Laboratoire MSF de Koutiala, au Mali. © MSF

Cultures de bactéries dans le laboratoire MSF de Koutiala, au Mali.
© MSF

Les antibiotiques représentent l’une des principales innovations de la médecine au XXème siècle. Ils ont permis de révolutionner le traitement de certaines maladies infectieuses, comme les pneumonies, la tuberculose ou la peste, en réduisant considérablement le nombre de décès liés à ces maladies.

Mais au cours des dernières décennies, les bactéries ont développé des mécanismes d’adaptation leur permettant de résister à des environnements hostiles notamment à la présence d’antibiotiques. Ces bactéries devenues résistantes ne cessent de se propager. Véritable urgence de santé globale, l’antibiorésistance menace aujourd’hui de rendre à nouveau létales des maladies aujourd’hui simples à traiter.

Les conclusions d’un rapport commissionné par le gouvernement anglais et présenté en mai 2016 indiquent ainsi que d’ici 2050, une personne pourrait mourir toutes les trois secondes d’une infection causée par une bactérie résistante aux antibiotiques.

Résistance aux antibiotiques : « Des conséquences dramatiques dans les pays en guerre »
A voir sur le site du Monde.fr

 

ET SI LES ANTIBIOTIQUES DEVENAIENT INEFFICACES ?

Une simple coupure pourrait devenir mortelle. Les bactéries sont de plus en plus résistantes aux antibiotiques et cette menace pourrait nous renvoyer 70 ans en arrière. C'est le constat de Karine Nordstrand, présidente de la section norvégienne de MSF.

 

RÉSISTANCE AUX ANTIBIOTIQUES : UNE PRIORITÉ DE SANTÉ MONDIALE DÉSORMAIS RECONNUE PAR LES NATIONS UNIES

Le 21 septembre 2016 s’est tenue à New York une Réunion de haut niveau des Nations Unies sur le sujet des infections résistantes aux antibiotiques. Cette réunion a été la première à porter ce problème à un niveau d’attention politique aussi élevé, mais également la quatrième dédiée à un sujet de santé globale dans l’histoire des Nations Unies.

La déclaration politique qui a été adoptée suite à la réunion souligne le besoin de mieux utiliser les antibiotiques existants, en renforçant les systèmes de santé et les capacités de diagnostic ; recommande d’améliorer l’accès aux médicaments et vaccins existants, susceptibles de réduire le nombre d’infections et le besoin d’antibiotiques ; et appelle à ce que la recherche et développement dans ce domaine permettent d’obtenir des produits accessibles et abordables pour tous les patients.

« MSF salue la Déclaration politique des Nations Unies sur la résistance aux antibiotiques, en ce qu’elle reconnaît le besoin de répondre au plus haut niveau politique au problème complexe et mondial des infections résistantes aux antibiotiques. Les Etats ont maintenant la responsabilité de transformer ces intentions en actes, et de mettre en place les plans définis à l’échelle nationale et les engagements globaux en la matière, explique le Dr. Joanne Liu, Présidente internationale de Médecins Sans Frontières.

Enfin, MSF constate avec satisfaction que cette déclaration prend en compte les conclusions du récent rapport du Groupe de haut niveau sur l’Accès aux médicaments établi par le Secrétaire Général, en reconnaissant l’échec du système actuel de recherche et développement, et en intégrant d’importants engagements en matière de santé publique, qui visent à assurer que de nouveaux antibiotiques , vaccins et outils de diagnostic nécessaires à contrôler l’antibiorésistance seront disponibles et abordables pour les patients qui en ont le plus besoin. MSF se réjouit également que la déclaration appelle à séparer les coûts de recherche et développement des prix pratiqués sur les produits et outils médicaux, et à assurer qu’un retour public est assuré lorsque des fonds publics sont utilisés pour développer de nouveaux produits ».

Lire l’intégralité de la réaction de MSF suite à cette déclaration des UN

 


SERIE DOCUMENTAIRE « GRANDES TUEUSES »

La Fondation Mérieux, l’Inserm, l’Institut Pasteur, Réseau CANOPE, MSF, Universcience, le DNDi… Les principaux acteurs français de la lutte contre les maladies infectieuses présentent la série et le webdocumentaire Grandes Tueuses, disponibles en ligne dès maintenant. Conçues comme un outil de sensibilisation pour le grand public et les acteurs de terrain, les 70 vidéos décrivent 14 grandes problématiques de santé publique et sont en open data, en libre accès et libre utilisation.

Découvrez la série sur l'antibiorésistance :

 

► Allez plus loin avec le webdocumentaire Grandes Tueuses

Construit autour de sept pathologies, ce webdocumentaire propose à l’internaute une découverte interactive et multimédia de l’antibiorésistance, du virus Ebola, de l’hépatite C, du paludisme, de la rougeole, de la tuberculose et du VIH-Sida. Les modules vidéo sont enrichis par une sélection de liens permettant d’en savoir plus.

