Tuberculose résistante : MSF dénonce des politiques et des pratiques insuffisantes et inadéquates

Dans un rapport présenté aujourd'hui à la 45ème Conférence mondiale de l'Union sur la santé respiratoire en cours à Barcelone Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce des politiques et des pratiques dépassées et des manques criants dans la prise
©Andrea Bussotti/MSF

Dans un rapport présenté aujourd'hui à la 45ème Conférence mondiale de l'Union sur la santé respiratoire en cours à Barcelone, Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce des politiques et des pratiques dépassées et des manques criants dans la prise en charge de la tuberculose résistante aux médicaments (TB-R).

Les recommandations internationales, ainsi que les stratégies ayant fait leurs preuves, sont peu ou pas appliquées sur le terrain, contribuant à alimenter une crise de santé publique et de portée mondiale.

Les dernières données publiées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) font état d'une situation accablante : moins d'un tiers des patients atteints de TB multi résistante recensés dans le monde sont diagnostiqués et, parmi eux, seulement un sur cinq reçoit un traitement adapté.

MSF appelle les gouvernements, les donateurs et l'industrie pharmaceutique à agir de toute urgence, avec les outils dont ils disposent, pour renforcer la réponse à cette crise et éviter une augmentation toujours plus importante du nombre de cas de tuberculose résistante.

« L'heure n'est pas à la complaisance: dans certains pays d'ex-Union Soviétique, plus d'un tiers des patients chez qui MSF a diagnostiqué une TB-R n'ont jamais été traités auparavant, ce qui implique une transmission directe, de personne à personne, des formes résistantes de la maladie, explique le Dr Petros Isaakidis, médecin épidémiologiste MSF en charge de la recherche opérationnelle en Inde. La tuberculose résistante est une catastrophe d'origine humaine, entraînée par des années de négligence et par une réponse lente et fragmentaire ».

Le rapport « Out of Step » de MSF souligne cinq manques principaux dans la prise en charge adéquate de la TB-R : un accès insuffisant aux tests de résistance aux médicaments ; un nombre croissant de personnes chez qui la TB-R est diagnostiquée, mais qui ne reçoivent pas de traitement ; l'utilisation de modèles de soins obsolètes et coûteux, comme l'hospitalisation par défaut des patients ; un accès très limité aux médicaments les plus prometteurs, nouveaux ou « requalifiés » ; et un très grave manque de financements qui, dans certains pays, représentent moins de la moitié de ce qui serait nécessaire.

Par exemple, plus d'un an après leur enregistrement, les nouveaux médicaments antituberculeux demeurent hors de portée pour la grande majorité des patients : dans les huit pays étudiés dans le rapport, la bédaquiline et le délamanide ne sont accessibles que pour un nombre très limité de patients et seulement dans le cadre de dispositifs dits d' « usage compassionnel ». De plus, aucun des pays n'intègre dans ses protocoles de soins l'ensemble des médicaments « requalifiés », soit des médicaments existants ayant montré une certaine efficacité contre la TB-MR, sur lesquels reposent les traitements de dernier recours.

« Les entreprises et les pays doivent accélérer les processus d'enregistrement des nouveaux médicaments. Il faut également mener des essais cliniques intégrant les nouveaux médicaments contre la tuberculose dans des protocoles plus courts, moins toxiques et plus efficaces. Pour cela, il est nécessaire que la recherche et le développement soient coordonnées et financés dans le seul but de donner accès au diagnostic et au traitement à ceux qui en ont le plus besoin », conclut Grania Brigden, en charge du dossier tuberculose à la Campagne d'accès aux médicaments essentiels (CAME) de MSF.

Le rapport « Out of Step » présente les résultats d'une enquête menée dans huit pays (Brésil, Inde, Kenya, Myanmar, Russie, Afrique du Sud, Ouzbékistan et Zimbabwe) ; enquête basée sur des indicateurs d'accès au diagnostic, au traitement et aux médicaments essentiels, d'achats de médicaments et de financements. Cette analyse a été complétée par l'expérience opérationnelle de MSF.

MSF mène des programmes de lutte contre la tuberculose depuis 30 ans. Les premiers projets contre la TB-R ont été ouverts en 1999. Aujourd'hui, MSF compte parmi les principales ONG permettant un accès aux traitements contre la tuberculose résistante. En 2013, l'organisation a pris en charge près de 30 000  patients dans le monde, dont environ 2 000 patients atteints de tuberculose résistante aux médicaments.

Plus d'informations sur la présence de MSF à la 45ème Conférence de l'Union sur la santé respiratoire ici : http://www.msfaccess.org/TBUnion2014 (en anglais).

Consulter et télécharger le rapport "Out of Step" (en anglais)

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