Ebola : face à une épidémie hors de contrôle, le besoin urgent d'intégrer les communautés

Ebola: face à une épidémie hors de contrôle, le besoin urgent d'intégrer les communautés
Francine Virungi a survécu à la maladie ; elle fait partie de ce groupe de survivants surnommés les « anges gardiens », qui s'occupent désormais seuls des enfants malades placés en isolement. © MSF

Ce dimanche 23 août, cela fera 100 jours que l'épidémie d'Ebola a été déclarée en République démocratique du Congo (RDC). La maladie continue de se propager à un rythme extrêmement alarmant : au cours de la semaine écoulée, un décès dû à la maladie d'Ebola a été signalé toutes les 30 minutes environ. En date du 16 août, les autorités nationales avaient recensé plus de 5 000 cas confirmés et plus de 2 300 décès depuis le début de l'épidémie. Pour Médecins Sans Frontières (MSF), il est urgent d’adapter la réponse en impliquant les communautés.

Depuis que l’épidémie a été officiellement déclarée, plus de 60 % des décès dus à la maladie en RDC ont eu lieu en dehors – et souvent loin – des centres de traitement d’Ebola. Partout, MSF constate une grande méfiance à l’égard de la réponse mise en place. Cela signifie que de nombreuses personnes meurent chez elles ou au sein de leur communauté sans recevoir de soins et que le virus continue de se propager avant même que les cas ne soient détectés. On observe ainsi que le nombre de cas augmente rapidement au-delà de l’épicentre situé en Ituri, la province du Nord-Kivu enregistrant des taux de mortalité particulièrement élevés. Cette épidémie est devenue la plus importante et la plus meurtrière de l’histoire du pays.

« L’épidémie continue de se propager à un rythme que l’on ne parvient pas à suivre », déclare le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF. « Les centres de traitement restent essentiels pour sauver des vies, mais il faut bien plus que des lits supplémentaires. Pour répondre à cette épidémie, il faut améliorer le dépistage, sécuriser l’isolement des personnes malades et de leurs contacts, et soutenir les professionnels de santé. Les personnes qui se rendent dans les structures de santé existantes doivent également être protégées contre l’infection. Et enfin, il est essentiel que la réponse soit élaborée avec les communautés et non sans qu'elles y participent. »

Dans des régions confrontées au quotidien à des conflits, à la violence, aux déplacements et à la faim, les communautés ne bénéficient pas d'un soutien suffisant pour endiguer la maladie. Or, MSF a pu constater que l’engagement des responsables communautaires est un facteur clé pour améliorer le taux de prise en charge précoce. En Ituri, dans le camp de déplacés de Rho, près de Drodro, les responsables communautaires travaillent avec MSF pour encourager les personnes présentant des symptômes à se faire dépister, à s’isoler et à se faire soigner rapidement.

Ils promeuvent également des mesures de prévention et de lutte contre l’infection afin de réduire le risque de transmission au sein de la communauté. Dans ce camp surpeuplé, qui accueille près de 50 000 personnes, cette collaboration permet de limiter la propagation du virus Ebola et de réduire la mortalité.

Carte des actions de MSF en RDC et en Ouganda.
 © MSF
Carte des actions de MSF en RDC et en Ouganda. © MSF

L’épidémie se propage à des régions qui n’ont pas d’expérience d’Ebola

Des responsables communautaires comme Emery Guba Mateso, originaire du camp de déplacés de Rho, partagent leurs expériences afin d'encourager les gens à se faire soigner. Il a perdu son fils, emporté par Ebola, et a lui-même survécu à cette maladie par la suite.

« En tant que personne ayant survécu à la maladie d’Ebola, le message que je souhaite transmettre à ma communauté est le suivant : dès l’apparition des premiers symptômes, il est important de chercher rapidement des soins médicaux, car un accès précoce à un traitement adapté augmente les chances de guérison », conclut Emery Guba Mateso.

« Alors que des cas apparaissent dans de nouvelles régions qui n’ont que peu, voire aucune expérience en matière de prise en charge d'Ebola, il y a un besoin urgent de professionnels de santé formés à la prise en charge de la maladie, non seulement au sein des centres de traitement, mais aussi directement au sein des communautés touchées », ajoute Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF en Ituri.

À Beni, dans la province du Nord-Kivu, nous soutenons les structures de santé existantes qui proposent également des services de médecine générale, indispensables pour sauver des vies. Cela permet de mettre rapidement en place un traitement systématique des symptômes. L’objectif est que les personnes puissent bénéficier des soins dont elles ont besoin au plus près de chez elles.

MSF intervient actuellement dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de la Tshopo et du Haut-Uélé. Dans les zones touchées, les équipes gèrent six centres de traitement Ebola, ainsi que des unités d’isolement, avec plus de 400 lits, soit un tiers de l’ensemble des lits disponibles pour toute la riposte Ebola. Plus de 1 400 membres du personnel MSF sont mobilisés pour soutenir cette réponse. Depuis le début de l’épidémie, nos équipes ont admis plus de 2 000 patients, parmi lesquels plus de 800 ont été confirmés comme atteints de la maladie d’Ebola.

L'action de MSF

Médecins Sans Frontières (MSF) fait face à la plus importante épidémie d'Ebola dans l’est de la RDC en mobilisant plus de 1 400 soignants à travers sept centres de traitement et 15 unités d'isolement. L'organisation concentre ses efforts sur la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et l'engagement des communautés locales pour rompre les chaînes de transmission, tout en maintenant l'accès aux soins de santé essentiels dans la région. Nos équipes ont traité plus de 2 000 patients. 

Notes

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