En bref
MSF a renforcé ses programmes d'urgence en réponse au séisme du 12 janvier 2010. Dans l'hôpital gonflable Saint-Louis à Port-au-Prince, une large gamme de soins médicaux et chirurgicaux a ainsi été développée. En mai 2011, l'ensemble de ces activités a été transféré dans un nouvel hôpital modulaire prévu pour fonctionner au minimum 3 ans.
En octobre, les premiers cas de choléra ont été signalés dans le pays, prémices d'une épidémie de grande ampleur qui a remobilisé les équipes d'urgence MSF déployées sur 8 sites répartis sur tout le territoire. Le dernier centre de traitement a été rétrocédé aux autorités en mai 2011.
Dépenses 2010 : 22 365 000 €
Financements : 99 % privés, 1% institutionnelles
Équipe : 54 internationaux et 627 nationaux
Autres sections : MSF Belgique, MSF Hollande, MSF Espagne, MSF Suisse
Contexte
Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a mis un coup d'arrêt brutal au lent redressement haïtien, entrepris depuis 2004 avec le support de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). Avec un bilan approximatif de 250 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 millions de sans-abris, cette catastrophe a transformé la capitale en un immense camp de déplacés.
La configuration politique et économique a également été bouleversée, avec un pays plus que jamais dépendant de l'aide internationale comme l'incarne la commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH). Co-présidée par Bill Clinton, cette structure bureaucratique est chargée d'administrer les milliards de dons pour bâtir un nouvel Haïti. Les promesses tardent pourtant à se concrétiser dans le quotidien de la population, dont l'impatience grandissante s'est traduite en avril 2011 par l'accession à la présidence d'un chanteur populaire, Michel Martelly, au cours d'élections tendues.
Le choléra a infecté plus de 280 000 personnes et causé plus de 4 800 décès entre octobre 2010 et mai 2011. Facilitée par les insuffisances au niveau des structures sanitaires, des conditions d'hygiène, d'assainissement et d'approvisionnement en eau potable, cette terrible épidémie est une autre illustration de la focalisation des autorités et de leurs bailleurs de fonds internationaux sur des objectifs de développement futur, au détriment des besoins immédiats.
L'endémicité du choléra est désormais probable et le risque d'une nouvelle vague épidémique reste très élevé. Le nombre de sans-abris demeure préoccupant dans la capitale dont les structures sanitaires, déjà en nombre insuffisant avec le séisme, ne pourront faire face aux besoins avant plusieurs années.
Projets
Hôpital Saint-Louis
Installée le 25 janvier 2010 sur un terrain de sport de Port-au-Prince, cette structure composée en partie de tentes gonflables adaptées au risque de répliques sismiques a remplacé le centre de traumatologie de la Trinité, détruit par le tremblement de terre. Un large éventail de services hospitaliers intégralement gratuits y a été proposé pour une capacité totale de 250 lits : urgences, soins intensifs, chirurgie, grand brûlés, pédiatrie, médecine, physiothérapie, santé mentale. Saint-Louis a fermé ses portes en mai 2011 et l'ensemble des activités a été transféré dans un nouvel hôpital modulaire construit par MSF dans le quartier de Sarthes.
Depuis l'ouverture de l'hôpital Saint-Louis jusque fin mars 2011, plus de 16 000 consultations ont été réalisées en salle d'urgence, dont 12% en moyenne était liées à des actes de violence. Dès le mois de mai 2010, les traumatismes liés au séisme avaient quasiment disparu et l'activité est assez vite redevenue semblable à celle d'avant la catastrophe, avec une nette prédominance des accidents domestiques (37%) et de la route (31%). Les grands brûlés restent nombreux, avec en moyenne un nouveau cas par jour, souvent lié aux conditions de vie précaires dans les camps de la capitale.
La chirurgie, spécialité rare et coûteuse, demeure le cœur de l'intervention MSF à Port-au-Prince. De janvier 2010 à mars 2011, plus de 8 500 actes chirurgicaux ont été réalisés, dont 20% d'orthopédie. L'hôpital prend aussi en charge l'ensemble des soins postopératoire, avec suivi médical et chirurgical, physiothérapie et assistance psychosociale. Depuis l'ouverture, près de 40 000 séances de physiothérapie ont ainsi été effectuées ainsi que plus de 15 000 consultations de santé mentale.
