Vacciner contre la rougeole : le récit de Vera Schmitz, infirmière en RDC

Measles vaccination in Boende
Deux membres du personnel MSF préparent une pirogue au port de Bolengela. Un enfant malade, accompagné de sa mère, va être référé de la structure de santé d'Ilombe vers l'hôpital de Boende, dans la province de Tshuapa. ©MSF

Vera Schmitz est infirmière pédiatrique pour Médecins Sans Frontières.  Avec son équipe médicale, elle a sillonné le nord-ouest de la République démocratique du Congo dans le cadre d'une campagne de vaccination contre l'épidémie de rougeole qui frappe le pays. Leurs efforts ont jusqu'ici permis de vacciner 17 888 enfants. Témoignage.  

« Mon niveau de Lingala, la langue parlée dans le nord-ouest de la RDC, reste très faible, mais j'ai assimilé les mots les plus importants : "Oswa kitonga ?" [Avez-vous déjà été vaccinés ?] Les enfants me montrent fièrement leurs ongles peints en noir, preuve qu'ils ont bel et bien déjà été vaccinés. 

Depuis début 2019, une grave épidémie de rougeole sévit en RDC : début mars de cette année, le pays comptait 334 578 personnes atteintes et 6 338 décès dus à la maladie. Et le nombre de cas non signalés est probablement beaucoup plus élevé.

La rougeole est une maladie facilement évitable grâce aux vaccins. Les équipes MSF répondent donc à cette épidémie par des campagnes de vaccination dans différentes régions du pays, comme ici à Boende, dans la province de Tshuapa, où je travaille. Notre équipe médicale prend en charge les enfants malades, que ce soit de malnutrition, de paludisme ou de rougeole.

 

Les mères du village d'Imbo attendent leur tour pour un suivi hebdomadaire de la situation de leurs enfants dans le cadre du programme nutritionnel MSF mis en place lors de la flambée de rougeole.
 © MSF/
Les mères du village d'Imbo attendent leur tour pour un suivi hebdomadaire de la situation de leurs enfants dans le cadre du programme nutritionnel MSF mis en place lors de la flambée de rougeole. © MSF/

Très dangereuse, la rougeole est potentiellement mortelle, et pas seulement dans sa phase aiguë. Le virus affaiblit le système immunitaire à tel point que, même après l'avoir contracté, une infection relativement inoffensive peut entraîner de graves complications, voire la mort. D'autant plus si les soins de santé sont loins des populations. 

MSF a lancé une nouvelle campagne de vaccination mi-février dernier. L'objectif : vacciner tous les enfants âgés de 6 mois à 14 ans, vivant dans les zones à fort potentiel épidémique.

Vera Schmitz, infirmière MSF

« Mon travail consiste à planifier, organiser et coordonner cette campagne de vaccination, en collaboration avec le reste de l'équipe. »

En très peu de temps, je me suis retrouvée sur une moto au milieu de la forêt, cherchant l'équilibre sur des rondins de bois faisant office de pont, équipée de la tête aux pieds pour être protégée en cas de chute. 

En attendant que les dernières motos traversent, une femme du village voisin passe. Lorsqu'elle comprend que nous réalisons une campagne de vaccination, elle fond en larmes. Elle nous raconte qu'elle a déjà perdu cinq enfants à cause de la rougeole. Là, elle nous supplie de vacciner ceux qui sont encore en vie. Profondément émue, je lui promets que nous allons vacciner chacun de ses enfants.
 

Une équipe MSF en route vers le poste de santé de Bokongo pour la prise en charge des cas de rougeole.
 © MSF/
Une équipe MSF en route vers le poste de santé de Bokongo pour la prise en charge des cas de rougeole. © MSF/

Nous poursuivons notre route, mais cette femme restera dans un coin de ma tête les jours suivants. Notre convoi comprend 23 motos : certains transportent les vaccins emballés dans de grandes boîtes réfrigérantes, tandis que d'autres transportent des boîtes remplies de blocs congelés. La chaîne du froid suit un minutieux processus de transport et de gestion, car les médicaments sont sensibles à la température. Cette chaîne doit être planifiée dans les moindres détails pour éviter toute rupture. D'autres encore sont chargés de transporter le reste du matériel : seringues, réserves d'essence, tentes pour la nuit, etc. 

Le lendemain, une des équipes marchera cinq heures jusqu'à leur destination, pour vacciner 20 enfants. Une autre équipe marchera, elle, pendant plusieurs jours avant d'atteindre le village d'arrivée, et en profitera pour vacciner également des enfants tout au long de la  route.

Les distances exactes et le recensement des populations dans des endroits aussi difficiles d'accès ne sont généralement pas disponibles en RDC. Cela ne facilite pas la planification. Et pourtant ce sont précisément les enfants que nous voulons et devons atteindre...  Car, plus il est difficile de nous rendre quelque part, plus il doit être difficile pour les personnes qui y vivent d'accéder aux soins de santé, vaccins mais aussi tout le reste. 
 

L'équipe médicale MSF s'apprête à se rendre au poste de santé de Bolemba.
 © MSF/
L'équipe médicale MSF s'apprête à se rendre au poste de santé de Bolemba. © MSF/

Douze jours de vaccination, près de 10 000 enfants vaccinés. Après une courte pause, nous avons continué notre chemin vers la région suivante. Là encore, de nombreux obstacles nous attendaient. Une équipe voyagera en pirogue pendant plusieurs jours, quand d'autres devront faire la route à pied.

Mais les blessures aux pieds, les nuits sous la tente, la chaleur étouffante et tout le reste au fond ce n'est rien. Nous vaccinons pour sauver des vies. »

 

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