Palestine : à Hébron, la violence ordinaire de l’occupation

Palestine: A Hébron, soigner les séquelles psychologiques de l’occupation israélienne
Itab, 9 ans, a été blessée dans l'explosion d'une mine dans la région de Minya, près de la ville d'Hébron, en Cisjordanie. 2019.  ©Juan Carlos Tomasi

A Hébron, au sud de la Cisjordanie, les civils palestiniens subissent au quotidien la violence de l’occupation israélienne: démolition de leurs maisons, détention arbitraire et attaques systématiques des colons, avec le soutien tacite de l'armée israélienne. Depuis 1996, les équipes de MSF interviennent dans la ville où elles fournissent des consultations en santé mentale pour la population. 

Rahaf a souffert de symptômes psychosomatiques sévères au cours des deux années qui ont suivi l'arrestation et la détention de son père et de ses trois frères. Les mains de l’adolescente de 14 ans tremblent, et elle a dû mal à trouver le sommeil. « Nous dormions et nous nous sommes réveillés, les soldats étaient debout au-dessus de nos têtes », raconte-elle. « En un mois, ils ont fait deux descentes dans la maison. »

L'armée israélienne a ensuite arrêté son quatrième frère, Hamzeh. « Je n'ai jamais pensé qu'ils prendraient Hamzeh », dit-elle. « Quand ils l'ont arrêté, il était au travail à la station-service. Il y avait un enregistrement vidéo et nous les avons vus le frapper. Nous n'avons eu aucune nouvelle à son sujet jusqu'à ce qu'ils le ramènent à la maison deux mois plus tard. »

L’histoire de Rahaf est commune en Palestine. Les habitants de Cisjordanie, et en particulier de Hébron, vivent quotidiennement des expériences similaires. Certains sont persécutés par les colons qui convoitent leurs terres, d’autres voient leurs maisons détruites et entament des batailles juridiques qui peuvent durer des années. Ensemble, ces expériences créent un environnement d'instabilité, d'anxiété et de stress constants, qui peut avoir de graves conséquences sur la santé mentale de la population.

Depuis 1996, les équipes de MSF interviennent dans à Hébron, où elles fournissent des consultations en santé mentale pour la population. 2019. 
 © Juan Carlos Tomasi
Depuis 1996, les équipes de MSF interviennent dans à Hébron, où elles fournissent des consultations en santé mentale pour la population. 2019.  © Juan Carlos Tomasi

Mère de six enfants, Raghda, connaît bien cette situation. Elle lutte contre un ordre de démolition émis pour la maison qu'elle partage avec deux de ses enfants depuis 11 ans. Elle est accompagnée par les équipes de MSF depuis 2014, l'année où son fils de 12 ans a été arrêté par l'armée israélienne et emprisonné pendant 6 mois. 

« J'ai commencé à pleurer devant mes enfants. Je n'étais pas comme ça avant. Quand j'ai atteint ce point de non-retour, j'ai reconnu que j'étais en train de m'écrouler. Je ne suis pas une personne agressive mais j'ai commencé à casser des assiettes et des verres... Je sentais que je laissais ma colère sortir, au lieu de blesser mes enfants ou moi-même. »

Ces événements traumatisants peuvent entraîner un sentiment de frustration prolongé et des ruptures au sein des familles et des communautés. 

Abu Firas est l'un des travailleurs psychosociaux de MSF à Hébron. Il travaille pour MSF depuis près de 20 ans. 2019.
 © Juan Carlos Tomasi
Abu Firas est l'un des travailleurs psychosociaux de MSF à Hébron. Il travaille pour MSF depuis près de 20 ans. 2019. © Juan Carlos Tomasi

Abu Firas est travailleur psychosocial pour MSF à Hébron depuis 20 ans. Il soutient les familles présentant des problèmes de santé mentale. « Vous pouvez imaginer quelle pourrait être la réaction d'une mère ou d'un père qui assistent à la démolition de leur maison, qu'ils considéraient auparavant comme une zone de sécurité. Dans ces cas, les personnes souffrent de stress, d’anxiété et d’insomnies. Elles ont l’impression que leur vie est constamment menacée, elles n'arrivent pas à se projeter dans le futur, et elles sont frustrées, sans espoir », explique-t-il. 

« Notre rôle est de faire de notre mieux pour les aider et leur permettre de continuer leur vie normalement. Certains de nos patients sont retournés à l’université, d'autres ont pu reprendre leur travail et subviennent aux besoins de leurs familles. Pour moi, c'est un exploit. »

Les effets de ce type de violence sont dévastateurs au sein des communautés. Peu sont épargnés, et les enfants sont particulièrement exposés à ces souffrances. Entre février et juillet 2019, MSF a accompagné psychologiquement 8 145 personnes, dont plus de 60% étaient des enfants. 

 

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