G7 : Le monde n'est pas mieux préparé aujourd'hui qu'il y a un an pour faire face à Ebola

L’épidémie d’Ebola qui s'est déclarée au mois d'août dans la province de l’Equateur en République démocratique du Congo (RDC) n’est pas encore contenue. Plus de 60 personnels de Médecins Sans Frontières (MSF) continuent à y travailler da
©Gabriele François Casini/MSF

MSF demande aux dirigeants du G7 de prendre des mesures concrètes pour combattre les épidémies.

Le système de santé mondial n'est toujours pas prêt à faire face à une épidémie de maladie de grande ampleur : tel est le message d'alerte lancé aujourd'hui par Médecins Sans Frontières. MSF exhorte les dirigeants des pays membres du G7* qui seront présents au sommet de ce week-end à Elmau, en Allemagne, à s'engager à mettre au point un système d'urgence efficace pour riposter aux épidémies et aux crises sanitaires internationales, suite à l'épidémie dévastatrice du virus Ebola en Afrique de l'Ouest. L'épidémie d'Ebola démontre également la nécessité de financer très rapidement le développement de médicaments et de diagnostics pour les maladies négligées et d'assurer l'accès aux médicaments existants dans les pays en développement.

« Si une pandémie d’envergure mondiale devait se déclarer demain, nous n’aurions toujours aucune réponse internationale coordonnée en place, avec les ressources adéquates, pour y faire face. Les dirigeants du G7 doivent reconnaître qu'il y a une déficience importante dans notre système de santé mondial et prendre des mesures concrètes pour y remédier, sans quoi ils courent le risque de perdre des milliers de vies supplémentaires lors de la prochaine épidémie grave, affirme Le Dr. Joanne Liu, présidente internationale de MSF. Il y a un véritable danger à revenir à des activités habituelles : aucun grand hôpital ne fermerait son service des urgences pour se concentrer uniquement sur la médecine générale, on a besoin des deux pour les patients du monde entier ».

Les erreurs générales commises lorsqu'il a fallu affronter Ebola, par exemple le fait de ne pas tirer le signal d'alarme à temps, le manque d’efficacité de la surveillance, la lenteur de la réponse internationale, l'absence de leadership, le manque de traitements et de vaccins, ne sont pas spécifiques à cette épidémie. Ce sont aujourd'hui des réalités auxquelles les équipes MSF sont confrontées dans de nombreux cas d'urgence.

« Il y a aujourd'hui un vide bien visible pour ce qui est du leadership en matière de santé mondiale. Lors de l'Assemblée mondiale de la Santé qui s'est déroulée la semaine dernière à Genève, les clameurs de réforme de l'OMS ont semblé perdre en intensité. Les États membres des Nations Unies ne sont en effet pas parvenus à s'engager pour un financement de base supplémentaire, et aucun accord clair n'a été trouvé sur la façon d’apporter une réponse rapide et efficace, annonce Florian Westphal, directeur général de la section allemande de MSF. Nous espérons que les dirigeants du G7 feront preuve d'un meilleur leadership politique et qu'ils donneront la priorité aux urgences sanitaires pour empêcher les épidémies futures de prendre de l’ampleur et d'échapper à tout contrôle ».

Le système mondial de santé et d'aide récompense actuellement les pays qui atteignent des objectifs de développement à long terme, mais les pays sont encore peu incités à déclarer les épidémies de maladies infectieuses par peur de nuire au commerce et au tourisme. Pour que cette situation évolue, il faut encourager les pays à reconnaître officiellement une épidémie, et les nations prospères devraient parallèlement déployer du personnel et des ressources pour apporter leur soutien aux ministères de la Santé qui ne peuvent pas s'en sortir seuls.

Un besoin urgent de nouveaux médicaments et d'outils médicaux

L'Allemagne, qui exerce la présidence du G7 pour l'année 2015, a inscrit trois questions sanitaires au programme du G7 : Ebola, les maladies négligées et la résistance antimicrobienne. Le manque de médicaments et d'outils médicaux dans ces domaines thérapeutiques reflète bien la défaillance dont le système de recherche et de développement est atteint et pour lequel les outils nécessaires sont hors de prix ou n’ont pas été développés.

« Même si le sommet du G7 a inscrit à juste titre des problématiques sanitaires majeures et actuelles à son programme, les membres ne parlent pas d’améliorer le système de R&D pour que nous puissions les traiter, remarque Philipp Frisch, de la Campagne d'Accès aux Médicaments Essentiels de MSF. Le manque de R&D pour Ebola, la résistance antimicrobienne et les maladies négligées constitue un problème énorme ; des millions de personnes souffrent de maladies pour lesquelles il n'existe pas de médicaments ou de vaccins efficaces car cela ne représente pas un marché lucratif pour l'industrie pharmaceutique. Les dirigeants du G7 doivent donner la priorité au financement de la recherche et du développement pour répondre à ces besoins sanitaires sans réponse ».

La tuberculose multirésistante fait partie des maladies négligées pour lesquelles il est urgent de trouver de nouveaux médicaments, vaccins et diagnostics. MSF soigne chaque année des milliers de personnes dans le monde. Ces patients doivent suivre sur deux ans un traitement par antibiotiques pouvant causer de graves effets secondaires, allant d'une nausée permanente à des psychoses et à la surdité. Seule une personne sur deux sera complètement guérie. Certaines formes de la maladie ne peuvent désormais pratiquement plus être traitées à cause de la résistance aux médicaments existants.

Dans le même temps, les vaccins et les traitements existants sont hors de prix. Les nouveaux traitements contre l'hépatite C, vendus à des prix exorbitants, en sont un bon exemple, de même que les nouveaux vaccins que de nombreux pays dits « à revenu intermédiaire » n’ont pas les moyens d’acheter. Si l'Allemagne a fait preuve de leadership en accueillant cette année à Berlin une importante conférence des donateurs pour payer de nouveaux vaccins, le gouvernement s'est peu investi pour faire en sorte que les vaccins hors de prix deviennent plus abordables pour tous les pays en développement.

« Les pays riches et développés doivent prendre des mesures d'urgence contre cette défaillance commerciale de la recherche et du développement pharmaceutiques, déclare Philipp Frisch. Cette inaction de la communauté internationale, y compris les pays du G7, concernant la R&D a conduit à des morts qui auraient pu être évitées si les médicaments avaient été développés et s'ils n'étaient pas si chers. La R&D devrait donner la priorité aux vies humaines et à la santé plutôt qu'aux profits. »

*Les pays membres du G7 sont le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis d'Amérique

À lire aussi