SIDA : L'OMS propose un plan ambitieux et à la mesure de la gravité de la pandémie de sida, mais reste ambiguë sur les conditions qui permettront d'atteindre cet objectif

Médecins Sans Frontières a commencé un programme de traitement des malades du sida par antirétroviraux (ARV) à la Blue House une structure de santé qui accueille des patients vivant dans le bidonville de Matharé à Nairobi.
©Chris de Bode

Le plan de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) " traiter 3 millions de personnes en 2005 " dévoilé aujourd'hui prend la juste mesure de la gravité de l'épidémie en adoptant un plan de traitement des malades du sida. Cette initiative prône une adaptation des stratégies de prise en charge aux conditions de vie réelles dans les pays en développement : utilisation de médicaments combinés ou des comprimés associés sous conditionnement plastique, tests faciles à réaliser, simplification de la surveillance et suivi des patients par des agents de santé formés.

Toutefois, le plan de l'OMS reste ambigu sur les conditions qui permettront d'atteindre cet objectif, et notamment en ce qui concerne le traitement. Ainsi, le prix moyen avancé par l'OMS pour une trithérapie de première ligne est de 450 US $, qui se rapproche plus des prix des médicaments sous brevets que de ceux des génériqueurs. Or, aujourd'hui, le fabricant indien Cipla a annoncé qu'il offrait une trithérapie à 140 US $ par an et par patient à différentes organisations, dont Médecins Sans Frontières, s'alignant ainsi sur l'offre faite au travers de la Fondation Clinton. Cette trithérapie*, comme celle proposée par l'autre génériqueur indien Ranbaxy est, de plus, préqualifiée par l'OMS. Ainsi, l'OMS manque clairement d'ambition en ne cherchant pas à recommander des traitements au prix les plus abordables, mais en continuant à se baser sur les coûts des traitements proposés par les grands laboratoires.

Pourtant, les prix les plus bas possible permettraient de délivrer gratuitement ces trithérapies aux malades pauvres des pays pauvres, une condition essentielle pour garantir un véritable accès aux soins. C'est le cas du Brésil qui soigne aujourd'hui tous ses patients VIH/sida avec des combinaisons fixes délivrées gratuitement. Cette approche est aussi celle engagée par MSF dans ses différents programmes de traitements des malades du sida, démarrés depuis plus de deux ans. Aujourd'hui, plus de 9 000 malades bénéficient gratuitement d'une trithérapie dans les 42 programmes MSF menés dans 19 pays. MSF souhaite parvenir à plus de 11 000 malades sous traitement d'ici la fin de l'année et 25 000 fin 2004. Une expérience qui montre qu'il est possible de soigner des malades en danger de mort dans des pays pauvres.

4,4 millions de malades sont aujourd'hui en attente de traitement dans les pays pauvres. Manifestement, l'OMS affiche aujourd'hui un plan très ambitieux, mais sans lever tous les obstacles, dont celui, majeur, du coût du traitement.

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