'accueillir de nouveaux arrivants presque quotidiennement. Les personnes qui arrivent ici sont profondément effrayées par la proximité des combats. Pourtant, elles se sentent toujours plus en sécurité ici que là d'où elles viennent, où elles étaient exposées à la violence, aux pillages et aux passages à tabac ».

Selon l'Organisation internationale pour les migrations, depuis le début du conflit au Soudan le 15 avril 2023, plus de 15 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, dont 11,5 millions ont été déplacées à l'intérieur du Soudan. 

Al-Mina Al-Muwahad, le principal site de déplacement d'El Obeid, accueillait environ 25 000 personnes à la fin du mois de janvier 2026, d'après l'évaluation de MSF. Sur place, les services d'assainissement sont gravement insuffisants : 500 personnes se partagent parfois une seule latrine. De même, l'accès à l'eau potable est limité, avec seulement trois litres par personne et par jour. Cela augmente considérablement le risque d'épidémies, et expose particulièrement les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.

MSF renforce les services d'eau et d'assainissement dans le camp en construisant des latrines supplémentaires, en installant des réservoirs d'eau et en soutenant l’évaluation des maladies et de la nutrition par l'intermédiaire des volontaires communautaires du ministère de la Santé. Les besoins de la population dépassant largement les capacités d'un système de santé déjà fragile, MSF coordonne avec les autorités locales le soutien aux activités de soins de santé dans le camp ainsi qu'à l'hôpital universitaire d'El Obeid.

L'intervention actuelle de MSF à El Obeid fait suite à des mois de discussions avec les autorités locales et fédérales pour pouvoir accéder à la ville. En juillet 2025, MSF avait déjà lancé une intervention à distance pour soutenir le ministère de la Santé au moyen de formations et des conseils techniques au moment d'une épidémie de choléra. En septembre dernier, lors d'une évaluation menée sur place, les équipes MSF ont constaté d'importants besoins humanitaires au sein de la communauté, ainsi que des cas de rougeole et de choléra.

« Alors que les combats se poursuivent et que les déplacements de population augmentent, les besoins humanitaires à travers le Soudan restent immenses et largement insatisfaits », détaille Marta Cazorla, responsable des opérations de MSF dans l'est du Soudan. « C’est vraiment une excellente nouvelle d'être enfin présents et opérationnels à El Obeid, ce qui n'était pas possible pendant la majeure partie du conflit en raison des contraintes d'accès ». 

« Cette intervention est une étape cruciale, mais une aide beaucoup plus importante est nécessaire de toute urgence pour éviter de nouvelles pertes en vies humaines. Les équipes de MSF et les fournitures sont prêtes pour étendre l'intervention à El Obeid, ainsi que pour évaluer et intervenir dans d'autres zones des Kordofans, en fonction de l'évolution des besoins et de l'accès. À l'heure actuelle, par exemple, nous avons des équipes prêtes à fournir des soins médicaux dans le Sud-Kordofan », explique M. Cazorla.

Notes

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