Au-delà des routes : l’acheminement d’eau et de nourriture dans les régions reculées d’Éthiopie
Plus de deux millions de personnes vivant dans la région d’Afar, dans le nord-est de l’Ethiopie, font face à la sécheresse et à une insécurité alimentaire critique. Depuis 2022, Médecins Sans Frontières (MSF) y fournit des soins essentiels aux enfants touchés par la malnutrition. Atteindre cette région reculée et difficile d’accès est un véritable défi. À travers des cliniques mobiles et huit centres de santé, MSF a pu soigner, en 2025, près de 1 600 enfants. Dans la région, la situation humanitaire reste cependant extrêmement critique.
Une fois qu’on quitte la ville de Semera, le paysage éthiopien se transforme rapidement en une vaste étendue de terre aride. Une rivière coule le long de la route empruntée par les véhicules de Médecins Sans Frontières (MSF) qui roulent en direction de la ville de Magenta pour apporter de la nourriture. L’un des principaux défis auxquels font face les communautés locales est de s’approvisionner en eau.
La région d’Afar est traversée par la vallée de Danakil, qui marque l’extrémité nord de la vallée du Rift est-africain et est considérée comme l’un des endroits habités les plus chauds du monde. La disponibilité et la qualité de l’eau dans la région sont très incertaines. Certaines sources souterraines, dont la population éthiopienne dépend, ne conviennent pas à une utilisation régulière. La rivière Awash, par exemple, est une source d’eau importante pour les communautés mais est aussi sujette à des contaminations environnementales et demeure fortement affectée par la pollution.
Plus de deux millions de personnes vivent dans la région d’Afar, parmi lesquelles se trouvent des nomades et des éleveurs. Pour s’approvisionner en eau, de nombreuses familles dépendent à la fois des précipitations saisonnières, de puits peu profonds, de forages et, parfois, de l'eau acheminée par camion.
« Cette année, la sécheresse a été pire et nous n’avons pas eu les mêmes récoltes que les années précédentes » raconte Abahefa Ari, mère de cinq enfants. « Ma petite fille a été atteinte d’une diarrhée, alors nous sommes allées au centre de santé le plus proche, où elle a pu être soignée. De retour chez nous, son état ne s'est pas amélioré, et, plus tard, elle a de nouveau été atteinte d’une diarrhée, ce qui l’a encore plus affaiblie. Un voisin nous a conseillé d’aller à l’hôpital de Dubti, décrit comme un bon endroit pour les enfants comme Fatuma. Une fois arrivés, nous avons été orientés vers les services de MSF. C’est à ce moment-là que j’ai appris que ma fille souffrait de malnutrition ».
Isaa, mère de Fafi âgée d’un an, a été orientée vers l’hôpital de Dubti par les équipes MSF lors d’une consultation dans une clinique mobile. Elle raconte : « La première fois que nous sommes venues, ma fille avait seulement neuf mois. Nous sommes restées cinq jours avant qu’elle puisse sortir. Cette fois-ci, nous sommes ici depuis 10 jours et je peux déjà voir son état s’améliorer ».
MSF fournit un soutien essentiel aux enfants, aux femmes enceintes et qui allaitent touchés par la malnutrition. Au sein de l’hôpital général de Dubti, où travaillent les équipes du ministère de la Santé, nos équipes gèrent un centre nutritionnel thérapeutique avec une capacité de 50 lits. Le service traite les enfants de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition aiguë sévère avec des complications médicales. En 2025, plus de 1 594 enfants ont pu être soignés.
L’année dernière, MSF a aussi lancé des activités de sensibilisation afin de venir en aide aux communautés vivant loin de l'hôpital et de leur fournir des soins de suivi réguliers. «Cette approche sur le long terme aide à diminuer les besoins répétés d’hospitalisation » explique Emmanuelle Quet, coordinatrice de projet MSF dans la région. « Deux équipes mobiles se déplacent maintenant dans huit endroits différents chaque semaine, pour dépister et traiter les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère, notamment par la distribution de nourriture thérapeutique comme le Plumpy’Nut », ajoute-t-elle. Les enfants avec des complications graves sont orientés vers les centres nutritionnels thérapeutiques à l’hôpital général de Dubti, comme cela a été le cas de Fafi.
« La distance est l'une des plus grandes difficultés dans la région » reprend Emmanuelle Quet. « Les familles voyagent souvent pendant des heures pour atteindre le poste de santé le plus proche. Le voyage peut prendre des jours pour accéder à un hôpital. Toute perturbation, comme des routes inondées ou un défaut de transport, peut empêcher un enfant d’être pris en charge à temps ».
L’accès à certaines zones de la région d’Afar reste difficile, non seulement pour les patients, mais aussi pour les équipes de MSF. Sur la route vers la ville de Magenta, la rivière inonde fréquemment les routes, rendant le passage très compliqué, y compris pour un véhicule tout terrain. Récemment, il a fallu plus de 6 heures à une équipe MSF pour parcourir une trentaine de kilomètres. Les obstacles sont nombreux et rendent les trajets toujours très incertains, ce qui peut provoquer des ruptures d’approvisionnement et des retards de prise en charge.
Les chaleurs intenses, l’usage d’eau impropre à la consommation, les longs voyages et la difficulté pour atteindre les établissements de santé contribuent à une détérioration alarmante des conditions de vie des personnes habitant la région d’Afar. La zone affiche certains des indicateurs de santé les plus bas d'Éthiopie, notamment un taux de mortalité infantile élevé, un retard de croissance généralisé chez les enfants et la plus forte proportion d'enfants souffrant d'insuffisance pondérale dans le pays.
En 2025, les équipes MSF sont venues en aide à 1 745 enfants et à près de 100 femmes enceintes ou allaitantes dans la région. Nos équipes ont aussi orienté 272 enfants vers des centres nutritionnels thérapeutiques en raison de complications médicales.
En collaboration avec le ministère de la Santé et le Bureau régional de la Santé, MSF contribue à améliorer l’accès aux soins de la population.
Des défis considérables persistent. « Nous pouvons traiter les cas de malnutrition sévère, mais les causes plus profondes vont bien au-delà des seuls soins de santé », souligne Emmanuelle Quet. « Améliorer l’accès à l’eau potable, développer les moyens de subsistance des communautés, renforcer les services de santé locaux et d’orientation sont des conditions impératives pour tendre vers une résilience des communautés ».