Papouasie-Nouvelle-Guinée : les défis de la lutte contre la tuberculose

Pénibilité du traitement TB , Papouasie Nouvelle Guinée
Danny Haro, 6 ans, vient d'être guéri de la tuberculose. A ses côtés, sa mère Margaret l'a aidé pendant ses deux mois de traitement. ©Sara Bechstein/MSF

Depuis 2014, l'équipe de MSF en Papouasie-Nouvelle-Guinée a traité plus de 7 100 patients atteints de tuberculose sensible aux médicaments et plus de 200 patients atteints de tuberculose résistante aux médicaments, comme Joe et Louisa. La Papouasie-Nouvelle-Guinée est un pays fortement touché par la tuberculose, elle y est la deuxième cause de mortalité dans le pays. 

Les mains de Luisa tremblent d'anxiété, comme tous les matins. Nerveuse, elle remplit sa bouteille d’eau pour prendre une poignée de comprimés. Âgée d'une vingtaine d'années, elle vit avec sa famille près de la mer dans l'un des nombreux petits villages qui composent Port Moresby, la capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. 

Nathanael, un agent de santé communautaire de MSF, s'approche de sa maison construite sur pilotis, comme beaucoup d'autres dans le pays. Il grimpe l'échelle qui mène à la salle de séjour, comme il le fait tous les jours, pour aider Luisa à préparer ses médicaments et superviser son traitement contre la tuberculose résistante aux médicaments. 

Un par un, lavant chacun de ces nombreux comprimés avec de l’eau avant de les avaler, Luisa va devoir subir ce rituel quotidien pendant une période allant de 18 mois à deux ans. 

L’adhésion au traitement, un enjeu majeur dans la lutte contre la tuberculose

« Il y a deux ans, on m'a diagnostiqué une tuberculose plus facile à traiter, dit Luisa. Peu après le début du traitement, je me sentais mieux et j'ai donc arrêté de prendre mes médicaments régulièrement. » Mais lorsque le traitement de la tuberculose est interrompu, la maladie revient souvent sous sa forme résistante, nécessitant encore plus de comprimés et un traitement encore plus long.

Luisa Ure, 22 ans, est sous traitement depuis quasiment 3 ans. 
 © Simon Ming/MSF
Luisa Ure, 22 ans, est sous traitement depuis quasiment 3 ans.  © Simon Ming/MSF

L’adhésion au traitement, aussi pénible et douloureux soit-il, est cruciale dans le traitement de cette maladie. Les équipes de MSF ont mis en place plusieurs stratégies pour aider les patients à y parvenir. 

« Lorsqu'un nouveau patient est diagnostiqué malade de tuberculose, nous nous rendons à son domicile pour dépister les infections chez les membres de sa famille - et chez toutes les personnes qui lui sont proches, explique Meaghan Hock, qui dirige l'équipe mobile de MSF. Nous vérifions également leurs conditions de vie - par exemple si de l'eau propre est disponible pour la prise quotidienne de médicaments. Idéalement, une infirmière supervise l'apport quotidien, mais il peut aussi s'agir d'un agent de santé communautaire, d'un agent d'appui au traitement, d'un leader communautaire formé ou d'un membre de la famille. Et si le patient vit à proximité d'un centre de santé, il peut se rendre au centre pour y prendre ses médicaments devant une infirmière. »

Louisa a pris ses médicaments et Nathanael est prêt pour le prochain patient sur sa liste de visites quotidiennes, Joe Kassmann. Joe a cinq enfants et quatre petits-enfants. En 2017, il a souffert de toux, mais n’a pas imaginé que cela pouvait être un symptôme de la tuberculose. La toux n'a pas disparu et il a finalement été hospitalisé à l'hôpital Gerehu de Port Moresby, où il a été diagnostiqué atteint de la tuberculose résistante aux médicaments dont le traitement est long et très pénible. « C'est dur de suivre le traitement, dit Joe. Au début, je vomissais après avoir pris les pilules. » Après plus de 10 mois de traitement, il lui en reste encore 8 à suivre. Joe a hâte de s'en sortir : « Je veux vivre, pour pouvoir élever mes petits-enfants, dit-il. Je veux les voir grandir et ça m'aide à prendre les comprimés tous les jours. »

 

Le défi posé par des conditions géographiques complexes

De nombreuses personnes vivent dans des régions éloignées et souvent inaccessibles, loin des centres de santé, ce qui signifie que de nombreux cas ne sont pas détectés. Un grand nombre de patients ne parvient pas à terminer leur traitement en raison de l'absence d'un système de suivi efficace et risque ainsi de développer une forme résistante de la maladie.

