Soudan : Suite à un refus d’accès systématique de la part du gouvernement, le centre opérationnel MSF de Bruxelles est contraint de cesser son aide médicale d’urgence

Centre de santé MSF de Pibor 2009
Centre de santé MSF de Pibor, 2009 ©Jenn Warren

En raison d’un refus d’accès systématique aux populations piégées dans les zones de conflits, refus imposé par les autorités du Soudan, le centre opérationnel de MSF à Bruxelles a annoncé aujourd’hui qu’il ne peut plus atteindre les communautés les plus en besoin et qu’il est - par conséquent - contraint de cesser ses activités dans le pays.

La section belge de MSF concentrait ses efforts dans trois régions soudanaises touchées par les conflits, là où des centaines de milliers de personnes déplacées ont besoin d’aide. Ce refus total d’accès à l’État du Nil Bleu contraint à la cessation de nos activités dans l’État du Darfour oriental. De même, des obstacles et des restrictions imposées dans l’État du Darfour méridional empêchent MSF de répondre aux urgences médicales dans ces régions.

"La réaction du gouvernement soudanais, la semaine dernière, à la présence d’acteurs de l'aide humanitaire internationale dans les zones de conflits a été brutale. Un avion de chasse des forces de l’air soudanaises a ciblé et bombardé un hôpital MSF situé dans l’État du Kordofan méridional", déclare le Dr Bart Janssens, directeur des opérations pour MSF à Bruxelles. "Le gouvernement déploie de nombreux moyens pour nous empêcher d’accéder aux gens les plus en besoin. Les rencontres de haut niveau auxquelles nous avons assisté ont clairement révélé que l’aide humanitaire aux populations les plus touchées par le conflit dans l’État du Nil Bleu - ainsi que dans les régions du Darfour oriental et méridional - sera systématiquement bloquée et limitée ; et ce tant que les opérations militaires passeront avant l’aide humanitaire."

MSF s’est vue systématiquement refuser l’accès à l’État du Nil Bleu, où des conflits ont éclaté à l’automne 2011 entre les Forces armées soudanaises (SAF) et la faction nord de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA-N). Quelque 100 000 réfugiés soudanais ont massivement traversé la frontière vers le Soudan du sud où MSF est présente. Nous avons donc  pu constater l’ampleur de la crise humanitaire en cours. Des réfugiés avaient péri pendant le trajet, notamment de faiblesse. Les taux de décès dans les camps étaient plus de deux fois supérieurs au taux correspondant au seuil d’urgence. L’état du Nil Bleu était quant à lui interdit aux travailleurs humanitaires internationaux. "Les réfugiés sont coincés, totalement dépendants de l’aide humanitaire pour survivre et terrifiés à l’idée de retourner au Soudan", dénonce le Dr. Janssens. "Nous continuons à prendre soin de ceux qui ont réussi à s’échapper et à atteindre le Soudan du sud. Mais les autorités ne permettent pas à nos équipes d’évaluer leurs besoins et encore moins de fournir de l’aide du coté soudanais".

A Shaeria, ville du Darfour oriental, MSF avait mis en place un hôpital et un dispensaire mobile. En décembre 2012, des membres de l’équipe MSF ont soudainement été arrêtés et expulsés de la région. Malgré de nombreuses demandes et  rencontres de haut niveau, aucune explication n’a été donnée. Actuellement, les équipes MSF ne peuvent plus travailler dans cette région.

Dans le camp de déplacés d’El Sereif, situé près de Nyala, capitale du Darfour méridional, l’équipe MSF a été empêchée de fournir des ressources supplémentaires pour répondre aux situations d’urgence. MSF gérait un dispensaire dans ce camp. Mais lorsqu’une nouvelle vague de personnes déplacées - fuyant la violence de mars et avril 2014 - est arrivée, une équipe de renfort indispensable, composée d’urgentistes, s’est vue refuser les permis de déplacement nécessaire pour se rendre au camp. À ce moment-là, l’approvisionnement des lieux en eau potable était 2/3 en-dessous des standards généralement admis. Les maladies liées au manque d’eau potable, comme l’hépatite E, étaient devenues courantes et il fallait pourtant mettre en place des mesures d’urgence pour sauver des vies.

"Nous avons tenté d’obtenir un droit d’accès par la voie du dialogue ou de rencontres. Nous avons tenté de négocier par l’intermédiaire de partenaires influents auprès du gouvernement. Nous avons dénoncé la situation dans les médias. Peu importe ce que nous faisions, rien ne semblait fonctionner", déplore le Dr Janssens. "Nous avons constaté que le gouvernement soudanais organise des rencontres non pas pour faciliter les efforts de l'aide humanitaire, mais pour les contrer. Nous en sommes venus à la très triste conclusion que, dans les circonstances actuelles, nous ne pouvions pas mener des interventions d’urgence dans trois régions du Soudan pourtant très touchées par les conflits et où la population a réellement besoin de notre aide."

De toute évidence, les besoins générés par la violence et les déplacements s’étendent aussi à d’autres régions du Soudan. Selon l'ONU, en 2014, environ 400 000 personnes ont été déplacées dans la région du Darfour ; au total, le pays compte 2,3 millions de déplacés et 6,9 millions de personnes en besoin d'une assistance humanitaire. La section belge de MSF maintient son engagement à fournir des soins d’urgence aux populations touchées par les conflits au Soudan et continuera d’explorer toutes les voies possibles qui nous permettraient d'agir.
 

MSF est une organisation humanitaire internationale composées de 29 bureaux, dont cinq sont des centres opérationnels qui gèrent directement nos projets dans environ 70 pays : MSFFrance, MSF Belgique, MSF Hollande, MSF Espagne et MSF Suisse.
MSF travaille au Soudan depuis 1979. Depuis 2011, les obstacles dressés par les autorités à l'accès humanitaire ont rendu le travail de la section belge (qui concentrait son action sur les États du Nil Bleu, du Darfour oriental et du Darfour méridional) impossible. Si d’autres sections MSF continuent de travailler au Soudan, suite au bombardement ciblé de son hôpital à Frandala, le 20 janvier 2015, la section française de MSF a dû suspendre ses activités dans l’État du Kordofan méridional et ce jusqu’à nouvel ordre.

À lire aussi