Soudan - Adapter la prise en charge pour mieux soigner la tuberculose

Amal patiente atteinte de la tuberculose à la clinique MSF  Soudan du Sud
Amal, patiente atteinte de la tuberculose à la clinique MSF - Soudan du Sud ©Shannon Jenssen

Dans le centre de soins créé par MSF à Akuem, 991 patients ont été soignés de la tuberculose en 4 ans. Les équipes ont mis en place un mode de traitement moins contraignant que la stratégie DOTS préconisée par l'OMS, mais la prise en charge de la maladie reste complexe.

A Akuem, petit village sud du Soudan, certains patients ont marché 4 jours pour venir se faire soigner. Les centres de soins font cruellement défaut dans cette région, dévastée par 20 années de guerre.

L'hôpital de MSF, qui propose consultations, hospitalisations, maternité et centre nutritionnel, est une des rares structures de toute la province à offrir des soins pour la tuberculose.

Depuis son démarrage en 2002, le programme MSF de traitement de la tuberculose a permis de prendre en charge 991 malades. Bien qu'élevé, ce nombre est sans doute loin de refléter la prévalence de la tuberculose au sein d'une région où la couverture vaccinale reste dramatiquement basse.

S'adapter pour éviter une hospitalisation longue

Offrir des soins de qualité dans cet hôpital du bout du monde est une véritable gageure, le mode de prise en charge recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) n'étant absolument pas adapté dans ce contexte. En effet, la stratégie DOTS impose aux malades de suivre leur traitement sous supervision médicale constante.

«Ici, les malades vivent parfois très loin d'Akuem. Il n'est pas envisageable de leur demander de rester sur place pour la totalité des 6 mois de traitement, juste pour prendre tous les jours leurs médicaments sous l'oeil d'un médecin », explique Brigitte Vasset, médecin en charge de la tuberculose à MSF.

Depuis novembre 2004, l'équipe a donc adapté son mode de prise en charge. « Après une phase intensive en hospitalisation, les malades ne viennent en consultation qu'une fois par mois et reçoivent leurs médicaments pour le mois suivant. De plus, pour que la posologie reste simple pour les patients, ce protocole de traitement sur six mois est basé sur des combinaisons à doses fixes, qui réunissent 2 à 4 molécules dans un seul comprimé, ce qui limite le nombre de comprimés à avaler. »

Chaque mois, dans notre programme, 30 patients débutent un traitement antituberculeux. Pour des problèmes de place, le nombre d'admission a été volontairement limité. Depuis mi-2005, le nouvel hôpital construit sur un site proche du précédent améliore les conditions de prise en charge et augmente nos capacités d'accueil. Cette année, il a donc été décidé de ne plus limiter le nombre d'admissions pendant la saison sèche, quand les patients peuvent facilement se déplacer.

Un test diagnostique trop peu fiable

Lorsque des patients se présentent, la première étape est celle du diagnostic. Un laboratoire, construit dans l'hôpital MSF, permet d'effectuer l'examen au microscope des crachats. Mais ce test est inefficace pour beaucoup de malades : les enfants, ceux qui sont trop faibles pour cracher, ceux qui souffrent d'une forme extrapulmonaire de la maladie... Un appareil de radiographie va donc être prochainement mis en place pour améliorer la qualité du diagnostic.

Lorsque la tuberculose est diagnostiquée, il est alors essentiel qu'un patient qui débute un traitement le suive scrupuleusement. Au sein de l'équipe du service tuberculose d'Akuem (un médecin et six infirmiers, dont deux expatriés), un infirmier soudanais se consacre entièrement à l'explication de la maladie et du traitement auprès des patients et de leurs accompagnants, pour améliorer l'adhérence au traitement.

Augmentation des échecs de traitement : le nouveau défi

Les résultats de la dernière année montrent que 77% des malades ont été traités avec succès. Moins de 10% de l'ensemble des patients ont interrompu leur traitement et 6% sont décédés.

« Dans le contexte difficile d'Akuem, ces résultats sont encourageants », remarque Brigitte Vasset.

« Mais notre inquiétude porte sur les 7% d'échecs au premier traitement, en augmentation, de même que le nombre d'admissions pour un second traitement. »

Pour contrôler l'évolution de la maladie, un examen microscopique des crachats est de nouveau effectué deux mois après le début du traitement.

«En 2005, pour 50% des nouveaux patients, la bactérie était encore présente à ce stade. Au bout du 4e mois de traitement, 22 patients étaient toujours positifs. Ces 22 malades ont donc dû être à nouveau hospitalisés, mais cette fois pour une durée de 8 mois !»

Il est possible que les médicaments se détériorent et perdent en efficacité à cause de la chaleur humide de cette région, malgré les efforts pour un acheminement et un stockage de qualité.

Mais la raison de ces échecs de traitement reste mal connue, d'autant que le laboratoire MSF d'Akuem ne permet pas de réaliser les analyses nécessaires. Pour cela, des prélèvements doivent être expédiés à Anvers, en Belgique, vers un laboratoire plus sophistiqué.

«Les patients soignés à Akuem arrivent très tard, donc sont très malades. Ils font partie des malades de la tuberculose les plus graves que j'ai eu l'occasion de voir », conclut Brigitte Vasset.

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