En parallèle de l'hôpital, des cliniques de proximité avaient été ouvertes dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince (Delmas 24, Champ de Mars, Saint-Louis) afin d'améliorer l'accès aux soins de santé primaire pour les populations sans-abri et se substituer au réseau sanitaire local anéanti. Ces structures ont été fermées en septembre 2010, ainsi que le centre de rééducation fonctionnelle de Tabarre, ouvert en janvier pour absorber le suivi postopératoire des patients opérés après le séisme.
Hôpital de Sarthes
Début mai 2011, MSF a déménagé l'intégralité de ses activités hospitalières dans le quartier de Sarthes, à proximité des bidonvilles de Drouillard et Cité Soleil, au nord de Port-au-Prince. L'hôpital est une vaste structure modulaire d'une capacité de 180 lits conçue et financée par MSF dont la construction a démarré en novembre 2010. L'objectif de cette relocalisation est d'améliorer l'accès gratuit aux soins hospitaliers dans les zones périphériques où vivent une grande partie des populations les plus vulnérables. Le réseau développé avec les structures sanitaires nationales, les systèmes d'ambulances publiques et privés, la police nationale et les forces internationales ainsi que la communauté humanitaire permettra également à ce nouvel hôpital MSF de demeurer le principal centre de référence gratuit pour les urgences traumatologiques dans l'agglomération de Port-au-Prince.
Urgence choléra
Le 22 octobre 2010, des premiers cas de choléra ont été confirmés dans la région côtière du centre d'Haïti. Une souche sud-asiatique du vibrion cholérique a été introduite de manière accidentelle dans le réseau hydrographique de la rivière Artibonite, vraisemblablement suite à des mesures d'assainissement insuffisantes au niveau de la base d'un bataillon népalais de la Minustah. Absente depuis plus d'un siècle, la maladie s'est propagée très vite notamment en raison des conditions d'hygiène précaires et de la forte promiscuité de l'habitat. L'absence d'immunité spécifique chez les Haïtiens a également favorisé l'ampleur de l'épidémie, qui en moins de 5 mois a touché plus de 250 000 personnes (soit environ 2,5% de la population totale) et causé plus de 4 500 décès sur l'ensemble du territoire.
Malgré le grand nombre d'acteurs humanitaires présents dans le pays, très peu se sont investis dans la prise en charge des malades. MSF a anticipé l'arrivée du choléra dans la capitale en ouvrant un centre de traitement (CTC) de plus de 200 lits à Tabarre avant la fin du mois d'octobre. Quand l'épidémie a frappé Port-au-Prince à la mi-novembre, le CTC s'est rempli en quelques jours et a permis de traiter au total plus de 2 500 patients.
En parallèle, des équipes d'urgence se sont déployés dans le nord et l'ouest du pays pour tout d'abord apporter leur soutien aux hôpitaux débordés de Gonaïves, Port de Paix et Gros Morne. Au fil de la propagation épidémique, d'autres interventions ont été menées à Saint-Louis du Nord, Pignon et Mare Rouge, y compris des opérations de sensibilisation communautaire et de désinfection.
En 15 semaines d'épidémie, la section française de MSF a ouvert 8 projets totalisant 800 lits d'hospitalisation, traité plus de 30 000 cas (120 000 pour l'ensemble du mouvement MSF) avec une mortalité de 0,86%, mobilisé 1 985 personnels haïtiens et 132 expatriés pour un budget total de 4,5 millions d'euros. A partir de la mi-février, le nombre de nouveaux cas a commencé à diminuer et MSF a peu à peu rétrocédé ses projets aux autorités sanitaires, le dernier centre de Gonaïves leur ayant été remis en mai 2011. Les équipes restent néanmoins prêtes à intervenir en cas de nouvelle flambée épidémique.