En collaboration avec le programme national de lutte contre la tuberculose, MSF soutient l'hôpital général de Kerema et deux centres de santé dans la province du Golfe. A l'hôpital Gerehu de Port Moresby, MSF renforce les capacités de dépistage, de diagnostic, de mise sous traitement et du suivi de la tuberculose.

De nombreux villages ne sont accessibles que par bateau, ce qui rend difficile pour certains patients de se rendre aux centres de santé. 
 © Sara Bechstein/MSF
De nombreux villages ne sont accessibles que par bateau, ce qui rend difficile pour certains patients de se rendre aux centres de santé.  © Sara Bechstein/MSF

Namsy Joe vient d’y être diagnostiqué. Il participe à sa première séance d'éducation et de counselling sur la tuberculose. Une douzaine de petits pots sont alignés devant lui. Ils sont remplis de quantités décroissantes de riz, afin d’illustrer la réduction du nombre de bactéries grâce au traitement jusqu’à leur complète disparition à la fin du traitement. 

Après cette première séance, Namsy Joe doit se rendre à la pharmacie de l'hôpital pour recevoir son premier lot de comprimés. Stoney Karahure, un agent d'appui au traitement, lui explique comment prendre sa dose quotidienne de comprimés, qui sera supervisée par une infirmière. « Namsy Joe terminera ainsi son traitement dans un centre de santé plus proche de son domicile pour éviter d'avoir à se rendre à l'hôpital », dit Stoney Karahure. 

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est peu peuplée et le transport est limité et coûteux. Dans les transports publics, les patients tuberculeux sont le plus souvent mal accueillis, en raison de la stigmatisation qui entoure cette maladie. Ils ont ainsi du mal à atteindre le centre de santé le plus proche pour des rendez-vous, des examens et des renouvellements de médicaments. Ces conditions rendent indispensable d'atteindre les patients là où ils vivent pour leur fournir un traitement contre la tuberculose.

« Les patients ont souvent du mal à prendre le bateau ou l'autobus, explique Maria Morehari, qui dirige l'équipe d'agents de santé communautaire de MSF dans la petite ville de Malalaua, dans la province du Golfe, à quelque 200 km au nord de la capitale. Les gens ont peur d'être infectés et ne les laissent souvent pas embarquer. »

Jane Matthews James a 6 ans et vient de terminer deux ans de traitement. 
 © Sara Bechstein/MSF
Jane Matthews James a 6 ans et vient de terminer deux ans de traitement.  © Sara Bechstein/MSF

Au centre de santé de Malalaua, Maria parle à une jeune patiente de six ans, Jane Matthews James. Jane vient de terminer deux ans de traitement contre la tuberculose pharmacorésistante. Le traitement, qui impliquait des injections quotidiennes administrées par un agent d'appui au traitement a été terriblement difficile pour Jane. « Il nous fallait parfois plus de 20 minutes pour calmer Jane avant que l'injection puisse être administrée », raconte sa mère, Joyce. Jane est à présent guérie de la maladie et a hâte de commencer enfin l'école dans quelques semaines, pour devenir infirmière quand elle sera grande.

Aujourd’hui, les injections quotidiennes douloureuses ne sont plus nécessaires car une nouvelle association médicamenteuse de bédaquiline et de delamanide a apporté des progrès significatifs dans le traitement de la maladie : un traitement plus court, moins désagréable et beaucoup plus facile à suivre. Pour autant, ces nouveaux médicaments ne sont pas disponibles dans tout le pays. MSF travaille en collaboration avec le Département national de la santé afin de rendre disponibles ces médicaments dans un plus grand nombre d'établissements de santé.

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