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Tsunami Asie - « Il faudra du temps pour déployer les secours »

Indonésie Janvier 2005
Indonésie Janvier 2005 ©Christian Aslund

Au-delà de l'émotion immédiate et de l'élan de solidarité qu'elle suscite, Jean-Hervé Bradol, président de Médecins Sans Frontières, souligne que l'aide humanitaire mettra du temps à se déployer, après le raz-de-marée qui a frappé l'Asie du Sud dimanche dernier.

Quelle est ta première réaction face à la catastrophe naturelle qui a frappé l'Asie du Sud dimanche dernier ?

A MSF, notre première réaction est d'abord une grande émotion. Nos équipes sont dans des zones où il y a eu beaucoup de morts, elles sont frappées par l'ampleur des destructions humaines et matérielles. Ensuite, nous constatons que les situations diverses engendrées par le raz-de-marée sont encore mal connues. C'est logique, puisque dans les zones affectées, les voies de communication (routes, ponts, mais aussi lignes téléphoniques, etc.) ont été coupées. Les secouristes commencent donc à peine à évaluer les besoins des gens, à voir comment les aider. Il y a encore peu d'informations précises et concrètes, la mécanique de l'aide commence tout juste à se mettre en place.

Pourtant, on a l'impression de disposer d'une profusion d'informations sur ce raz-de-marée et ses conséquences...

Justement, l'image médiatique de cette catastrophe est assez éloignée de la réalité. Parce que tout est parti d'un phénomène naturel unique - un tremblement de terre sous-marin -, cette catastrophe est présentée comme un événement unique. Or le raz-de-marée consécutif au séisme a touché des pays très éloignés géographiquement, mais aussi dans des situations très différentes. Pour le Sri Lanka, c'est une catastrophe nationale, alors que pour l'Inde il s'agit d'une grosse catastrophe régionale aux conséquences dramatiques pour les individus mais qui n'affecte pas dans leur ensemble les services de l'Etat. Non seulement le Sri Lanka a été beaucoup plus fortement affecté, mais encore la capacité des autorités locales à répondre à l'urgence n'est pas du tout la même qu'en Inde. Au-delà de l'impact immédiat du tsunami (morts, blessés, destructions), c'est la même chose pour le risque de catastrophe secondaire, lié à la pénurie d'éléments essentiels à la survie (eau, nourriture, abris, soins). Des zones comme le Sri Lanka ou la province d'Aceh, au nord de l'île indonésienne de Sumatra, sont beaucoup plus vulnérables car elles ont été beaucoup plus dévastées.

Quelle réponse apporter à cette catastrophe en termes de secours ?

Le discours apocalyptique globalisant sur la catastrophe va de pair avec un discours globalisant sur les secours. Croire qu'un système de secours international coordonné va permettre de couvrir tous les besoins est une illusion. Le système de secours va s'organiser à l'échelle nationale ou régionale et être disparate. Pendant les premiers jours, le temps que les secours arrivent sur place, les gens se débrouillent, c'est l'entraide locale qui prime. Ensuite, il faut être conscient que c'est dans les zones les plus affectées, où l'aide est la plus nécessaire, qu'elle va avoir le plus de mal à se déployer.

Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une sorte d'emballement. D'une part, la mécanique émotionnelle de l'identification fonctionne à plein dans les pays riches, notamment parce que des touristes figurent parmi les victimes. D'autre part, le mouvement de solidarité internationale qui se manifeste intervient dans contexte politique favorable. Après une année de débats sur le choc des civilisations, un consensus politique se crée sur le mode du "tous unis contre le séisme". Et par-dessus ces éléments, la globalisation des médias, qui répercutent en direct les événements, contribue à accentuer cet emballement. Mais le temps réel des secours est plus lent que le temps médiatique et émotionnel.

La très grande émotion provoquée par le séisme génère un élan de générosité sans précédent. Les sommes que nous collectons vont nous permettre de déployer des secours. Mais il ne faut pas laisser les gens croire que la mise en place des actions des organisations humanitaires sera aussi rapide que leurs gestes de solidarité. Il faudra du temps. Il faut remplir les entrepôts, évaluer les besoins, acheminer les équipes, etc.

Dans ce cadre-la, comment MSF va-t-elle organiser les secours ?

Tout d'abord, il est essentiel que nous prenions le temps d'évaluer la situation, zone par zone. C'est la condition sine qua non pour apporter une aide adaptée aux besoins. Ensuite, notre axe d'intervention sera de nous concentrer plus particulièrement sur les régions les plus affectées, les plus difficiles d'accès et les moins bien desservies par les secours.

Dossier spécial Tsunami

Pour plus d'informations sur les différentes actions menées par MSF lors de cette catastrophye, consultez notre dossier spécial Tsunami.

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