Causes

Comme tous les organismes vivants, les bactéries subissent des mutations spontanées, qui rendent certaines d’entre elles résistantes aux antibiotiques. Leur nombre est initialement faible, mais lorsqu’une population de bactéries est exposée à un antibiotique, seules les bactéries résistantes vont survivre, ce qui leur permettra de se reproduire et de ‘remplacer’, à terme, l’ensemble de la population de bactéries. Ce mécanisme de sélection naturelle est accéléré par l’utilisation massive et fréquente d’antibiotiques. De plus, les bactéries devenues résistantes peuvent transmettre à d’autres bactéries le matériel génétique qui les rendra à leur tour résistantes. Une même bactérie peut devenir résistante à plusieurs antibiotiques (‘multi-résistante’), voire à tous les antibiotiques disponibles (‘pan-résistante’).

La propagation des bactéries résistantes aux antibiotiques est due à plusieurs facteurs :

  • La sur-prescription d’antibiotiques, par exemple pour traiter des maladies bénignes (ne nécessitant pas de traitement médicamenteux) ou dues à des virus (contre lesquels les antibiotiques ne sont pas efficaces) ; l’utilisation d’antibiotiques particulièrement puissants pour traiter des infections simples.
  • La mauvaise utilisation des antibiotiques, par l’utilisation hors prescription et/ou le non-respect de la prescription (durée, dosage).
  • L’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage, en tant que facteur de croissance, et – en moindre mesure – dans l’agriculture. Les bactéries résistantes peuvent ensuite être transmises à l’homme soit par contact direct, soit via la chaîne alimentaire.
  • Le non-respect  des règles d’hygiène et de contrôle infectieux, par exemple dans les hôpitaux, ce qui favorise la propagation des bactéries – y compris résistantes – entre patients.
  • La simplification et l’accélération de la circulation des personnes, qui fait de l’antibiorésistance une problématique globale.
  • La diffusion de bactéries résistantes portées par des individus sains.
     

Epidémiologie

En 2014, l’Organisation Mondiale de la Santé a diffusé le premier rapport dédié à la résistance aux antibiotiques. Compilant des informations en provenance de 114 pays, le rapport documentait la présence de bactéries résistantes sur tous les continents, tout en soulignant l’absence d’un mécanisme de documentation systématique dans de nombreux pays, en particulier parmi ceux en développement.

Dans certains projets MSF, le phénomène est également inquiétant. Dans le projet de chirurgie reconstructive à Amman, en Jordanie, où MSF prend en charge des blessés en provenance de Syrie, d’Irak ou du Yémen, jusqu’à 75% des patients souffrent d’une infection causée par une bactérie résistante. A Bangui, en République centrafricaine, des blessés de guerre présentent également des plaies infectés par des ‘super-bactéries’. A Bangui, le taux de bactéries résistantes responsables d’infections urinaires  a été multiplié par 5 en l’espace de deux ans, mettant en évidence la diffusion rapide de ces bactéries.

 

Solutions

Problème complexe, l’antibiorésistance va demander des efforts joints et soutenus dans plusieurs domaines :

  • Limiter l’utilisation des antibiotiques dans le cadre de l’élevage.
  • Mieux documenter et décrire le phénomène, en améliorant l’accès aux diagnostics et le partage d’information.
  • Améliorer l’accès aux tests de laboratoire et développer de nouveaux outils diagnostics permettant d’identifier la bactérie responsable de l’infection et sa sensibilité aux antibiotiques, afin d’en adapter la prescription.  
  • Développer de nouvelles classes d’antibiotiques efficaces contre les bactéries résistantes.
  • Améliorer l’accès à la vaccination, les mesures d’hygiène et de contrôle infectieux, y compris dans les hôpitaux, afin de limiter l’utilisation des antibiotiques. Le simple lavage des mains représente à ce titre une mesure efficace pour prévenir la transmission des infections.
  • Informer, former et accompagner les pharmaciens et les médecins pour que l’utilisation des antibiotiques soit règlementée et réservée aux situations où ces médicaments sont nécessaires.
  • Sensibiliser les patients à respecter les prescriptions médicales et à éviter la consommation d’antibiotiques sans un avis médical.
     

MSF s’inscrit dans cet effort global par différentes stratégies : en renforçant les capacités des laboratoires qu’elle gère dans certains de ces projets et en documentant davantage le phénomène ; en contribuant à la recherche en vue d’une utilisation rationnelle des antibiotiques ; en introduisant dans ses projets à Amman, à Bangui et à Koutiala (Mali) des ‘antibiotic stewards’ ou ‘points focaux antibiothérapie’, qui appuient les équipes médicales dans la bonne gestion et prescription des antibiotiques ; en soutenant des initiatives de recherche et développement (R&D) de nouveaux antibiotiques, et de tests diagnostiques simplifiés et abordables; en plaidant pour que la recherche dans ce domaine soit plus rapide et bénéficie à tous les patients ; et en organisant des espaces d’échange et de partage d’information entre experts ; entre autres.