Être généreux ici, c’est soutenir nos médecins sur tous les terrains

ÊTRE GÉNÉREUX ICI, C'EST VACCINER SOUFFRANCE À BIRINGI

En savoir plus

VIH/sida : l’accès à la prévention de la transmission mère-enfant et au traitement préventif fait toute la différence

District de Busia Kenya octobre 2007. MSF prend en charge des patients atteints de VIH/sida à l'hôpital et dans 9 centres de santé de la région.
District de Busia, Kenya, octobre 2007. MSF prend en charge des patients atteints de VIH/sida à l'hôpital et dans 9 centres de santé de la région. © Juan Carlos Tomasi

Traiter efficacement enfants et adolescents séropositifs dans les pays en développement est possible. Mais des traitements adaptés (médicaments, outils diagnostiques, stratégies de traitement) sont nécessaires pour éviter de nouveaux décès. Entretien avec Elena Alonso, référente médicale de Médecins Sans Frontières (MSF) pour les programmes de lutte contre le VIH/sida.

Pourquoi y a t-il une si grande différence entre les pays développés et les pays d'Afrique sub-saharienne, pour ce qui est du nombre d'enfants qui naissent séropositifs ?
Tout d'abord, les endroits où les mères n'ont pas accès aux soins pré-natals sont nombreux en Afrique sub-saharienne.
Par conséquent, beaucoup d'entre elles ne se font pas dépister, et comme elles ne savent pas si elles sont séropositives, elles ne reçoivent pas de traitement préventif pour réduire le risque de transmission à l'enfant.

Dans le meilleur des cas, c'est à dire si les mères suivent un traitement préventif par antirétroviraux (ARV), dans quelle mesure cela réduit le risque pour l'enfant de naître séropositif ?
Dans les pays occidentaux, le taux de transmission mère-enfant est inférieur à 1%. Sans un accès au traitement, la transmission se produit dans plus de 40 % des cas. Il est clair que l'accès aux soins pré-natals et au traitement préventif fait toute la différence.



Quelle sont les solutions pour l'enfant si la transmission de la mère à l'enfant n'a pas été prévenue?

La solution est un diagnostic précoce avec la méthode de réaction de polymérisation en chaîne (PCR). Une fois dépisté, l'enfant pourra suivre un traitement avant que son système immunitaire ne se détériore ou qu'il ne développe des maladies opportunistes, la plupart du temps irréversibles comme l'encéphalopathie, ou pire, qu'il ne meure avant son deuxième anniversaire, comme c'est le cas de 60 % des enfants qui naissent porteurs du HIV.

Si l'enfant est dépisté séropositif, quand doit-on commencer le traitement?
Aussi vite que possible. C'est l'avantage de pouvoir dépister les enfants avec la PCR dès 6 mois. Les tests rapides, en revanche, peuvent seulement établir un diagnostic définitif à partir de 18 mois. Malheureusement, tous les pays ne disposent pas de laboratoires techniquement et technologiquement capables d'analyser les tests PCR.

Récemment, en mai, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a revu ses protocoles pédiatriques : elle recommande que les médecins n'attendent pas l'apparition de symptômes pour traiter les enfants. Cela entraînera une considérable augmentation de la qualité de vie de l'enfant, et de meilleurs pronostics.

La recherche et la mise au point de nouveaux traitements pédiatriques sont à la traîne par rapport à l'innovation médicale classique.
Y a t-il eu des progrès importants ces derniers temps?

Mi-2007, la première association pédiatrique à dose fixe est sortie sur le marché sous forme de comprimés, ce qui représente un pas en avant pour faciliter le traitement infantile avec des dosages simplifiés, même si cela est resté difficile à mettre en oeuvre sur le terrain.

C'est comme si les enfants des pays en développement n'étaient d'aucun intérêt pour les compagnies pharmaceutiques.
Elena Alonso

Les médicaments liquides rendent cette partie cruciale du traitement difficile, et augmentent le risque de résistance, car il est difficile pour les mères/tutrices d'administrer à leurs enfants le dosage correct. Il convient de signaler que les premières associations à dose fixe viennent des laboratoires génériques. Pour les adultes, il existe des traitements beaucoup plus variés.

C'est comme si les enfants des pays en développement n'étaient d'aucun intérêt pour les compagnies pharmaceutiques. La recherche pour mettre au point de nouveaux médicaments pédiatriques est rare, et presque aucune étude cherche à adapter les nouveaux médicaments pour un usage pédiatrique. Quand vous avez des patients dont la durée de vie se compte en semaines, il est indispensable d'avoir des dosages appropriés.

S'il existe encore des faiblesses majeures dans la lutte contre le VIH/sida pédiatrique, en est-il de même pour les maladies opportunistes qui touchent les enfants les plus jeunes?
Les plus notables concernent la tuberculose. Le plus grand défi à relever est de pouvoir diagnostiquer la tuberculose avant que l'enfant ne soit capable de produire des échantillons d'expectorations valables, qui puissent être analysés au microscope, ce qui constitue le processus de dépistage classique.

De plus, les tests basés sur l'analyse d'expectorations des patients séropositifs, indépendamment de l'age, ne sont pas très fiables. Cela signifie que de nombreux diagnostics reposent sur des suppositions cliniques, et en particulier dans les pays d'Afrique sub-saharienne.

MSF a pourtant déjà été confrontée à ce genre de situation, où les ressources matérielles et humaines font défaut. Comment conduire efficacement un programme pédiatrique de traitement du VIH/sida par ARV?
Le meilleur exemple est le programme que le ministère de la Santé du Zimbabwe conduit en collaboration avec MSF dans la clinique pédiatrique de Bulawayo, où près de 2 000 enfants sont sous traitement ARV.

Au Zimbabwe, la volonté de mettre en place une stratégie simplifiée, pour éviter de subir les conséquences de la crise économique et du manque criant de ressources humaines en santé, a été décisive pour garantir aux enfants un accès au programme. Les soins médicaux et psychosociaux, ainsi que l'attention particulière accordée à l'accès au traitement familial, sont autant d'autres facteurs importants d'observance des enfants au traitement.

Pouvons nous espérer des améliorations majeures dans la lutte contre le sida pédiatrique?
Parmi les 140 000 personnes séropositives que MSF soigne dans 27 pays, plus de 10 000 sont des enfants. Chacun des ces jeunes enfants, ainsi que ceux qui ont été guéris au Zimbabwe, est une raison d'espérer que l'accès au diagnostic précoce et au traitement s'améliore le plus vite possible.

À lire aussi