Témoignage de Kelly : «certains arrivaient trop tard pour s’en sortir»

Kelly Dilworth au siège parisien de MSF.
Kelly Dilworth, au siège parisien de MSF. ©MSF

Kelly Dilworth travaille pour MSF depuis neuf ans. Elle est médecin anesthésiste de retour après un mois de mission en Syrie. A partir de son expérience, elle évoque la douleur des blessés comme la gravité des blessures, dans un contexte où il est difficile d’obtenir rapidement des soins appropriés.

« Je suis arrivée peu après le début des activités, et j’ai participé à une centaine d’interventions chirurgicales. 90% de ces opérations étaient liées à la violence. Les blessures résultaient principalement d’explosions et d’éclats d’obus. On voit aussi beaucoup de plaies par balles, mais les victimes d’armes lourdes sont particulièrement marquantes, notamment pour l’ampleur des blessures et déchirures qu’elles provoquent, et le fait que les civils ne sont pas épargnés.

Au regard des capacités de l’hôpital, l’arrivée d’un petit groupe de patients gravement blessés pouvait suffire à faire en sorte que nous soyons débordés. Le cas échéant, nous devions à la fois nous dépasser et nous démultiplier. Avec d’autres, je m’occupais de médecine d’urgence, d’anesthésie et de suivi postopératoire. Il est en effet illusoire de réanimer et d’opérer les blessés sans pouvoir s’assurer de la gestion des cas graves, de la douleur, de la thromboprophylaxie, de la nutrition, etc.

A leur arrivée, les blessés souffraient parfois de douleurs atroces, au risque de retentissements cliniques : on voyait des membres raidis, des problèmes de mobilité et d’importants problèmes respiratoires.

Certains venaient de loin et parcouraient jusqu’à 150 km. Un bon nombre de patients n’arrivaient pas en phase aiguë ou semi-aiguë, mais longtemps après leur blessure, parfois même trop tard pour pouvoir s’en sortir. Certains n’avaient pu être hospitalisés alors qu’ils avaient été opérés, d’autres avaient été mal soignés, d’autres encore n’avaient reçu aucun soin.

Un enfant de quatorze ans a été accueilli tandis qu’il souffrait de surcharge hydrique et d’insuffisance respiratoire. Il avait subi une laparotomie avec splénectomie* et il était très mal en point, faute de soins hospitaliers obtenus à temps. Arrivé figé sur un brancard, il est heureusement reparti en souriant quelques jours après.

Je me souviens aussi de l’admission en mauvais état d’un blessé opéré plusieurs jours auparavant. Il avait dû fuir juste après l’opération par crainte d’un bombardement, et a pu atteindre notre hôpital après seulement deux ou trois jours. Lui aussi s’en est sorti.

Ces retards posaient toutefois des problèmes d’infection. Quand il s’agit d’une blessure causée par balle ou par un projectile, il faut prescrire des antibiotiques, ne pas fermer la plaie et pratiquer une fermeture secondaire trois à cinq jours après, en fonction de l’évolution. Or, de nombreux blessés ne pouvaient être correctement pris en charge, faute de ressources disponibles à proximité des combats. De graves complications s’ensuivaient. Un adolescent de 15 ans est arrivé en état de choc septique dû à une perforation digestive traumatique. Il avait été blessé deux jours avant par un char et n’avait pas été opéré. Dans un tel cas, la spirale d’effets secondaires déclenchés dans le corps peut rapidement emporter le patient. Malgré notre intervention et les soins intensifs que nous lui avons prodigués, il est mort deux jours après l’opération. »

*Ablation de la rate

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